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Un deuxième patron quitte la Caisse en quatre jours

Alfonso Graceffa a « offert de se retirer » après notre enquête sur ses prêts

Alfonso Graceffa, le PDG d’Otéra Capital, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a financé 
plusieurs immeubles, dont celui-ci à Pointe-Claire, qu’il détient avec des associés grâce à des prêts d’Otéra.
Photo PIerre-Paul Poulin Alfonso Graceffa, le PDG d’Otéra Capital, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a financé plusieurs immeubles, dont celui-ci à Pointe-Claire, qu’il détient avec des associés grâce à des prêts d’Otéra.

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Plongée au cœur d’une série d’allégations de conflits d’intérêts et d’entorses à l’éthique, la Caisse de dépôt et placement du Québec a écarté vendredi un dirigeant d’une de ses filiales pour la deuxième fois en quatre jours.

L’institution qui gère le bas de laine des Québécois a annoncé en matinée que le PDG d’Otéra Capital, Alfonso Graceffa, qui a bénéficié de 9,2 millions $ en prêts de la part de la filiale de la Caisse de dépôt qu’il dirige, se retire de ses fonctions le temps d’une enquête indépendante.

Alfonso Graceffa
Photo courtoisie
Alfonso Graceffa

L’annonce est survenue quelques heures après que notre Bureau d’enquête eut révélé que MCAP, une filiale d’Otéra Capital, avait consenti pas moins de 11 prêts immobiliers à des entreprises de M. Graceffa depuis 2010.

Celui-ci est président à la fois d’Otéra et de MCAP. Le gestionnaire et ses associés se sont servi des fonds prêtés pour financer des immeubles résidentiels à revenus situés à Pointe-Claire et à Côte-Saint-Luc.

C’est M. Graceffa lui-même qui « a offert de se retirer de toutes ses fonctions dans les filiales immobilières de la Caisse », écrit l’institution dans un communiqué.

La Caisse se dit « d’accord avec la décision ».

Selon nos informations, il continuera de toucher son salaire (d’un montant non divulgué) pendant son retrait.

Suspension ou retrait ?

Mardi, c’est une vice-présidente d’Otéra Capital, Martine Gaudreault, qui avait été écartée temporairement de ses fonctions.

Là encore, l’annonce avait été faite à la suite des révélations de notre Bureau d’enquête. Nos recherches avaient permis de démontrer que Mme Gaudreault est partenaire d’affaires et de cœur avec Alain Cormier, un prêteur alternatif qui a longtemps été lié au clan mafieux Rizzuto.

Dans le cas de Mme Gaudreault, la Caisse parlait de « suspension » plutôt que de « retrait ».

En début de semaine, la Caisse de dépôt a annoncé qu’une enquête indépendante avait été confiée à un avocat pour faire la lumière sur les allégations visant Mme Gaudreault. Vendredi, cette enquête a été élargie à nos découvertes concernant M. Graceffa.

L’enquête indépendante permettra de « faire la lumière sur tous les faits », écrit la Caisse, qui promet que les conclusions seront publiques.

L’investigation est menée par Me Stéphane Eljarrat, un avocat externe. Jeudi, il a affirmé en entrevue qu’il avait eu « carte blanche », qu’il avait déjà constitué une « grosse équipe » et qu’il n’y a « personne qui veut que ça traîne ».

Legault inquiet

Hier matin, le premier ministre du Québec François Legault a semblé préoccupé par la série de révélations de notre Bureau d’enquête concernant la Caisse.

« Je trouve ça très inquiétant, Otéra », a-t-il réagi en marge d’un point de presse à Beauceville.

« Je vais suivre les résultats de l’enquête et je vais m’assurer que la Caisse de dépôt prenne toutes les mesures pour corriger la situation », a-t-il ajouté.

– Avec la collaboration d’Hugo Joncas et de Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire

Une semaine mouvementée

Mardi

Alfonso Graceffa, le PDG d’Otéra Capital, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a financé 
plusieurs immeubles, dont celui-ci à Pointe-Claire, qu’il détient avec des associés grâce à des prêts d’Otéra.
Photo courtoisie, Otéra

Notre Bureau d’enquête révèle que Martine Gaudreault, vice-présidente d’Otéra, est en couple avec un prêteur privé qui a longtemps été lié au clan mafieux Rizzuto.

Mardi

La Caisse de dépôt, qui chapeaute Otéra, annonce que Mme Gaudreault est « suspendue de ses fonctions ». Elle confie également à un avocat externe le soin de faire une enquête indépendante sur l’éthique au sein de l’organisation.

Mercredi

Nouvelle affaire mise au jour par notre Bureau d’enquête : un partenaire d’affaires d’Alfonso Graceffa, grand patron d’Otéra, a bénéficié d’un prêt de 44 M$ pour son projet de résidence d’aînés à Saint-Jean-sur- Richelieu, en Montérégie.

Jeudi

Notre Bureau d’enquête révèle que M. Graceffa et son ex-femme ont bénéficié d’un prêt de 3,3 M$ en provenance de MCAP, une filiale d’Otéra, pour le financement d’un immeuble à revenus à Côte-Saint-Luc, sur l’île de Montréal.

Jeudi

Québec solidaire demande que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) soit saisie du dossier.

Jeudi

Alfonso Graceffa, le PDG d’Otéra Capital, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a financé 
plusieurs immeubles, dont celui-ci à Pointe-Claire, qu’il détient avec des associés grâce à des prêts d’Otéra.
Photo Agence QMI, Simon Clark

Le ministre des Finances Éric Girard estime que la Caisse est dans une situation dans laquelle « elle ne devrait pas se trouver », et la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault laisse entendre que la police pourrait enquêter si Michael Sabia, le grand patron de la Caisse, en sentait le besoin.

Vendredi 

Nos recherches démontrent que M. Graceffa a bénéficié non pas d’un, mais bien de 11 prêts de MCAP, pour un total de 9,2 M$. Ces prêts ont servi à financer des immeubles à revenus.

Vendredi 

Le premier ministre François Legault trouve le cas d’Otéra « très inquiétant ».

Vendredi 

La Caisse de dépôt annonce que M. Graceffa se retire de toutes ses fonctions le temps de l’enquête indépendante qu’elle a commandée en début de semaine.