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Ariane Moffatt: une lectrice constante

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Avant de monter sur scène le 22 février prochain au MTelus, Ariane Moffatt chante les louanges d’Hubert Aquin, de Gaétan Soucy ou de Pauline Delabroy-Allard.

Pourquoi aimez-vous autant lire ?

J’aime lire parce que je trouve que l’exercice de la lecture nous donne un accès privilégié à la tête et au cœur d’un autre être humain. Se glisser dans le récit d’un auteur, c’est une expérience qui peut être vraiment profonde, vraiment pure. Je dois dire aussi que les mots ont toujours eu un grand pouvoir d’attraction sur moi. Une jolie phrase peut me procurer beaucoup de bonheur. J’aime lire aussi parce que la lecture demande une certaine concentration qui crée le silence à l’intérieur de soi. Et ce silence est plus précieux que jamais de nos jours (en tout cas pour moi).

Vous avez toujours été une grande lectrice ?

Je ne sais pas si je suis une si grande lectrice, mais je dirais que je suis une lectrice assez... constante. Étant donné qu’il est possible de lire sans sortir de chez soi ou encore un peu partout (sur la route par exemple), j’ai augmenté la cadence durant les dernières années pour pallier la grande diminution de mes activités sociales (mère de trois jeunes enfants oblige !).

Est-ce qu’il y a un livre qui a été pour vous particulièrement important ?

Toujours difficile d’en choisir un seul... L’écume des jours de Boris Vian m’avait complètement subjuguée quand je l’ai lu au cégep. Pour sa fantaisie, cette transmission des possibilités infinies de l’imagination dans un récit. Prochain épisode d’Hubert Aquin aussi. Pour son climat, le degré de son intensité. Ça ne s’explique pas toujours facilement, le mood dans lequel nous plonge un livre qui vient nous chercher. J’ai été marquée par l’habile manière de faire cohabiter un volet si engagé politiquement avec celui d’un discours intérieur extrêmement intime. L’œuvre de Réjean Ducharme (L’hiver de force). C’est dérangeant, cru et si fascinant. Une voix unique qu’on a beaucoup tenté de reproduire, en vain...

Vous pouvez nous dire quels ont été jusqu’à présent vos plus gros coups de cœur.

  • La bascule du souffle d’Herta Müller. Le quotidien de Léopold, un jeune Roumain envoyé dans les camps de travail en Russie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Écrit comme ça, on peut se demander ce que ce livre peut avoir de si magique, mais la réponse est dans la plume toute en finesse et en poésie d’Herta Müller (prix Nobel de littérature en 2009).
  • La fiancée américaine d’Éric Dupont, qui est un joyau de notre littérature. Sa connaissance de l’histoire et les grandes recherches qu’il effectue nous permettent de voyager dans ses romans-fleuves où les liens familiaux ou amoureux tous genres confondus sont souvent célébrés. On peut parler de page turner avec énormément de substance et de liberté.
  • La petite fille qui aimait trop les allumettes, de feu Gaétan Soucy, un autre regretté écrivain québécois qui signe ce troisième roman autour de deux adolescents vivant reclus du monde sous le joug maladif de leur père. C’est une quête personnelle profondément dure, crue et bouleversante à travers la voix de ces jeunes que l’on a privés de repères.
  • Le lambeau de Philippe Lançon. Par où commencer pour parler de ce roman-choc de 2018 ? Le récit autobiographique de reconstruction (physique comme affective) d’une des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo, le journaliste Philippe Lançon. Rarement je me suis sentie autant dans l’esprit de quelqu’un en lisant ses mots. Sa grande érudition lui permet de rendre hommage à l’art et à la littérature tout au long de ce roman bouleversant.
  • L’énigme du retour de Dany Laferrière. Le récit d’un homme qui retourne sur sa terre natale d’Haïti pour y enterrer son père. Dany Laferrière est l’écrivain des sens, il nous fait carrément voyager dans ses bagages. Sa plume est trempée dans la tendresse et la poésie. Un auteur délectable !

Quelle a été votre toute dernière découverte ?

Je viens de terminer un bouquin brûlant de passion et de vérité. Il s’agit de Ça raconte Sarah, premier roman de l’auteure française Pauline Delabroy-Allard­­. Un livre qui se dévore en 24 heures tellement l’écriture est galopante. Une histoire en deux temps sur l’ascension puis la chute d’une grande passion entre deux femmes qui ne s’y attendaient pas. C’est enlevant, beaucoup à cause de cette capacité qu’a l’auteure de se commettre sans retenue, intensité dans le tapis.

Enfin, que comptez-vous absolument lire sous peu ?

Je n’ai pas encore décidé si j’allais me taper le dernier Houellebecq (Sérotonine) et pour l’instant, je savoure le roman de la Québécoise Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City.


Pour en savoir plus sur la tournée Petites mains précieuses, qui mènera bientôt Ariane Moffatt aux quatre coins du Québec, on visite le site arianemoffatt.com.