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Lanceurs d’alerte et sens critique

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark André Lamontagne

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Après des épisodes à craindre la corruption dans la gestion des affaires publiques, nous sommes devenus très enclins à embrasser spontanément tout lanceur d’alerte. Qui de mieux qu’un employé de l’État au cœur d’un processus d’octroi de contrat pour sonner une cloche ? Et si les patrons de l’employé ne réagissent pas, une alerte aux médias devient l’ultime recours.

Le cas d’un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture fait la manchette depuis une semaine. Disons-le, l’affaire a été mal gérée politiquement par la CAQ. Cette décision a été prise en ce qui concerne la fonction publique et n’aurait jamais dû éclabousser le gouvernement.

Débutant

Sauf qu’un ministre débutant a mal compris son rôle, s’est mal exprimé et a dû remballer ses propos. Puis, en essayant de le défendre, le premier ministre a failli se mettre sa fonction publique à dos. La CAQ s’est compliqué la vie avec un dossier sorti du champ gauche.

Tout le monde semble néanmoins avoir perdu de vue l’enjeu sur le fond. Tous les journalistes ont accepté l’appellation « lanceur d’alerte » pour parler de ce fonctionnaire du ministère de l’Agriculture. De là, on semble présumer que le renvoi de l’agronome est non justifié, une vengeance contre un héros qui a voulu sauver notre santé.

Danger

La situation n’est pas si simple. Imaginons qu’au ministère de la Santé, un fonctionnaire se mette à lire sur les théories de complot et devienne un militant anti-vaccins. Ce fonctionnaire fournit à un journaliste intéressé des portions de rapports, des analyses internes incomplètes ou des courriels ayant circulé à l’interne. Tout cela pris hors contexte.

Un journaliste se présente devant le public avec un reportage-choc ! Des documents internes, des courriels, démontrant l’inefficacité ou des risques associés aux vaccins. On pourrait vite causer une panique dans la population et alimenter une foule de théories du complot. Cette perception serait renforcée par l’idée qu’un courageux lanceur d’alerte ait donné accès à ces informations.

Un geste aussi irresponsable et malhonnête d’un fonctionnaire pourrait à la limite avoir un impact sur la santé publique. Dans ce cas issu de mon imagination, toutes les personnes responsables reconnaîtraient que ce fonctionnaire a agi à l’encontre de l’intérêt public. On conclurait aussi qu’il a trahi son employeur, le ministère de la Santé.

Je ne dis pas que le parallèle est parfait. Nous ne connaissons pas les détails précis du congédiement de ce fonctionnaire. Je veux simplement mettre en lumière qu’il faut être prudent avant d’attribuer à un fonctionnaire le titre de héros lanceur d’alerte. Je veux faire réfléchir aux dangers de présumer instantanément que le fonctionnaire qui lance une alerte est du côté du public pendant que son ministère travaille contre le public.

Je me permets de dire que le danger d’un dérapage est encore plus grand dans un dossier comme l’agriculture. Le journalisme, généralement urbain, part avec une opinion négative à l’endroit du monde agricole. Un complot contre la santé du public est une bien bonne histoire...