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En 1984, c’était Sarajevo

Il y a 35 ans, Gaétan Boucher remportait trois médailles au patinage de vitesse longue piste

Dans son bureau de directeur général de la Corporation de développement culturel et sportif de Rosemère, Gaétan Boucher se souvient de ses trois médailles remportées en 1984 à Sarajevo.
Photo Chantal Poirier Dans son bureau de directeur général de la Corporation de développement culturel et sportif de Rosemère, Gaétan Boucher se souvient de ses trois médailles remportées en 1984 à Sarajevo.

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Il y a 35 ans jour pour jour, Gaétan Boucher remportait sa première médaille aux Jeux olympiques de Sarejevo au cours d’une semaine qui allait enflammer le Québec.

Après le bronze le 10 février 1984 aux 500 m dans une course disputée sous la neige, le patineur de vitesse longue piste allait par la suite décrocher l’or aux 1000 m et aux 1500 m. Boucher remportait ainsi trois des quatre médailles gagnées par le Canada à Sarajevo.

L’Olympien montre fièrement ses trois médailles (deux d’or et une de bronze) remportées aux JO de Sarajevo en 1984.
Photo d'archives
L’Olympien montre fièrement ses trois médailles (deux d’or et une de bronze) remportées aux JO de Sarajevo en 1984.

« Ça fait très longtemps, mais j’y pense à l’occasion, souligne Boucher qui a été fait officier de l’Ordre du Canada en 1984. Ça passe vite. C’est spécial d’avoir gagné trois médailles au cours des mêmes Jeux. Le Canada gagnait peu de médailles à cette époque et c’était exceptionnel aux yeux des gens. Ce fut complètement fou à mon retour à Mirabel et avec toutes les invitations qui ont suivi. »

Après avoir soigné une blessure à une cheville l’année précédant les Jeux qui aurait pu réduire ses chances de succès, Boucher visait haut. « Parce que j’avais connu quelques années difficiles et que je n’avais pas gagné un titre mondial depuis six ans, tu peux avoir certains doutes, mais je croyais en mes chances d’être le meilleur au monde, souligne le directeur général de la Corporation du développement culturel et sportif de Rosemère. C’était mes troisièmes Jeux olympiques et les attentes étaient élevées. Je voulais obtenir les meilleurs résultats possible. Même si j’étais parti en Europe seulement en décembre, j’étais dans la meilleure condition physique de ma carrière, je gagnais des courses et je n’avais pas de craintes au sujet de ma cheville. »

Surprise

Gaétan Boucher a remporté une médaille d’argent aux JO de Lake Placid, en 1980.
Photo d'archives
Gaétan Boucher a remporté une médaille d’argent aux JO de Lake Placid, en 1980.

Après sa médaille de bronze aux 500 m, Boucher savait qu’il était le favori aux 1000 m, son épreuve de prédilection. « Je ne pouvais pas perdre, résume-t-il. Personne ne m’avait battu avant les Jeux et je gagnais facilement. Je me sentais comme Eric Heiden au 1000, 1500 et 5000 en 1980 à Lake Placid. Je ne pouvais pas perdre à moins d’une chute ou d’une très mauvaise performance. »

Dans son bureau de directeur général de la Corporation de développement culturel et sportif de Rosemère, Gaétan Boucher se souvient de ses trois médailles remportées en 1984 à Sarajevo.
Photo d'archives

« Aux 1500 m, j’étais plus détendu parce que j’avais déjà remporté une médaille d’or, de poursuivre le natif de Charlesbourg, mais je croyais en mes chances de gagner. Quand j’ai franchi le fil d’arrivée, je ne pensais pas avoir gagné, mais je pensais terminer sur le podium. Je croyais que je n’avançais plus très vite à la fin, mais c’était la même chose pour tous les patineurs.

Rivalité Canadien-Nordiques

Benoît Lamarche a réalisé la victoire de Boucher avant le principal intéressé. « Gaétan avait la face d’un gars découragé quand il a franchi le fil d’arrivée, souligne le patineur qui n’avait que 17 ans et qui vivait son baptême des Jeux olympiques. Nous étions dans le virage et Gaétan a réalisé qu’il se passait quelque chose quand il nous a vus sauter. Il s’est viré de bord et a regardé le tableau pour réaliser qu’il avait gagné. »

L’engouement entourant le retour de Boucher au pays où une foule très importante l’attendait à Mirabel s’était transporté dans la rivalité Canadien-Nordiques. Les deux équipes voulaient le présenter à la foule en premier. «Mon agent Pierre Lacroix avait dit c’est simple tu vas aller à l’endroit où l’équipe joue en premier, rappelle-t-il. Les Nordiques jouaient les premiers contre Edmonton. Parce que j’allais à Québec en premier, mon agent avait dû faire un compromis. Je faisais la mise au jeu protocolaire et je quittais le Colisée. Le lendemain à Montréal toujours contre les Oilers et Wayne Gretzky, j’avais apporté mes médailles et j’avais passé le match en compagnie du président Ronald Corey. Cela avait été tout un honneur chaque fois pour moi qui étais un partisan des Nordiques.

« C’était impossible de passer incognito et c’est encore le cas à Québec, d’ajouter Boucher qui préfère se tenir loin des feux de la rampe. Il fallait que je vive avec les honneurs même si je n’aime pas ça plus qu’il le faut. »


Un athlète accompli

1976, JO Innsbruck 

  • 6e au 1000 m, 14e au 500 m, 14e au 1500 m.

1980, JO Lake Placid 

  • Médaillé d’argent au 1000 m, 8e au 500 m, 15e au 1500 m.

1984, JO Sarajevo 

  • Médaillé d’or au 1000 m, médaillé d’or au 1500 m, médaillé de bronze au 500 m.

1984, Trondheim, Norvège 

  • Champion du monde des sprints.

1988, JO Calgary 

  • 5e au 1000 m, 9e au 1500 m, 14e au 500 m.

 

Un précurseur pour les athlètes canadiens

L’athlète natif de Charlesbourg a contribué à sa façon à ouvrir des portes dans le milieu sportif canadien.
Photo d'archives
L’athlète natif de Charlesbourg a contribué à sa façon à ouvrir des portes dans le milieu sportif canadien.

Plusieurs estiment que le coup d’éclat de Gaétan Boucher à Sarajevo a été l’élément déclencheur dans les succès du Canada sur la scène olympique.

« Avec ses performances à Sarajevo, Gaétan est devenu le Maurice Rocket Richard du sport amateur, affirme le directeur général de la Fédération québécoise de patinage de vitesse du Québec, Robert Dubreuil. Il a soulevé les gens. Gaétan a ouvert les portes pour les athlètes qui ont suivi tant en patinage de vitesse que dans les autres sports. Il a permis de croire que c’était possible de gagner. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais il a pavé la voie et a été un pionnier. À partir de ce moment, les résultats du Canada sur la scène olympique ont commencé à s’améliorer. »

Modestie

Coéquipier de Boucher à Sarajevo ainsi qu’aux Jeux de Calgary en 1988 au sein de l’équipe canadienne, Benoît Lamarche abonde dans le même sens. « Mon souvenir marquant des Jeux de Sarajevo fut le drapeau canadien entre les deux drapeaux russes à la remise des médailles du 1000 m. Le petit Canadien sans ressources qui avait battu les deux gros méchants Russes. Les Russes et les Allemands de l’Est avaient de grosses équipes. Au Canada, on vivait une autre réalité et on y allait avec le minimum. On misait sur un entraîneur et un physiothérapeute qui n’était pas toujours présent. »

« Avant les succès de Gaétan, les meilleurs athlètes canadiens recevaient un brevet de 400 $ par mois, d’ajouter Lamarche. Avant le départ pour Sarajevo, le téléphone de Gaétan avait été quasiment débranché parce que le compte n’était pas payé. »

Modeste comme toujours, Boucher a entendu ce discours où il a fait beaucoup pour les générations qui ont suivi, mais il refuse de prendre le crédit. « Ce n’est pas moi qui le dis, mais plusieurs pensent que j’ai permis aux athlètes de croire en eux. J’ai été élevé comme ça. Mon père me disait que la seule chose qui pouvait me différencier des autres était l’entraînement. Tout le monde avait deux bras et deux jambes et il n’y avait rien d’impossible si tu mettais les efforts. »

David contre goliath

Boucher ne souffrait pas de complexes face aux Néerlandais, aux Russes, aux Allemands de l’Est et aux Norvégiens qui dominaient sur la scène internationale. « Parce que j’ai participé à mon premier championnat mondial à 16 ans, les meilleurs patineurs étaient beaucoup plus vieux et ils ont quitté quelques années plus tard. Il y avait des noms que je respectais, mais je n’étais pas intimidé. Le patinage de vitesse était peu connu et j’étais un peu naïf. »

« On peut dire que c’était David contre Goliath parce que les meilleures nations avaient plus d’argent et étaient mieux équipées que nous, mais nous avions un avantage, de poursuivre Boucher. On partait pour l’Europe en octobre et on pouvait se consacrer uniquement au patin, ce qui n’était pas le cas de nos adversaires qui devaient travailler. Ça compensait pour les systèmes qui étaient plus développés ailleurs. »