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«Je ne suis plus dans la souffrance» –Nathalie Simard

Nathalie Simard et la directrice du centre d’hébergement La Bouée, Sylvie Morin, se sont alliées pour lancer le projet <i>Je veux vivre</i>, qui se décline en un livre, un album et une tournée. 
Photo Stevens LeBlanc Nathalie Simard et la directrice du centre d’hébergement La Bouée, Sylvie Morin, se sont alliées pour lancer le projet Je veux vivre, qui se décline en un livre, un album et une tournée. 

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Après avoir repoussé longtemps son retour sur disque, Nathalie Simard a enfin trouvé le projet artistique qui lui « donne des ailes » et qui est en parfaite concordance avec la mission qu’elle se donne d’aider les femmes victimes de violence. Elle lance mardi son premier album de chansons originales en près de vingt ans, dans le cadre d’un grand projet de sensibilisation intitulé Je veux vivre.

Nathalie Simard, qui aura 50 ans cet été, revient avec un bouquet de chansons plutôt touchantes, qui seront lancées mardi sur toutes les plateformes. Elles sont pour la plupart autobiographiques et revisitent parfois son douloureux passé. La majorité des pièces sont signées par Réjean Audet, un chansonnier de l’Estrie qu’elle a rencontré il y a plusieurs années.

En plus d’un duo avec sa fille Ève, on y entend aussi une chanson poignante au sujet d’une enfant décédée, L’enfant papier, écrite par son frère Régis il y a une vingtaine d’années.

Le lancement de l’album s’inscrit dans le cadre d’un projet de sensibilisation contre la violence, qui se décline en un album, un livre et une tournée de spectacles-conférences à travers le Québec. C’est le projet dans son entièreté, aussi inti­tulé Je veux vivre, qui sera lancé mardi.

«Cet album-là, je tenais à le sortir du cadre du show-business, a précisé la chanteuse, lors de son passage à Québec cette semaine pour le tournage du vidéoclip du premier extrait. Parce que je voulais plus raconter un parcours de vie».

«Privilégiée» d’avoir encore l’amour du public après 40 ans de carrière, Nathalie Simard a repoussé l’album depuis plusieurs années. «Un album, c’est important et il faut y mettre du temps», a-t-elle dit, confiant qu’elle a pu s’y investir pleinement grâce à la vente, avant les Fêtes, de sa controversée cabane à sucre.

Un plus grand impact

Le projet Je veux vivre a été mis sur pied grâce à Sylvie Morin, directrice du centre d’hébergement La Bouée, situé à Lac-Mégantic. Le livre qui fait partie de la trilogie rassemble 23 témoignages bouleversants de victimes de violence et d’abus sexuels, dont celui de Mme Morin, en plus d’être un outil de référence en ce qui concerne les ressources disponibles.

Nathalie Simard, Sylvie Morin et l’intervenante Karine Gosselin sillonneront ensuite les routes du Québec pour une série de spectacles-conférences porteurs «d’espoir et de lumière», qui a pour but d’inciter les victimes à dénoncer.

Elles ont choisi de faire un même lancement pour les trois projets, question d’avoir un plus grand impact de sensibilisation.

«Une campagne de 30 secondes à la télévision, c’est correct, mais ce n’est pas suffisant. C’est une problématique difficile à comprendre. Il faut être sur le terrain, aller parler aux gens», a fait valoir Sylvie Morin.

«C’est dans la prévention que ça se passe, c’est avec ça qu’on va enrayer le problème, a ajouté Nathalie Simard. On ne rêve pas en couleur en pensant que ça va changer du jour au lendemain. Mais depuis deux ans, avec le mouvement #metoo, ç’a fessé fort. Il y a eu un éveil de conscience. On s’est dit là, c’est assez, on n’accepte plus ça, les femmes ne sont pas des objets.»

Transformer la douleur

Près de 15 ans après avoir dénoncé son agresseur, Nathalie Simard se fait un devoir de parler encore de son histoire, pour inciter les victimes à faire comme elle.

La prévention de la violence est devenue son cheval de bataille. Est-ce douloureux ou plutôt thérapeutique de constamment se replonger dans son passé?

«C’est vraiment une thérapie pour moi, dit-elle. J’en parle dans le but d’aider, de sensibiliser. Je ne suis plus dans la souffrance. C’est sûr qu’il y a des choses qui vont toujours m’habiter, me rappeler. Des souvenirs, des odeurs... Ça reste, il faut apprendre à vivre avec. Mon but, c’était de transformer ça en positif.»

«Tu es victime jusqu’à tant que tu parles. À la minute que tu décides d’en parler, tu deviens une survivante.»