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Les fantômes de Denis Côté

Répertoire des villes disparues
Photo courtoisie, Couzin Films Rachel Graton et Hubert Proulx dans le film Répertoire des villes disparues.

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De Curling à Vic + Flo ont vu un ours, les films de Denis Côté ont souvent flirté avec le surnaturel. Mais avec son onzième long métrage, Répertoire des villes disparues, le cinéaste indépendant s’aventure un peu plus loin dans le cinéma de genre pour signer un drame fantastique qui se déroule dans un petit village reculé, dont la quiétude est bouleversée par une série d’apparitions étranges.

En entrevue au Journal, Denis Côté raconte en riant qu’il s’est souvent fait demander au cours des dernières années : à quand ton premier film d’horreur ?

« À force qu’on m’en parle, ç’a commencé à m’intéresser pour vrai », dit-il.

Le déclic est arrivé quand il a lu, il y a quelques années, le livre Répertoire des villes disparues, de l’auteure Laurence Olivier.

« J’ai trouvé ça très beau, mais ma première réaction a été : il n’y a aucun film là-dedans, se souvient-il. Puis, en y repensant, je me suis dit : ça pourrait être drôle justement d’adapter un livre qui est totalement inadaptable. J’ai contacté Laurence Olivier qui est super fine et qui avait aimé mes films Curling et Les états nordiques. Je lui ai dit : “Est-ce que je peux prendre ton livre et délirer ?” Elle m’a répondu : “Fais ce que tu veux, ce sera un honneur”. »

S’il s’est servi du livre comme base pour écrire son scénario, Denis Côté dit n’avoir retenu que quelques éléments du récit de Laurence Olivier. Tourné en hiver avec un budget de 2,2 M$, Répertoire des villes disparues nous plonge dans un petit village de 250 âmes, qui est bouleversé par la disparition d’un jeune homme du coin qui a perdu la vie dans un accident de la route – probablement un suicide.

Le cinéaste Denis Côté
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Le cinéaste Denis Côté

Or, cet événement tragique coïncide avec l’apparition d’êtres mystérieux qui ont commencé à rôder dans les environs.

« Je trouve ça le fun de me faire demander : c’est qui ces gens-là ? souligne Côté. On peut dire que ce sont des fantômes ou des revenants. Mais pour moi, ils représentent en quelque sorte la conscience endormie des villages.

« Je crois que le film parle de beaucoup de choses sans parler de rien frontalement. Ça parle des visages du deuil, de la peur de l’autre, de notre résistance au changement. Je trouve qu’il y a aussi un petit sous-texte à l’immigration si tu veux voir les revenants comme des nouveaux arrivants. »

Se faire plaisir

Comme il l’a souvent fait dans ses films précédents, Denis Côté a réuni une distribution étonnante qui comprend des acteurs de tous les horizons dont Robert Naylor, l’humoriste Jean-Michel Anctil et les comédiennes Diane Lavallée et Josée Deschênes.

« Je me suis fait plaisir avec le casting, admet-il. On me donne la liberté de le faire, alors j’en profite. Je ne sais pas pourquoi, mais pour le rôle du père endeuillé, je voulais avoir un humoriste. Je trouve que la plupart des humoristes d’un certain âge ont l’air tristes. J’avais vu Jean-Michel dans le film Nous sommes les autres et je l’avais bien aimé. Je suis très content de ce qu’il a apporté au film.

« Diane Lavallée et Josée Deschênes m’ont aussi beaucoup impressionné. On oublie le métier que ces gens-là ont. »

Une pause du cinéma

Répertoire des villes disparues sera projeté en première mondiale dans quelques jours à la Berlinale. Denis Côté qui a déjà eu du succès à ce festival dans le passé (son long métrage Vic + Flo ont vu un ours y a remporté le prix de l’innovation en 2013) sera sur le tapis rouge en compagnie des acteurs de son film.

Après le lancement du film, le cinéaste de 45 ans prendra une pause de cinéma pour s’occuper de sa santé. Côté souffre d’insuffisance rénale, une maladie dégénérative, depuis 13 ans.

« Je suis au bout de ma fonction rénale et je devrai embarquer bientôt sur la dialyse et tomber sur une liste d’attente pour une transplantation, explique le cinéaste.

« Quand j’ai reçu mon diagnostic, en 2007, j’étais à 40 % de ma fonction rénale. Ils me laissaient alors trois à quatre ans avant de tomber sur la dialyse. Je suis rendu à ma 13e année. Mais là, j’y arrive. Je suis présentement à 16 % de ma fonction rénale et ça fait deux ans que c’est dur tous les jours.

« Mais je ne veux pas jouer à la victime. Des fois je me dis : hey, j’ai réussi à tourner 11 longs métrages avec une maladie chronique. C’est quand même pas mal. »


► Le film Répertoire des villes disparues prend l’affiche vendredi prochain (le 15 février).