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À la fois louable et troublant

GEN-Conférence de presse de la ministre déléguée a l'Éducation Isabelle Charest
photo agence qmi, MARIO BEAUREGARD Le directeur général de Hockey Québec, Paul Ménard, reconnaît que les bénévoles œuvrant dans le hockey mineur sont parfois confrontés à des parents aux comportements abusifs.

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La création d’un guide d’intervention pour contrer les comportements inacceptables dans le hockey mineur est à la fois louable et troublant. D’une part, on se dit qu’il se trouve des intervenants conscientisés qui veulent enrayer ce problème. De l’autre, on se demande comment la situation a pu en arriver à ce point.

Comme le dit Paul Ménard, directeur général chez Hockey Québec, il ne faut pas généraliser. Il se joue plus de 3000 matchs de hockey, chaque fin de semaine, aux quatre coins de la province.

« Mais lorsqu’une situation déborde, c’en est une de trop », concède-t-il.

Et à l’ère des téléphones intelligents, ces scènes disgracieuses se retrouvent vite dans les réseaux sociaux et à la télévision.

Pas drôle d’être bénévole

L’ouvrage dévoilé hier est une réalisation de Mélanie Bourque, chargée de projet chez Équijustice, organisme spécialisé en médiation citoyenne et justice réparatrice.

En 2011, l’Association de hockey mineur de Victoriaville fait appel aux gestionnaires d’Équijustice de la région d’Arthabaska/Érable, où Mme Bourque travaille, afin de mettre sur pied un programme de prévention contre la violence sous toutes ses formes dans le cadre de ses activités.

Baptisé Je joue gagnant, le projet a capté l’attention du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport qui, en 2017, a confié le mandat à Hockey Québec et à Équijustice de créer un outil de travail qui enseigne aux intervenants du hockey mineur comment réagir face à la conduite dégradante de certains parents.

« Ce n’est pas drôle d’être bénévoles aujourd’hui », dit M. Ménard.

« Ils ne savent pas trop comment réagir face aux gens faisant montre de comportements abusifs. Lors d’un sondage maison effectué il y a trois semaines, 92 pour cent des joueurs et joueuses affiliés à la fédération se disaient satisfaits de l’encadrement qui leur est fourni.

Le pourcentage tournait autour de 80 % chez les entraîneurs et se situait à 78 % pour les organisations. Ça veut dire que ces gens ont besoin d’aide. »

Comment faire ?

Mme Bourque a deux fils qui jouent au hockey, l’un dans la catégorie midget et l’autre en classe novice.

« J’en vois de toutes les sortes », affirme-t-elle.

« Étant médiatrice de profession, je crois qu’il est important de prendre le temps d’écouter. La plupart des gens qui ont des écarts de comportement ne sont pas mal intentionnés. Ce ne sont pas de mauvaises personnes. Il faut chercher à mettre le doigt sur l’émotion ressentie au moment de leur perte de contrôle. Parfois, ils se sentent mal après coup et vont s’excuser auprès des personnes qu’ils ont invectivées. »

Si le phénomène touche plusieurs disciplines sportives, la ministre Isabelle Charest ne se souvient pas d’avoir assisté à des débordements dans son sport, qui était le patinage de vitesse courte piste. Mais elle en est témoin en tant que mère, elle qui a un garçon qui joue au hockey.

« Honnêtement, je me sentais un peu démuni face à ça », dit-elle.

« On ne sait pas comment intervenir. Est-ce notre place ? Comment sera-t-on perçu ? En se donnant des balises, les intervenants auront maintenant des outils pour faire quelque chose. »

Les temps changent

Mais n’est-ce pas désolant en même temps ? Les parents ne sont-ils pas censés donner l’exemple à leurs enfants ? N’ont-ils pas le devoir de les encourager dans la pratique de leur sport au lieu de leur taper sur la tête ou d’abaisser les enfants d’autres parents ?

« J’aime bien lorsque M. Ménard dit que ce qui était toléré autrefois n’est plus acceptable aujourd’hui », répond Mme Charest.

« Il faut se donner des moyens pour s’assurer que ça ne se produise plus. Il ne faut pas juste penser aux jeunes joueurs, mais aux officiels aussi. Ce sont des jeunes qui s’impliquent et qui vont former la prochaine génération », continue Isabelle Charest.

« Moi, j’aime regarder les choses positivement. On se donne des outils qui vont nous permettre d’avancer dans ce domaine. La publication de notre guide va peut-être inciter des gens qui avaient abandonné le bénévolat en raison de situations problématiques dont ils ont été victimes à y revenir. »

La mission est de taille, car changer les mentalités demande beaucoup de temps. Espérons que ça porte fruit.

Des chiffres qui glacent le sang

Les chiffres sont à faire dresser les cheveux sur la tête. De 1998 à 2018, 340 entraîneurs canadiens, tous sports confondus, ont été accusés de délits sexuels. De ce nombre, 222 ont écopé de condamnations. Le nombre de victimes, qui étaient toutes d’âge mineur au moment des faits, atteint 603.

« Ce n’est pas reluisant », ne peut que constater le président de Hockey Québec, Paul Ménard.

« Ici, au Québec, c’est tolérance zéro dès que l’on reçoit une information en ce sens au sujet d’un entraîneur. »

Le cas Graham James

Graham James est le cas le plus notoire en la matière dans l’histoire du hockey canadien.

Il a purgé une peine d’emprisonnement de trois ans et demi lorsque trouvé coupable d’abus sexuels à l’endroit de Sheldon Kennedy, qui a évolué plus tard dans la Ligue nationale, alors qu’il dirigeait les Broncos de Swift Current.

Plus tard, Theoren Fleury a raconté dans son autobiographie avoir été lui aussi une victime de James.

« Hockey Canada tient un registre des entraîneurs qui sont délinquants sexuels », indique M. Ménard.

« Mais je pense que toutes les fédérations sportives auraient intérêt à partager les informations qu’elles détiennent sur leurs entraîneurs. Ça manque.

Chez Hockey Québec, on vérifie les antécédents de tous nos entraîneurs. C’est obligatoire. »

La pointe de l’iceberg

Tout en se disant préoccupée par la situation dévoilée par les réseaux d’État de télévision, Isabelle Charest ne se dit pas vraiment surprise en raison des cas qui ont été dénoncés ces dernières années. Mais elle craint que ce ne soit que la pointe de l’iceberg.

En décembre 2017, l’ancien entraîneur de ski alpin Bertrand Charest a reçu une sentence de 12 ans d’emprisonnement pour des crimes commis sur neuf de ses protégées dans les années 1990. En octobre dernier, il a déposé une requête afin que sa peine soit réduite à quatre ou six ans.