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Lamontagne mérite-t-il une fatwa?

André Lamontagne, ministre de l’Agriculture
Photo courtoisie, La vie agricole André Lamontagne, ministre de l’Agriculture

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Une intense séance de rafting : voilà à quoi ressemble le début de carrière ministérielle d’André Lamontagne.

En substance, le ministre nous a dit, à propos de l’affaire du lanceur d’alerte Louis Robert : Oui, je l’ai congédié personnellement. Non, ce fut le geste du sous-ministre nommé par les libéraux. Mais au fait, vous savez qu’il y avait peut-être d’autres raisons à ce remerciement ? Ça vient de mon intuition... Il y aura une enquête de la protectrice du citoyen sur cette affaire. Je m’excuse.

Nulle surprise qu’après pareil cafouillage, le ministre se soit retrouvé « sous surveillance » de la part du cabinet du premier ministre. Les oppositions, quant à elles, ont senti le sang.

Le mouvement environnemental, déjà méfiant du gouvernement Legault, craint le pire.

Condamnation

Ainsi, lorsqu’on apprit que le même ministre Lamontagne avait qualifié d’« ayatollahs » certains des fonctionnaires du ministère de l’Environnement, devant un parterre d’agriculteurs, c’en était trop.

Plusieurs ont cru bon d’émettre instamment une sorte de « fatwa » contre lui. (Consultation juridique en droit islamique, une fatwa débouche la plupart du temps sur une condamnation sévère...)

Quand l’affaire Louis Robert éclata, un des textes les plus sévères fut écrit par Roméo Bouchard, entre autres cofondateur de l’Union paysanne. « Je suis révolté d’apprendre le congédiement du meilleur agronome de votre ministère ! »

J’ai interrogé Bouchard, hier, à la radio Qub, au sujet des déclarations du ministre sur les « ayatollahs ». Or, cette fois, il a tenu à défendre Lamontagne – comme il l’avait fait dans ses réseaux sociaux plus tôt.

Plusieurs « ont totalement déformé les propos du ministre. [...] Les réactions d’écolos et de politiciens entendues ce matin sont totalement à côté de la track », pestait Bouchard.

Il a tenu à rappeler que Lamontagne parlait essentiellement des normes sanitaires que les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture appliquent uniformément, peu importe s’il s’agit de Maple Leaf ou de petits « producteurs-transformateurs-vendeurs ».

Les risques dans l’un et l’autre cas sont totalement différents. « On a souvent l’impression que le pire danger, pour les ayatollahs du ministère de l’Environnement à propos de l’agriculture, c’est la Nature elle-même : ils préfèrent le béton ! » se plaint Bouchard.

Du reste, que le ministre de l’Agriculture se rende au congrès de l’Union paysanne, c’est une première. Et qu’il vienne dire qu’il faut prendre en compte la réalité des petits producteurs est plutôt rafraîchissant. Vous vous rappelez du délirant rappel de fromages fins québécois par le MAPAQ lors de la crise de la listériose en 2008 ?

Notre agriculture a sans doute profité de la mise en place de grands systèmes, et même du monopole de l’UPA. Depuis le rapport Pronovost, il y a 10 ans, on sait que certaines réformes sont urgentes, mais rien ne se fait.

Si, comme on peut le croire, les propos du ministre s’inscrivaient dans cette réflexion, il ne mériterait aucunement une fatwa. Bien au contraire.