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L’île Québécoise dans les Antilles

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Mon pays a beau « être l’hiver », en ce lendemain de tempête, alors que je suis encore empêtrée sous la neige et que je ne sais plus où la balancer, je fantasme à l’idée que février, cette année, aurait pu se dérouler non pas les pieds dans la gadoue ou sur la glace, mais plutôt dans le sable. Devant m’adapter quotidiennement à une météo maniaco-dépressive, je me plais parfois à rêver de ce que seraient nos hivers québécois sur cette île des Antilles que le gouvernement du Québec envisageait d’acheter au milieu des années 1980...

Imaginez le topo. Moins 25 degrés Celsius avec le facteur vent, vous regardez les prévisions météo des prochains jours, où l’on annonce un déprimant cocktail de pluie verglaçante et de vent, suivi de chutes de neige abondante. C’en est assez! Vous attrapez votre bikini ou votre short - c’est selon - une paire de « gougounes », votre brosse à dents et, hop, vous partez pour une semaine au chaud. Même pas besoin de passeport! Paperasse inutile. Vous débarquez sur une étroite île d’environ 150 kilomètres de long, appartenant au Québec, bordée de plages de sable rose et nommée Eleuthera. Une petite bière froide avec ça? 

Un projet avancé

Au milieu des années 1980, le gouvernement du Québec avait en poche une entente de principe avec le gouvernement des Bahamas pour acheter, par bail emphytéotique, ce petit bout de terre d’été permanent. Coût de la transaction : 1$. À condition que les quelques milliers de résidents de l’île puissent profiter des emplois ainsi créés.

C’est le ministre du Tourisme de l’époque, le péquiste Marcel Léger (père de Jean-Marc Léger, grand patron de la firme Léger Marketing), qui pilotait le dossier. 

Les élections du 2 décembre 1985, remportées de façon majoritaire par les Libéraux, ont fait couler aux fonds des mers chaudes ce rêve d’un coin de Québec dans le Sud.  

Idée visionnaire ou saugrenue?

La perspective d’une île au drapeau fleurdelisé dans les Antilles fait rêver, particulièrement ces jours-ci. Mais, à l’époque où l’idée était assez sérieuse, le projet avait été considéré par plusieurs comme saugrenu.

Et pourtant. Un coin de pays sous les tropiques aurait possiblement été une stratégie judicieuse pour garder notre « argent soleil » dans notre propre économie.

En 2011 seulement, 800 000 « snowbirds » québécois ont passé entre une semaine et six mois en Floride , engraissant du coup l’économie américaine de 1,2 milliard de dollars!

Déjà cet automne, avant même d’avoir commencé à goûter à notre hiver déstabilisant aux multiples records de froid, 60% des Québécois souhaitaient aller se réfugier au soleil

Château de sable ou bonhomme de neige?

Un paradis québécois perdu dans les Antilles, une belle rêverie dans laquelle s’évader en regardant par la fenêtre la généreuse accumulation de neige qu’il reste à pelleter.

Mais serait-ce vraiment éthique de prendre possession d’un territoire qui appartient à d’autres parce qu’on n’en peut plus de nos hivers intensément violents?

Et que dire des tonnes d’émissions de GES engendrées par ces voyages en avion pour se sauver du froid? De quoi perturber encore davantage notre climat déjà déréglé. Ouf, pas simple! 

Je me console en regardant les yeux brillants de fiston, fébrile à l’idée de jouer et de glisser dans cette toute nouvelle neige généreuse. 

Château de sable ou bonhomme de neige, pour lui, aucune différence. On peut s’amuser.

Merci, mon gars, de me permettre de voir la vie avec ta joie.

Mon île paradisiaque, c’est toi...