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Le géant de l’Afrique à l’heure des choix

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Il existe, en temps normal, une multitude de raisons de garder le Nigeria à l’œil. Ses vastes réserves de pétrole et de gaz, l’équilibre qu’il parvient à maintenir entre musulmans et chrétiens ou encore les batailles menées contre des islamistes encore plus cruels qu’ailleurs. Ces jours-ci, cette vibrante démocratie fait face à tout un défi sur un continent où les dérapages sont fréquents.

Hier, 84 millions d’électeurs étaient appelés à choisir leur président et leurs représentants à l’Assemblée nationale. Cinq heures à peine avant l’ouverture des bureaux de vote, la commission électorale a décidé de reporter le scrutin à samedi prochain. Imaginez seulement les réactions chez nous – une société stable – si pendant la nuit précédant le jour du vote, on annonçait que tout était remis d’une semaine ! Ça gueulerait.

Ce n’est pas rien de tenir des élections au Nigeria : 120 000 bureaux de vote dans un pays pauvre en infrastructure, déchiré par les tensions ethniques et religieuses et toujours à l’affût d’une magouille pour altérer le choix des citoyens. On raconte justement, ces derniers jours, que des milliers de cartes d’électeur ont été détruites dans l’incendie de plusieurs bureaux de la commission électorale. Il manquerait aussi de matériel électoral un peu partout au pays. Bref, ça annonçait mal.

UNE ÉTAPE HISTORIQUE

Les Nigérians, avec tous leurs problèmes, disposent pourtant d’une chance exceptionnelle de donner une leçon de démocratie au reste du continent. Déjà en 2015, ils avaient marqué le coup, en élisant le candidat de l’opposition à la présidence. Le président sortant, assumant sa défaite, avait contribué à un transfert pacifique du pouvoir, un moment remarquable après des années d’élections truquées.

Ce coup-ci, parmi plus de 70 candidats, deux se démarquent : l’actuel président Muhammadu Buhari du Congrès des Progressistes et Atiku Abubakar, ancien vice-président et homme d’affaires, représentant le Parti Populaire Démocratique. Buhari est un phénomène en soi, puisqu’à 76 ans, il n’en mène pas large.

Sa santé défaillante a entraîné de si longues périodes d’absence que des rumeurs se sont mises à courir qu’il était mort et qu’un sosie avait pris sa place. Tout ça a dû être furieusement démenti ; de toute évidence, les fake news n’existent pas que dans l’imagination échevelée de Donald Trump.

Abubakar est aussi tout un personnage. D’abord, il est persévérant : c’est la cinquième fois qu’il tente de se faire élire à la présidence. Puis, il est... louche. Les allégations de corruption le concernant sont tellement nombreuses qu’on ne les compte plus. Cela dit, il n’a jamais été condamné devant un tribunal, ce qui ne rassure pas pour autant Washington qui lui a interdit jusqu’à récemment de se rendre aux États-Unis.

UN AGENDA CHARGÉ

Diriger le Nigeria n’a jamais été simple ; les prochaines années s’annoncent pour être plus compliquées encore. L’économie nigériane, fortement dépendante de son industrie pétrolière, ne s’est pas encore remise de la chute, il y a quelques années, des prix du baril et les répercussions de la crise économique de 2008-2009 se font toujours sentir.

La pauvreté va au-delà d’une statistique ou d’un pourcentage : près de 90 millions de personnes – plus que nulle part ailleurs au monde, selon le Brookings Institute – vivent avec moins de 1,90 $ par jour. Parallèlement, l’insécurité affecte chaque jour des millions de Nigérians, que ce soit à cause des attaques commises par les extrémistes musulmans de Boko Haram au nord-est, les affrontements entre bergers et fermiers pour les rares terres arables dans le centre du pays ou la violence rebelle dans les zones pétrolières.

Ajoutez-y que les démographes prédisent que, d’ici 30 ans, le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé de la planète après la Chine et l’Inde et vous comprendrez que ce qui se passe dans ce coin du monde ne devrait pas nous laisser indifférents.

À qui la présidence ?

Photo AFP

► Muhammadu Buhari

  • 76 ans
  • Président sortant, élu en mars 2015
  • Ancien général
  • Il a dirigé le Nigeria de décembre 1983 à août 1985 à la suite d’un coup d’État
  • Musulman

► Atiku Abubakar

  • 72 ans
  • Vice-président, 1999-2007
  • Homme d’affaires
  • Musulman
  • Il a 4 épouses et 28 enfants

LE NIGERIA, PUISSANCE AFRICAINE

Photo AFP

► Entre 190 et 200 millions d’habitants

  • 7e au monde

► 250 groupes ethniques

  • Yorouba 20,6 %
  • Housa 18,3 %
  • Igbo 14,8 %
  • Fulani 7,9 %

► Espérance de vie (2016)

  • 53,4 ans

► 923 768 km²

  • L’équivalent de la Colombie-Britannique

► 365,8 milliards $ US

  • 1er PIB d’Afrique

► 2 grandes religions

  • 53 % musulmans
  • 47 % chrétiens (dont 20 % de catholiques)

► 27/100 – Index de corruption

  • 144e sur 180 pays ou territoires (selon Transparency International)
  • Canada = 9e