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La CAQ et le cannabis: papa a raison!

Le co-porte-parole de Québec Solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a lui aussi dénoncé le paternalisme du ministre délégué à la Santé Lionel Carmant (ici dans le rôle principal de l’émission des années 50, Papa a raison).
Montage ML Le co-porte-parole de Québec Solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a lui aussi dénoncé le paternalisme du ministre délégué à la Santé Lionel Carmant (ici dans le rôle principal de l’émission des années 50, Papa a raison).

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La première fois que le ministre délégué Lionel Carmant s’est levé au Salon bleu pour répéter trois fois de suite comme un robot : le cannabis, c’est légal, mais ce n’est pas banal... j’ai eu la même réaction que lorsque je regarde des vidéos de Fails sur YouTube.  

J’ai ri tout en me sentant un peu mal pour lui. Il était pas mal moins à l’aise que François Legault et sa sœur le soir de la victoire de la CAQ, si vous voyez ce que je veux dire.   

Pour revoir ce moment d’anthologie, cliquez ici.  

Depuis, le ministre a maintenant repris du poil de la bête. Il faut dire que ses collègues lui ont donné un bon coup de main en attirant maladroitement les projecteurs sur eux (Allô, MarieChantal Chassé!) le faisant ainsi entrer dans la catégorie «pas le pire de sa gang».   

L’attitude du ministre délégué Carmant est maintenant plus assurée. J’ai eu l’occasion de la constater ces jours-ci à l’Assemblée nationale où les députés étudient le projet de loi sur le cannabis pour essentiellement faire passer l’âge légal à 21 ans et interdire la consommation dans tous les lieux publics.   

Je dirais même qu’il s’est adonné à du dadsplaining, comme disent surement les Français. Ce fut particulièrement flagrant la semaine dernière alors qu’il s’adressait à la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).   

Vous ne l’avez peut-être pas vu, car disons-le, se taper une commission parlementaire, ce n’est pas aussi excitant qu’un épisode de House of cards (la saison 1, on s’entend. Bien avant que ça jump le shark et que Kevin Spacey et Frank Underwood ne forment qu’une seule et malaisante entité).   

Alors pour ceux qui ont manqué les audiences, je vous résume les meilleurs échanges entre le ministre Carmant et Fred-William Mireault, le président de la FECQ, ainsi que son vp Philippe Clément. Je rappelle que c’est une fédération d’étudiants de cégep, le seul groupe de jeunes adultes directement visés par la loi qui était invité à la commission.   

M. Carmant :«Même si on ne partage pas les mêmes opinions, c'est toujours important pour moi de vous parler et de vous dire que, moi, je me préoccupe de la santé des jeunes et ça, jusqu'à l'âge de 24 ans et non pas jusqu'à l'âge de 18 ans seulement. Ça fait plusieurs fois que les gens me disent, puis les gens le répètent tout le temps, que la santé publique a des arguments scientifiques qui montrent que 18 ans, c'est mieux que 21 ans. Pourriez-vous partager avec nous, c'est quoi ces arguments scientifiques là, puis comment vous les comprenez...»  

Traduction libre : C’est toujours un plaisir de vous répéter pourquoi j’ai raison.   

Mais les étudiants s’étaient visiblement bien préparés pour répondre aux questions d’un ministre/docteur.   

Philippe Clément: «la question qu'en tant que parlementaires vous pouvez peut-être vous poser, c'est davantage : Est-ce qu'on veut qu'ils consomment à la SQDC ou qu'ils consomment chez le dealer? La Santé publique a aussi un rôle à jouer parce que le contrôle puis les normes en matière de qualité du cannabis vont être beaucoup plus reconnus dans le cannabis que vous vendez dans la SQDC que ce qui va être vendu dans la rue. Puis, à ce moment-là, la sécurité des jeunes est aussi mise en danger pour les jeunes à 18 à 21, 24 ans.»  

Je précise que plusieurs experts de la santé publique se sont prononcés contre les propositions du gouvernement caquistes. Ce qui a fait dire au ministre une phrase qui a assurément fait sursauter tous les médecins de santé publique:   

M. Carmant : «Mais qui, à part le gouvernement, alors, peut s'inquiéter des moins de 18 ans? Si la Santé publique ne semble pas pouvoir se préoccuper des moins de 18 ans, qui, selon vous, serait la meilleure personne pour s'inquiéter de la santé des 14-18 ans?»  

HAN, qui?? Je suggère les parents, les enseignants, les médecins, les éducatrices, les infirmières sans oublier The Rock dans Walking Tall.   

Réaction d’un médecin de la santé publique aux propos du ministre Carmant.
Capture d'écran
Réaction d’un médecin de la santé publique aux propos du ministre Carmant.

Autres questions du ministre aux étudiants :      

  • Quand vous dites «ailleurs dans le monde», moi, je connais la réalité aux États-Unis puis en Uruguay. Est-ce que c'est de ça que vous voulez parler exactement?  
  • Quelle est votre définition de «prohibition»?   

Et mon échange préféré où le ministre demande des statistiques de la SQDC à la FECQ car il ne les a pas lui-même.   

M. Carmant : Est-ce que vous avez des statistiques sur ceux qui vont à la SQDC versus ceux qui ne vont pas à la SQDC, puisqu'ils ont commencé avant 18 ans?  

M. Clément : Une bonne question. Je ne pense pas qu'à ce stade-ci on ait ces données-là, je ne pense pas... Bien, si vous... Est-ce que vous les avez?  

M. Carmant : Non, je ne les ai pas...  

M. Clément: O.K., c'est ça.  

M. Carmant : ... mais est-ce que vous pourriez nous les obtenir?  

M. Clément: On n'est probablement pas les meilleures personnes outillées pour vous fournir des données sur la vente de la SQDC, vous pourrez demander peut-être à la SQDC.  

Image d’un étudiant adulte (Philippe Clément, vp de la FECQ) victime de dadsplaining.
Capture d'écran
Image d’un étudiant adulte (Philippe Clément, vp de la FECQ) victime de dadsplaining.

***   

Pas étonnant que le député de l’opposition André Fortin ait fait du pouce là-dessus en demandant aux représentants de la FECQ : «Comment on se sent comme personne entre 18 et 21 ans quand on vous dit : Bien, vous êtes assez «bright», vous êtes assez allumé, vous êtes capable de prendre des décisions qui vous mettent dans des situations périlleuses, à un certain point, mais vous n'êtes pas capable de prendre une décision quant à votre consommation d'un produit ou d'un autre? Juste comme ça.»   

J’ai appelé Philippe Clément pour savoir s’il avait ressenti le paternalisme du ministre. «Il y avait peut-être une dose de paternalisme, mais on a surtout senti du dogmatisme, m’a-t-il dit. On savait qu’en allant là on affrontait une vision doctrinaire, c’est surement cette approche qui les a amenés à avoir une attitude paternaliste.»   

Je me demande s’il y a vraiment quelqu’un au gouvernement qui pense que la hausse de l’âge légal à 21 ans va vraiment envoyer le message qu’il souhaite aux jeunes.   

Si seulement on avait une façon de savoir si un message passe moins bien auprès des jeunes quand il est prononcé sur un ton paternaliste.   

Quid de focus groups, de recherches en santé publique ou même quelques expériences du passé...que sais-je...   

Si seulement.   

***  

10% des achats faits par des 18-20 ans  

N.B Je m’explique mal que le ministre ait pu demander des statistiques à la FECQ sur la SQDC. En ouverture de commission parlementaire, il avait lui-même avancé quelques données sur les jeunes qui vont à la SQDC. Mais demander à la FECQ des statistiques sur les jeunes qui ne vont pas à la SQDC, c’est leur demander de faire un travail plus colossal que ce que Statistique Canada s’évertue à faire depuis trois ans.   

N’écoutant que mon sens du devoir, j’ai donc pris la peine de demander à la SQDC quelle était la proportion des achats des 18-20 ans ou des 18-24 ans à la SDQC.   

Ainsi, 2% des transactions en ligne ont été réalisés par des clients âgés de 18 et 20 ans. Si on regarde les 18-24 ans, on parle de 10% des transactions.   

Pour l’ensemble des transactions (en ligne et en magasin), les projections de la SQDC sont de l'ordre 10,8% pour les 18-20 ans. Mais il s’agit ici de projections futures selon leur analyse du marché. Car comme vous le savez, la SDQC ne demande pas l’âge précis de ses clients en magasin. Sur le web, il faut toutefois inscrire sa date de naissance pour effectuer des achats. D’ailleurs ils n’ont pas fait la projection pour les 18-24 ans puisque ce la ne serait pas pertinent à leur mandat.

En rappel également : la SQDC m’a aussi confirmé la semaine dernière qu’elle comptait 15 employés âgés de 18 et 20 ans qui perdront leur emploi si la loi est adoptée (3 temps pleins, 12 temps partiels) en plus de 4 personnes engagées pour des succursales dont l’ouverture a été reportée et donc qui n’avaient pas encore commencé à travailler. Ainsi 19 travailleurs seront affectés par la loi.