/news/currentevents
Navigation

Procès de Michel Cadotte: il n’y a pas d’acquittement possible

La juge oblige le jury à trancher entre un meurtre au deuxième degré ou un homicide involontaire

Coup d'oeil sur cet article

Le Montréalais qui a tué sa femme atteinte d’Alzheimer a demandé en vain la possibilité d’être acquitté, en plaidant qu’il n’avait pas eu le choix de poser le geste fatal pour mettre fin aux souffrances de sa femme. 

« Il y a deux verdicts possibles : meurtre au deuxième degré ou homicide involontaire », a toutefois rappelé la juge Hélène Di Salvo, mercredi, au palais de justice de Montréal, juste avant d’envoyer les jurés délibérer sur le sort de Michel Cadotte. 

  • Le Dr Gilles Chamberland est revenu sur le procès de Michel Cadotte à Dutrizac de 6 à 9

Ce que le jury ignore, c’est que, la semaine dernière, la défense a tout tenté pour permettre l’acquittement, en plaidant la nécessité. Les avocats avaient soulevé le cas de Robert Latimer, ce Canadien qui a tué en 1993 sa fille de 12 ans lourdement handicapée. 

Pas de line-up au CHSLD 

Or, pour permettre ce verdict, la défense devait prouver que l’accusé de 57 ans était face à une situation urgente, qu’il n’avait pas d’autre solution raisonnable que d’étouffer sa femme Jocelyne Lizotte avec un oreiller dans le CHSLD où elle résidait, et que le mal infligé était proportionnel à la souffrance évitée. 

« La souffrance existait depuis plus de neuf ans, rien n’était différent ce jour du 20 février 2017, a toutefois noté la juge. Rien dans la preuve ne permettait à l’accusé de croire que sa situation serait modifiée au point de causer un danger pour elle. Si j’associe dans ce dossier-ci la souffrance à un danger imminent, ils vont faire un line-up dans les CHSLD. » 

Ainsi, le jury devra analyser la preuve afin de retenir soit la théorie de la Couronne, soit celle de la défense. 

Les deux théories 

La première veut que Cadotte ait été en pleine possession de ses moyens quand il a tué sa femme malade, qui s’était fait refuser l’aide médicale à mourir. 

La seconde veut que l’accusé ait souffert de dépression au moment du crime, en raison de l’usure du proche aidant qui s’est sacrifié pour prendre soin de son épouse, allant même jusqu’à suivre des cours de préposé aux bénéficiaires. 

Lors du procès, des psychiatres avaient témoigné d’un bord comme de l’autre. Des témoins avaient affirmé que Mme Lizotte avait déjà exprimé son souhait de mourir plutôt que de vivre de cette façon. 

Cadotte avait également témoigné, expliquant longuement toutes les épreuves qu’il avait dû traverser au fur et à mesure que l’état de sa femme se dégradait. 

Si Cadotte est déclaré coupable de meurtre au deuxième degré, il écopera automatiquement de la prison à perpétuité, avec une période d’incarcération minimum variant de 10 à 25 ans. 

Le verdict d’homicide involontaire n’entraîne pas de peine minimale. 

D’ici à ce qu’ils rendent un verdict unanime, les jurés seront coupés du monde extérieur.