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4 infirmières, 25 préposés aux bénéficiaires et... 29 chauves-souris

Un climat de panique règnait dans l’établissement où des employés ont dû capturer les bêtes

4 infirmières, 25 préposés aux bénéficiaires et... 29 chauves-souris
Photo collaboration spéciale, Steve Gauthier

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Un CHSLD de Sorel-Tracy a été infesté par des chauves-souris durant cinq mois l’an dernier, à un point tel que les infirmières apeurées les capturaient avec des filets en pleine nuit.  

«Les infirmières se faisaient foncer dessus par les chauves-souris, c’était la panique! Les gens avaient peur de travailler», confie un employé bien au courant du dossier, qui témoigne anonymement, par peur de représailles.  

«Ça n’a aucun sens», ajoute-t-il.  

Situé à Sorel-Tracy, le centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) Élisabeth-Lafrance a été infesté par des chauves-souris «grandes brunes» durant cinq mois l’an dernier, soit d’août à décembre.  

Au total, 29 spécimens ont été attrapés par des employés. Plusieurs ont été remis au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Aucune chauve-souris attrapée n’était porteuse de maladies. Selon la direction, les résidents n’ont pas été incommodés.  

«Les employés [du CHSLD] en capturaient deux ou trois par jour, mais le problème est devenu plus important, raconte une source. Personne ne savait par où elles entraient.»  

Selon cette source, la direction a mis beaucoup de temps avant de réagir.  

«Ils n’ont pas pris ça au sérieux. C’est un employé qui est allé lui-même acheter des filets pour les attraper», nous dit-on.  

Un employé a même été mordu. La situation a créé de l’anxiété dans la résidence, surtout la nuit.

Des tournées le soir  

«Les chauves-souris volaient dans la résidence! On faisait des tournées avec des lampes de poche, mais il fallait ouvrir les lumières dans les chambres de résidents.»  

En août dernier, la direction du CHSLD a diffusé une note de service pour informer les employés, dont les 4 infirmières et 25 préposés aux bénéficiaires en poste de jour, et les résidents. Une compagnie d’extermination a aussi été appelée.  

Selon la note, les chauves-souris ne devaient pas être tuées puisque l’espèce en question est protégée. Lorsque les employés trouvaient un spécimen, la directive était d’isoler la bête, en attendant l’arrivée des experts.  

«L’objectif numéro un est de ne pas les attraper, si possible», dit Daniel Vincent, responsable des communications au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est.  

«Mais, on comprend qu’ils se soient lancés à la recherche de chauves-souris.»  

Pas trouvé la source  

Selon l’employé, les chauves-souris attrapées devaient être placées au frais, après quoi elles tombent en hibernation. Un agent de la faune venait plus tard les récupérer.  

À ce jour, la direction du CHSLD n’a toujours pas identifié l’endroit par lequel les chauves-souris entraient. Des inspections minutieuses et trois nuits d’observations ont été faites.  

Le CISSS soupçonne qu’elles puissent vivre dans des bâtiments abandonnés, à proximité des cours d’eau.  

«On a fermé tout ce qui pouvait être fermé, il n’y a pas d’excréments. On n’a pas de preuve qu’elles pouvaient résider à l’intérieur du CHSLD», dit M. Vincent.  

Des chauves-souris ont déjà été trouvées dans ce CHSLD par le passé, mais il s’agissait de cas isolés.  

Pas un cas d’exception  

Les intrusions de chauves-souris dans des centres d’hébergement arrivent tous les ans au Québec, parce que les vieux bâtiments attirent ces animaux.  

«Ce n’est pas exceptionnel, réagit Frédérick Lelièvre, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, mais ce n’est pas facile de régler ce problème.»  

Petites craques  

Selon ce dernier, la vétusté des bâtiments est propice à générer des fentes et des craques qui facilitent l’infiltration. Et plusieurs centres d’hébergement, tel Élisabeth-Lafrance, sont très vieux.  

«Les chauves-souris se faufilent facilement. Ce sont des lieux qui deviennent intéressants pour la maternité ou l’hibernation», dit-il.  

«Que ce soit un arbre ou une grosse bâtisse qui a des trous, elles recherchent la chaleur.»  

Évidemment, le risque est plus grand pour l’être humain lorsque la chauve-souris se retrouve dans l’aire habitable. Or, moins de 1 % des individus seraient porteurs de la rage.  

Boucher les trous  

Selon le biologiste, le problème des chauves-souris n’est pas simple à régler et requiert une certaine rigueur.  

Idéalement, il faut trouver l’endroit par lequel elles sortent, et s’assurer de calfeutrer toutes les autres fentes d’entrées possibles. Autrement, les chances sont fortes qu’elles reviennent éventuellement.  

«Il faut agir sur la source du problème, au lieu de juste les tuer, dit M. Lelièvre. C’est dans le but de faire les choses dans le bon ordre, de régler le problème à la source.»  

La chauve-souris «grande brune»  

4 infirmières, 25 préposés aux bénéficiaires et... 29 chauves-souris
Photo courtoisie
  •  Taille moyenne de 9 à 13 cm  
  •  Envergure d’ailes 32 à 39 cm  
  •  Elle vit près des boisés, des plans d’eau et des milieux urbains.  
  •  Elle passe l’hiver au Québec, hiberne dans les mines abandonnées, les grottes et aussi parfois dans les habitations.  
  •  Le « syndrome du museau blanc » décime les populations de chauves-souris.    

 Source : ministère de la Faune