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À la veille d’une guerre?

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Photo d’archives

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En 1913, le monde ignorait qu’il se tenait au bord du précipice que fut la Première Guerre mondiale, dans laquelle périrent 40 millions d’humains, dont des millions d’adolescents envoyés au front par des mégalomanes qui ne voyaient en eux que de la chair à canon pour nourrir leurs ambitions.

Dans son histoire magistrale de la Grande Guerre, The First World War, l’historien John Keegan rapporte qu’un major du régiment Blackwatch décrivait ainsi l’objectif du conflit : « l’important, c’est de tuer le plus de Boches avec le moins de pertes possible pour nous. C’est un jeu super (“a great game”) et nos alliés le jouent à merveille ». Ce qui n’a pas empêché lesdits alliés de perdre six millions de soldats.

Cet aveuglement s’appelle « brouillard de guerre ».

1913

Dans son ouvrage 1913, le monde avant la Grande Guerre (en anglais), l’historien Charles Emmerson a étudié la vie dans 24 villes du monde un an avant le déclenchement de la guerre.

Je l’ai lu, curieuse de savoir si notre monde ressemble à celui de 1913 qu’Emmerson décrit comme insouciant et optimiste, grâce aux promesses de la technologie.

C’est en 1913 que la première chaîne de montage d’Henry Ford s’est mise en marche et l’Europe était à son apogée en matière de raffinement et de culture : qui aurait pu prédire que le monde serait bientôt à feu et à sang ?

Dans les coulisses des empires – britannique, russe et français d’un côté ; allemand, austro-hongrois et italien de l’autre –, la guerre se préparait « en famille » : le roi d’Angleterre était à la fois parent avec l’empereur allemand et le tsar russe : le premier deviendrait son ennemi mortel, l’autre un allié affaibli par les mouvements révolutionnaires.

Quelques semaines avant le déclenchement de la guerre, les impériaux cousins ont même passé des vacances ensemble en mer, sachant que c’était la dernière fois.

Et puis, l’étincelle : le meurtre de l’héritier de l’empire austro-hongrois par un nationaliste serbe à Sarajevo. La guerre qui devait durer quelques mois dura quatre ans et changea le monde à jamais.

2019

2019 n’est pas 1913, mais il faut avoir la tête dans le sable pour ne pas ressentir que tout ne tourne pas rond. La Chine affiche ses ambitions de domination mondiale. La Russie, de nouveau impériale en esprit, menace de déployer ses nouveaux missiles « invincibles » contre l’Occident. L’OTAN est sur les dents. L’Union européenne, vendue comme bouclier contre la guerre, vacille et les nationalismes des Balkans, la mèche en 1914, ne seront jamais complètement apaisés.

Des traités importants sont déchirés comme si c’était du papier de toilette pendant qu’internet alimente partout haine et colère.

Sans oublier un président américain qui préfère croire Poutine, et non pas ses services de renseignement, au sujet de missiles nord-coréens.

Je ne crois pas qu’on écrira un jour « 2019, le monde avant la Troisième Guerre mondiale », mais il est difficile de vivre ici et maintenant sans ressentir une certaine anxiété. Qui nous portons au pouvoir est d’importance capitale.