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Marguerite Sauvage

Archie, Marguerite Sauvage, Ed. Archie Comics
Photo courtoisie Archie, Marguerite Sauvage, Ed. Archie Comics

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2014 aura été une année charnière pour l’artiste originaire de Paris : elle élit domicile à Montréal et investit le milieu du comics américain. Retour sur l’un des secrets les mieux gardés du 9e art québécois.

Si plusieurs artistes nationaux s’illustrent du côté de la bande dessinée européenne depuis le nouveau millénaire, il en va de même pour le comics américain. Dès la décennie 80, Pierre Fournier, Gabriel Morrissette, Bernie Mireault et Denis Rodier ouvrent la voie aux générations futures, dont Yanick Paquette (Wonder Woman Earth One), Michel Lacombe (The Punisher) Wes Craig (Deadly Class), Djibril Morissette Phan (Glitter Bomb), Andy Belanger (Southern Cross), Karl Kerschl (Isola). S’ajoute à cette liste la talentueuse Marguerite Sauvage.

Après avoir œuvré dans l’illustration publicitaire et de presse, Sauvage réalise quelques couvertures pour la série Hinterkind publiée dans la prestigieuse collection Vertigo chez DC Comics. « J’ai été ensuite amenée à travailler sur Sensation Comics ft Wonder Woman. Ils ont aimé mon travail et m’ont du coup proposé d’autres projets, dont la série Bombshells », raconte l’illustratrice, dont on a pu admirer le travail l’été dernier lors de l’exposition Rues de Montréal - 375e, travail qui sera repris sous peu en album par la Revue Planches et le FBDM.

« En fait je n’ai pas choisi le comics plutôt que le franco-belge, j’ai également travaillé pour les éditeurs européens Dupuis, Delcourt et Casterman. Ce sont deux industries qui sont au final très différentes dans leur fonctionnement, et je suis intéressée par les deux méthodes. »

Femmes fortes

Wonder Woman, Captain Marvel, Faith sont autant de personnages féminins forts qu’elle a investi avec fougue et élégance depuis son arrivée dans une industrie longtemps dominée par des hommes. « De tous les genres, de toutes les ethnies, de tous les corps, cette représentation est importante. Je trouve que les éditeurs de comics font beaucoup d’efforts en ce sens, et le festival d’Angoulême a cette année démontré que ça se débloquait bien outre-Atlantique. D’ailleurs, le public est parfois plus en avance que l’industrie. Lorsque je vais en festival ou en Comiccon, je vois autant de lecteurs que de lectrices et je trouve les gens très ouverts et concernés par ces questions. »

Archie 2.0

Publié depuis 1942, Archie et sa bande sont figés dans le temps. En 2015, Mark Waid et Fiona Staples sont mandatés pour relancer l’univers entier. Le succès est tel que la populaire adaptation télévisée Riverdale y fait quelques emprunts. Marguerite Sauvage réalise quelques illustrations de couvertures pour la série, avant de prendre le relais avec le scénariste Nick Spencer au numéro 700.

« J’aime beaucoup le côté pulp et rétro des nouvelles séries, qui vibre bien avec mon propre univers. Les personnages sont si iconiques que c’est un plaisir de travailler dessus. Et je suis Riverdale et Sabrina en tant que téléspectatrice. En bref : un bon rapport ! »

Son trait sublime, sensuel et arrondi ajouté à son sens unique du découpage sied à ravir à l’éternel écolier roux, dont on prend un plaisir fou à suivre les aventures.

Retenez bien son nom, elle n’a pas fini de nous éblouir.

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