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Le philosophe et le volcan

Sagesse
Photo courtoisie Sagesse
Michel Onfray
Éditions Albin Michel|Flammarion

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Tout comme Pline, Michel Onfray écrit sur tous les sujets. Ce n’est pas un reproche, mais un constat : « De quand datent les premières horloges ? Comment s’y prennent les juments qui se reproduisent par le vent ? Quels poissons sont pourvus d’une voix ? Et quid du coq qui parle ? Est-ce que les huîtres peuvent entendre ?... » Etc. Mais chaque fois, c’est un plaisir assuré parce que Onfray, qui est aussi un penseur empirique, est un grand raconteur d’histoires.

Cette fois-ci, ce touche-à-tout revisite l’histoire, un peu avant et un peu après l’ère Astérix, à la recherche de sages, plutôt loin d’Athènes et surtout du côté de Rome. Penser, ça s’apprend, dit-il, et le meilleur endroit est certes l’école où des « éveilleurs de conscience » donnent tous les jours des leçons de morale à leurs élèves. Oublions l’enfant-roi centre du monde. Dans son école, l’enfant a tout à apprendre de cette relation entre maître et élève, entre celui qui sait et celui qui ne sait pas.

Faire son voyage

Après avoir indiqué le nord et les différents chemins à parcourir pour y arriver, le vrai maître enseigne à son disciple « à décider seul de son déplacement et à faire son voyage pour lui-même ». Ce qu’il aura enseigné — le souci de soi et des autres —, c’est une méthode et non pas un copier-coller de sa propre expérience. Mais comme ces maîtres valeureux et expérimentés sont rares, Onfray nous invite à faire appel aux « sagesses antiques », en puisant dans les textes anciens, surtout les Romains, plus pragmatiques et plus dépouillés que les Athéniens.

Tout en faisant l’éloge de la vie romaine où tous les sens sont exacerbés, Onfray déplore qu’aujourd’hui, « notre époque égalitariste confond[e] l’inégalité et la différence ». Il faut vivre et surtout exister pleinement, chair et âme, épicurisme et virilité obligent. Onfray veut réhabiliter le culte de l’honneur, vertu perdue aujourd’hui en raison de la présence d’une autre morale, celle du péché. Au pied du volcan en éruption, Pline le Romain préfère vivre debout stoïquement et mourir dignement. « Le stoïcisme mobilise une volonté qui, quand elle n’est pas sollicitée, se restreint, se ratatine, se nécrose et meurt. [...] Vouloir, c’est donc pouvoir. » En d’autres mots, il faut « savoir vivre ici et maintenant, droit, debout. »

Homme nouveau

L’homme nouveau ne peut vivre dans sa tour d’ivoire, car il est un être social, avec des devoirs envers la patrie, la famille, les enfants. Il doit viser la plus haute justice et fuir l’égoïsme. Cet homme ou cette femme ne sont cependant pas éternels ou immortels, aussi faut-il se préparer à bien vieillir, chaque jour, si on ne veut pas rater son départ inévitable. « Vieillir est une souffrance ; penser la vieillesse et écrire sur elle, c’est l’adoucir, la rendre agréable même », écrivait Cicéron alors âgé de soixante-deux ans, ce qui était plutôt un exploit pour l’époque.

Le suicide peut-il être une option ? Les exemples abondent dans l’Antiquité. On se donne la mort « par peur de la mort », pour ne pas avoir à souffrir éventuellement, aussi pour échapper à une condamnation ou par solidarité avec l’être aimé condamné à mourir à nos côtés. On a même vu, rappelle Onfray, des esclaves se suicider après la disparition de leur maître. Mais la mort volontaire ne pourra être un acte de sagesse pourvu qu’« elle soit voulue par la raison froide et non par soumission à la chaleur des passions ».

Dans cette Rome païenne aux différents décors, celui d’un univers hollywoodien avec courses de chars et gladiateurs musclés et huileux, celui aussi de sages philosophes, loin des arènes et des champs de bataille, discourant sur le courage de ceux qui luttent, glaive et épée à la main, et sur la mort inéluctable, Michel Onfray établit son terrain de jeu de prédilection où il peut jongler à satiété avec les mots et les concepts pour célébrer la vie choisie.

Devant ces menaces de volcans en ébullition, Onfray nous propose une morale du stoïcisme. Vouloir vivre, vouloir aimer, une autre façon de transformer le monde.