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Les habits rouges

Le fruit mamey
Photo Adobe Stock Le fruit mamey

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Il est fréquent d’entendre à Cuba la phrase suivante : « Llego la hora de los mameyes », lorsque surgit une situation conflictuelle. Traduction : « L’heure des mameyes a sonné. » Cela nécessite une explication.

Premièrement, il faut savoir que la mamey est un fruit tropical appelé en français sapote. Son noyau est brun caramel et son intérieur pulpeux et sucré est de couleur rouge orangé. C’est ce qu’il faut retenir.

Deuxièmement, un peu d’histoire. En août 1762, en pleine guerre de Sept Ans, qui impliquait la France et l’Espagne contre l’Angleterre, l’armée britannique s’empare de La Havane après l’avoir assiégée pendant plus de deux mois. Le 10 février 1763, les belligérants signent le Traité de Paris et le 6 juillet 1763, la ville sera rendue à la couronne espagnole qui cédera à l’Angleterre, en contrepartie, la Floride. La colonie espagnole comptait à ce moment environ 30 000 habitants.

Pendant ce temps, un peu plus au nord, le Canada capitule aux mains des Anglais en septembre 1760. Entre 1760 et 1763, jusqu’à la signature du même Traité de Paris, le Canada vivra sous occupation militaire britannique, de la même façon que La Havane, avec la présence des mêmes militaires de l’empire britannique. La colonie française comptait alors 60 000 habitants.

Au Canada, on appelait ces soldats les « habits rouges », en raison de la couleur de leur uniforme. C’étaient des êtres cruels et sans pitié. Ils vouaient une hargne assumée envers la population canadienne-française de religion catholique.

À La Havane, pendant les 11 mois que dura l’occupation, les militaires de la Perfide Albion arboraient le même uniforme rouge, mais les Cubains avaient un nom pour les qualifier : mamey. Les soldats britanniques avaient livré une guerre sans pitié contre l’armée espagnole retranchée à La Havane et les milices créoles, armées bien souvent de simples machettes. Leur hargne était impitoyable et ils étaient animés du même sentiment de supériorité, de la même arrogance envers la population locale.

Phrase code

Lorsqu’arrivait l’heure du couvre-feu et que les soldats aux habits rouges se déployaient dans les rues étroites de la Vieille Havane pour le faire respecter, les Havanais avaient une phrase code pour se prévenir entre eux de leur présence : « Llego la hora de los mameyes. » Cela signifiait : Attention ! Danger ! Les soldats britanniques ne connaissaient pas la signification de cette phrase puisqu’ils ignoraient l’existence de ce fruit exotique, dont la couleur intérieure s’apparentait à celle de leur uniforme militaire.

Comme on peut le constater, les Cubains et les Québécois ont de nombreux points en commun, dont celui d’avoir eu, à un moment donné de leur histoire, un même ennemi, les Anglais.