/finance/business
Navigation

SNC-Lavalin joue son avenir

Malgré tous les efforts et changements, impossible pour l’entreprise de se défaire de son aura de corruption

SNC Lavalin
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

Empêtrée dans une succession de scandales en apparence interminable, SNC-Lavalin joue ces jours-ci sa survie, après avoir vu sa réputation entachée de façon quasi permanente.

Longtemps l’un des fleurons Québec inc. s’étant le mieux illustré à l’étranger, aux côtés de Bombardier, SNC-Lavalin semble incapable de tirer un trait sur son passé trouble.

La compagnie montréalaise détenait déjà l’honneur peu enviable d’être à l’origine du « pire scandale de corruption de l’histoire du pays », celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Sans compter celui des pots-de-vin versés au gouvernement libyen.

C’était avant de se retrouver au centre de la plus importante crise politique au pays depuis l’élection de Justin Trudeau.

Or, malgré les efforts de changement de culture et de redressement entrepris depuis la commission Charbonneau, malgré le remboursement de sommes auprès de sept municipalités québécoises pour des manœuvres douteuses pour l’obtention de contrats, et malgré une haute direction presque entièrement renouvelée, impossible pour l’entreprise de se défaire de son aura de corruption.

Les déboires de la compagnie sont tels que ses actions sont à leur plus bas depuis plus de dix ans, à l’heure actuelle.

Si l’entreprise montréalaise a tant milité pour obtenir un accord de réparation, c’est qu’une condamnation criminelle pourrait l’exclure de la plupart des contrats gouvernementaux au Canada, mais également dans plusieurs pays alliés.

Mais même si la haute direction a fait des pieds et des mains, cela n’a pas donné les résultats escomptés.

Peu d’appuis

Quand on demande à la présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec ce que représente aujourd’hui la firme de génie-conseil pour sa profession, sa réponse ne se fait pas attendre.

« Il ne faut pas mettre les ingénieurs dans le même panier que [SNC-Lavalin] ! Il faut faire la différence entre les honnêtes travailleurs et les entreprises » , affirme Kathy Baig.

Mais SNC-Lavalin n’est-elle pas l’un des piliers du génie-conseil au Canada ? Après tout, il s’agit de l’un des principaux employeurs de l’Ordre, plus de 800 de ses membres travaillant pour la firme.

« N’importe quel employeur est un élément important de l’industrie », répond-elle, sans plus.


Des experts

SNC-Lavalin ne compte pas moins de 50 000 employés, répartis dans une cinquantaine de pays, dont 8765 employés au Canada. Du lot, un grand nombre sont ingénieurs : pas moins de 6 % des membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec oeuvrant dans le génie-conseil, soit 800 personnes, travaillent pour le compte de l’entreprise.

Des projets majeurs au Canada

Avant de devenir l’une des principales entreprises de génie-conseil dans le monde, SNC s’est d’abord illustrée ici, au Québec, avec l’aménagement hydroélectrique de la Baie-James, qui constituait dans les années 1960 un exploit technique majeur.

Pas que du génie

Depuis l’époque de la Baie-James, SNC-Lavalin s’est beaucoup diversifiée. À l’échelle mondiale, 32 % de son chiffre d’affaires provient aujourd’hui de l’ingénierie, de la conception et de la gestion de projets, 25 % du pétrole et du gaz, 22 % des infrastructures, 9 % de l’énergie nucléaire, 5 % des mines et de la métallurgie, et 4 % des énergies propres.

Rester, vendre ou déménager ?

Quelles options pour SNC-Lavalin ? Si la compagnie n’obtient pas d’accord de réparation comme elle tente désespérément de le faire, elle pourrait être jugée puis condamnée. Elle aurait alors énormément de difficulté à obtenir des contrats et du financement auprès d’organismes comme la Banque mondiale. En coulisse, SNC a prévenu qu’elle pourrait être obligée de déménager en Grande-Bretagne ou d’accepter un rachat pour sauver les meubles. Chose certaine, les prochains mois s’annoncent mouvementés.

Chronologie

  • 1911 : Arthur Surveyer fonde à Montréal un bureau de génie-conseil.
  • 1937 : Surveyer s’associe à Emil Nenniger et Georges Chênevert et forme ce qui deviendra SNC Inc.
  • Années 1960 : Surveyer, Nenniger et Chênevert conçoivent le barrage Daniel-Johnson, un exploit qui lui ouvre le marché international.
  • 1986 : SNC Inc. fait son entrée en bourse.
  • 1991 : SNC achète Lavalin, sur le bord de la faillite, devenant la première firme de génie au pays.
  • 2008-2011 : SNC verse 22,5 M$ en pots-de-vin pour obtenir le contrat du nouveau Centre universitaire de santé McGill.
  • 2015 : La GRC dépose des accusations de corruption et de fraude contre SNC-Lavalin concernant ses activités en Libye.
  • Mars 2018 : À la demande notamment de SNC-Lavalin, Justin Trudeau modifie le Code criminel pour permettre des « accords de réparation », permettant à des entreprises fautives de payer de fortes amendes plutôt que de faire face à des procédures judiciaires qui pourraient les exclure de contrats publics.
  • 4 septembre : Le Service des poursuites pénales (SPP) informe SNC qu’elle ne pourra demander d’accord. La poursuite ira de l’avant.
  • 18 septembre : Catastrophée, la haute direction rencontre le ministre des Finances Bill Morneau et d’autres hauts gradés.
  • 10 octobre : SNC écrit de nouveau au SPP pour solliciter un accord. Novembre : SNC rencontre de nombreux proches de Justin Trudeau.
  • Décembre : La ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould aborde une fois de plus le dossier avec Trudeau. Elle aurait refusé de demander au SPP de revoir sa décision.
  • 14 janvier : Remaniement ministériel à Ottawa. Wilson-Raybould est nommée aux Anciens combattants, une rétrogradation.
  • 7 février : Le Globe and Mail rapporte que le gouvernement Trudeau aurait fait pression sur Wilson-Raybould pour qu’elle intervienne. Elle démissionne quelques jours plus tard.
  • 18 février : Le plus proche conseiller de Trudeau, Gerald Butts, démissionne à son tour.
  • 22 février : SNC affiche une perte de 1,6 milliard $.