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Sommet sur les agressions sexuelles: une «mascarade» du clergé, croient des victimes

Des représentants de victimes d’agressions sexuelles critiquent sévèrement le sommet qui s’est terminé dimanche

Le pape François a célébré dimanche la messe dans la Salle royale du Palais apostolique, avant de conclure le sommet avec un discours.
Photo AFP Le pape François a célébré dimanche la messe dans la Salle royale du Palais apostolique, avant de conclure le sommet avec un discours.

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Le sommet sur les agressions sexuelles du clergé qui s’est terminé dimanche au Vatican était une «véritable opération de relations publiques», déplorent plusieurs porte-parole de regroupements de victimes d’agressions sexuelles.   

«Mascarade», «show de boucane», «bullshit», «opération de maquillage»... Des représentants de victimes de membres de l’Église catholique ne sont pas tendres à l’égard du sommet inédit de quatre jours qui se déroulait à Rome, jusqu’à dimanche. La hiérarchie de l’Église, qui regroupait 114 présidents de conférences épiscopales venus des quatre coins du globe, a notamment entendu des victimes d’agressions sexuelles de la part du clergé.  

Le pape François a célébré dimanche la messe dans la Salle royale du Palais apostolique, avant de conclure le sommet avec un discours.
Photo AFP

D’une même voix, les représentants des victimes ont sévèrement critiqué l’absence du mot «indemnisation», lors des discours du pape François.  

«Ça me frappe chaque fois. C’est un mot qu’ils [la hiérarchie de l’Église catholique] ne connaissent pas», affirme Roger Lessard, qui accompagne plusieurs victimes présumées d’agressions sexuelles par des prêtres.  

«Une lutte à tous les niveaux» promise  

Le son de cloche est le même du côté de Frank Tremblay, instigateur du recours collectif contre les pères rédemptoristes.  

«Quand tu admets avoir brisé, tu dois réparer. Si je brise votre clôture par exemple et je dis que je vais prier pour vous, ça ne fonctionne pas», s’insurge celui qui affirme avoir payé lui-même ses frais de psychothérapie pendant près de cinq ans, pour essayer de surmonter les répercussions des nombreuses agressions commises par le père Raymond Marie Lavoie.  

À l’issue du sommet, le pape François a promis «une lutte à tous les niveaux» contre les agressions sexuelles sur les mineurs, qui ne doivent plus jamais être dissimulées. Il a également comparé les victimes d’agressions sexuelles aux «êtres humains» soumis «au sacrifice de rites païens».  

Le pape François a célébré dimanche la messe dans la Salle royale du Palais apostolique, avant de conclure le sommet avec un discours.
Photo AFP

«Cela me rappelle la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains – spécialement des enfants – en sacrifice dans les rites païens», a lancé d’emblée le pape.  

Le souverain a aussi promis de «donner des directives uniformes pour l’Église», mais sans se soumettre à «la pression médiatique», évoquant avant tout des normes déjà en vigueur au niveau international et ecclésiastique.  

«Des excuses vides»  

Pour les représentants des victimes, ces déclarations sont encore bien loin de s’appliquer, estiment-ils. «Je suis très sceptique. En fait, je n’y crois pas. En 2002, ç’a éclaté à Boston, ç’a fait le tour du monde et, 17 ans plus tard, il n’y a pas grand-chose qui a changé», déplore M. Lessard.  

«Ce sont des excuses vides [...] Ils utilisent un double discours pour mélanger les gens et en nous disant que ça fait pleurer le Bon Dieu et les évêques. Mais, la réalité, c’est qu’ils continuent à ce jour de contester le droit des victimes à obtenir une indemnisation. C’est de l’aveuglement volontaire», affirme pour sa part Carlo Tarini, directeur du Comité des victimes de prêtres.  

«C’est bien dommage, mais les victimes en ont soupé de ça», conclut-il.  

 – Avec la collaboration de l’Agence QMI  

 Plusieurs critiques  

 «S’ils veulent vraiment passer à l’ère moderne, ils doivent utiliser nos lois, déclarer les prêtres fautifs auprès de notre système de justice et payer des taxes»  

 – Roger Lessard, qui accompagne plusieurs victimes présumées d’agressions sexuelles par des prêtres  

  

 «C’est juste une conférence pour jaser, pour faire la promotion d’une institution qui dit vouloir se mettre à la page»  

 – Frank Tremblay, instigateur du recours collectif contre les Rédemptoristes  

  

 «L’avenir va déterminer si tout ça a été un show de boucane ou si ç’a été quelque chose de sérieux»  

 – Sébastien Richard, porte-parole des victimes des religieux de la Congrégation de Sainte-Croix  

  

  

  

La fin du délai de prescription demandée  

Les récentes déclarations du pape François, lequel condamne les abus sexuels au sein du clergé, sont « plus que jamais » l’occasion d’abolir les délais de prescription au Québec, afin de permettre aux victimes d’obtenir réparation.  

C’est du moins ce qu’estime Sébastien Richard, qui souhaite se «débarrasser» du «chronomètre» qui empêche les victimes d’agressions sexuelles de porter plainte lorsque le délai est échu.  

«Il apparaît invraisemblable que le Québec soit le paradis pour les agresseurs», affirme celui qui est également porte-parole du Regroupement des personnes et organismes pour l’abolition du délai de prescription.  

«Je ne vois aucune raison pour laquelle le gouvernement n’agirait pas rapidement là-dessus», poursuit-il.  

Promesse de Legault  

Son opinion est partagée par Roger Lessard, qui milite aussi en ce sens depuis plusieurs années. Il compte d’ailleurs interpeller la ministre de la Justice à cet effet prochainement.  

En campagne électorale, le gouvernement Legault avait pourtant promis d’abolir rapidement les délais de prescription.  

En début d’année, l’attachée de presse de la ministre de la Justice, Sonia Lebel, avait indiqué au Journal être à l’étude de «divers scénarios, afin de répondre aux demandes du Barreau et de la protectrice du citoyen concernant les délais de prescription en matière d’agressions sexuelles».  

 MM Lessard et Richard souhaitent voir le gouvernement agir concernant cet enjeu d’ici la fin de la présente session parlementaire.