/opinion/blogs/columnists
Navigation

À TLMEP, le ministre nous explique

caucus CAQ
Photo Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Ma fille voulait regarder La Voix dimanche soir. Malheureusement pour elle, c’est papa qui décide. De mon côté, je désirais entendre le ministre de l’Éducation chanter les louanges de son programme.  

J’ai donc pris possession de la télécommande afin d’écouter son entrevue à Tout le monde en parle .   

Maternelle 4 ans  

Monsieur Roberge était particulièrement en forme lors de ses explications à propos de son grand projet de la maternelle 4 ans.    

« Ça prend un certain courage pour, comme gouvernement, faire face à de l’adversité - même s’il y a un paquet de gens qui nous appuient - j’aimerais ça que les gens se rallient à un projet de société qui est emballant, qui va viser la réussite scolaire. »   

Qui donc pourrait s’opposer à une mesure favorisant la réussite scolaire ? À un projet de société emballant ?    

Selon le ministre, nous sommes victimes de puissants lobbys et de journaux qui déforment la réalité.   

Ainsi, j’étais fort heureux d’apprendre qu’il n’y a pas une pénurie d’enseignants ni un manque d’espace dans les écoles. Il faut plutôt dire « une rareté » variable selon les régions du Québec.   

Malgré cet optimisme, j’ai encore quelques interrogations :    

- Quelles sont les conditions gagnantes pour l’implantation ?   

- Quel sera le contenu du programme ?   

- Quelle sera la formation du personnel afin d’optimiser le service ? (Un bachelier a environ 2 à 3 cours sur le préscolaire pendant son bacc. Si on veut des effets positifs perceptibles, le comment enseigner devient primordial)   

- Qu’allons-nous faire dans les régions où il y a une rareté d’enseignants ?   

- En quoi est-ce important d’offrir un choix aux parents ? Ne devrait-on pas s’occuper d’offrir le (ou les) meilleur service possible ?   

J’ai parfois l’impression qu’on me présente un projet de création d’emplois ou que j’assiste simplement à une course au nombre de places disponibles.    

Un « projet de société » ne mérite-t-il pas que nous prenions les moyens et le temps nécessaires afin d’aider efficacement les enfants ?    

Dans ce fameux projet de société, j’aurais aimé entendre le ministre de l’Éducation nous parler de l’importance de savoir lire à la fin de la première année pour tous les enfants du Québec ou encore des compétences minimales à développer chez ceux-ci afin d’optimiser le passage primaire-secondaire.   

Le parascolaire au secondaire  

La deuxième partie de l’entrevue de monsieur Roberge m’a laissé un goût un peu plus amer.   

Le ministre de l’Éducation a joué sur les mots en disant que le Québec ne finance pas l’école privée. Non. Le peuple subventionne les élèves.    

Lesquels ? Comment ? Où ? Pour quelles raisons ?   

Peu importe.    

Afin de contrer le pseudo-effet négatif de l’école privée et des programmes particuliers de l’école publique, le ministre offre une pseudo-solution : « Ce que je souhaite faire pour ramener plus d’équité dans le réseau : déployer un programme de parascolaire gratuit dans toutes nos écoles publiques secondaires. »   

Il veut « ramener les classes régulières à ressembler plus à des classes régulières. »   

Ici, j’aurais beaucoup de questions sur la logistique du projet. Toutefois, je me contenterai de quelques commentaires :   

- Il y a déjà une tonne d’activités parascolaires au secondaire : sportives, artistiques et culturelles ;   

- Les parents ne choisissent pas un programme ou une école en fonction de l’offre des activités parascolaires. Ils se payent une tranquillité d’esprit. Ils achètent ce qu’ils croient être une police d’assurance garantissant le succès futur de leurs enfants.   

La mission de l’école  

En écoutant le ministre nous raconter son magasinage en prévision du choix, par ses enfants, d’une école secondaire, la marchandisation de l’éducation semble tout à fait normal pour lui.   

« Si on veut se poser la question des programmes sélectifs, ce n’est pas une question privé-public. C’est une question, est-ce qu’on accepte des écoles qui sélectionnent ? Si demain matin il n’y a pas de privé, vous croyez vraiment que ces programmes vont disparaître ? Vous pensez vraiment que c’est ce que les parents veulent ? »   

En somme, monsieur Roberge semble incapable de rêver à un système d’éducation différent. Son idéal social se définit par un libre choix pour l’utilisateur-payeur ayant les moyens de ses ambitions.   

Un discours paradoxal pour un homme qui se comparait à Guy Rocher quelques minutes auparavant : « Je pense qu’il faut avoir de l’ambition pour lancer des nouveaux programmes, bâtir des nouvelles choses. Guy Rocher était là tout à l’heure. Ils ont créé le réseau UQ (Université du Québec), ils ont créé les cégeps. On peut (tu) avoir une ambition de créer un nouveau service, de donner le meilleur à nos jeunes. »   

Je suis d’accord.    

Par contre, j’aurais quelques précisions à apporter. Les membres de la commission Parent étaient animés par une vision humaniste.    

« Ils ont démocratisé l’éducation : école obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans, abolition des collèges classiques et création des polyvalentes, gratuité pour les études pré-universitaires, etc. Ils ne concevaient pas l’éducation dans une perspective consumériste, mais comme un processus par lequel la société forme sa relève. Aux yeux des commissaires, l'éducation est un bien commun essentiel à l'épanouissement personnel et à l'enrichissement collectif, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social, culturel et humain. »    

Loin d’être une création spontanée, la commission Parent est « le fruit de 15 ans de réflexions et de débats sur les carences du système d'éducation québécois. Elle est aussi un point de départ, car elle propose de réorganiser l'éducation de fond en comble. »    

Voilà, certes, un parallèle intéressant à faire avec la situation actuelle.   

Monsieur le ministre de l’Éducation, à quand une commission Parent 2.0 dans le but de nous donner collectivement ce projet de société emballant au nom de la réussite scolaire du plus grand nombre ?   

Nous sommes nombreux à avoir de l’ambition pour notre peuple.