/misc
Navigation

La CAQ vire-capot

Coup d'oeil sur cet article

Jusqu’ici, la population a paru pardonner les faux pas du gouvernement caquiste. Mais le changement de discours du parti de François Legault sur les trop-perçus d’Hydro-Québec pourrait laisser des traces. Même dans ses rangs, des députés sont perplexes, quand ils ne sont pas carrément gênés.

Le premier ministre peut répéter qu’il ne s’est pas engagé à rembourser les 1,5 milliard $ puisés en trop par la société d’État dans les poches des Québécois entre 2008 et 2016, ce qui agace c’est qu’il a viré sa veste pour la suite des choses.

Hydro reconnaît avoir fait payer 182 millions $ de trop aux consommateurs l’an dernier. Elle prétend qu’elle « retournera » 120 millions $, en plaidant pour une hausse de tarif moins importante l’an prochain auprès de la Régie de l’énergie. Il faut se fier à ses prévisions qui, justement, surestiment ses coûts de livraison presque chaque année. Puis, François Legault est maintenant d’accord pour abandonner l’autre partie de la cagnotte. « Il faut qu’il reste un incitatif pour Hydro-Québec pour faire un gain d’efficacité », selon lui.

Pourtant, il dénonçait en avril 2017 une « taxe déguisée ». Plus tard, en mai, sa députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy, était montée au front en déposant une pétition de 47 000 noms au bureau du ministre des Ressources naturelles d’alors, Pierre Arcand. Dans une vidéo diffusée par la CAQ, elle disait agir « pour qu’il cesse d’instrumentaliser Hydro pour aller chercher de l’argent dans vos poches. Il faut que ça cesse, il faut que le gouvernement vous rembourse ».

Rien à se reprocher ?

Aux prises avec ce sujet, la principale intéressée admet que « c’était plus facile de le dire simplement pour que les gens comprennent, et dire de rembourser ». Elle soutient qu’il s’agit d’un système compliqué à expliquer. Mais elle maintient que son parti « n’a rien à se reprocher », qu’auparavant le gouvernement conservait 100 % des trop-perçus et que le mécanisme de partage qui a fonctionné pour la première fois en 2017 sous les libéraux est équitable.

Malaise

Ses collègues ne sont pas rassurés. La question n’a pas été abordée au caucus la semaine dernière, alors que M. Legault vantait les mérites d’un système dénoncé autrefois.

« On ne paraît pas bien, je ne suis pas à l’aise. On disait que c’est de l’argent volé et là on dit que c’est correct », a résumé un élu, embarrassé.

« On mérite certainement quelques claques médiatiques », reconnaît un autre, qui déplore un manque d’informations. « On aurait besoin de se faire expliquer comment ça marche, à l’interne, pour l’expliquer ensuite à nos citoyens. »

Une députée pense que la population s’en souviendra. « Je comprends que pour le monde [le changement de discours] c’est décevant, parce qu’on a déchiré notre jacket sur ça. » Elle estime toutefois qu’il revient à la Régie de l’énergie de « mettre un frein » et d’empêcher une prochaine hausse de tarif, en raison des trop-perçus des dernières années.

En laissant Hydro conserver une partie de l’argent, François Legault rompt avec son discours de défense des contribuables de la classe moyenne.

Il disait que son gouvernement devait avoir « constamment en tête qu’il travaille pour le monde ». Sa vice-première ministre a aussi affirmé que la CAQ gouvernerait pour « le monde ben ordinaire ».

C’est à se demander si, en fermant volontairement les yeux en chemin, le gouvernement caquiste n’a pas heurté un poteau... d’Hydro.