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Comptes Twitter automatisés: les élections fédérales dans la mire des perturbateurs, dit un expert

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L’offensive de comptes Twitter automatisés organisée contre la réforme de l’immigration du gouvernement Legault est un avant-goût de ce qui attend les Canadiens durant les prochaines élections fédérales, selon un spécialiste en cybersécurité.

Les grandes démocraties occidentales ont connu l’ingérence étrangère au cours des dernières années – notamment de la Russie – mais le stratagème est désormais à la portée de tous. Des groupes de pression, des entreprises ou des individus peuvent utiliser ces outils comme un effet de levier pour tenter d’influencer les gouvernements, souligne Steve Waterhouse. 

«N’importe quelle personne qui a un point à faire valoir, mais qui n’a pas accès aux moyens conventionnels, va utiliser les moyens alternatifs que sont les médias sociaux. Comme on l’a vu avec la grogne contre l’annulation des 18 000 dossiers, ça donne un effet de levier. Et là, ça peut faire pencher l’opinion publique, d’un côté ou de l’autre», explique cet ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense nationale. 

 Le Journal révélait hier qu’un réseau de centaines de comptes Twitter automatisés relaie compulsivement les messages qui dénoncent la volonté du gouvernement Legault d’annuler les 18 000 dossiers d’immigration toujours en attente d’une réponse de Québec. Bien que de nombreuses personnes soient réellement affectées par cette réforme de l’immigration, le réseau de «robots» amplifie artificiellement le mouvement de contestation en ligne. 

 Élections fédérales

C’est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral a mis sur pied, en janvier dernier, le Groupe de travail sur les menaces en matière de sécurité et de renseignement visant les élections. 

Ottawa souhaite ainsi éviter toutes formes d’ingérence politique lors des prochaines élections fédérales, l’automne prochain. «Le gouvernement veut que l’électeur puisse se baser sur des informations crédibles et légitimes pour voter», souligne Steve Waterhouse. 

 Faux comptes

Par ailleurs, Radio-Canada a affirmé vendredi qu’un groupe composé d’un millier d’Iraniens est à l’origine de ces milliers de retweets. La société d’État a fait cette affirmation sur la foi des propos d’un internaute qui l’a contactée depuis l’Iran et qui dit être à l’origine du compte au cœur de ce réseau. 

 Pourtant, les recherches effectuées pour Le Journal par un expert en sécurité informatique, Patrick Mathieu, démontrent que ce compte nommé @18000Dossier (sic) est suivi par 50% des faux utilisateurs, une proportion anormalement élevée.   

«Techniquement, évidemment qu’il y a du vrai monde, c’est certain, souligne Patrick Mathieu. Mais, il faut être naïf pour penser qu’il n’y a pas de robots, surtout avec les preuves que nous avons.» 

Steve Waterhouse abonde dans le même sens. «Ce n’est pas impossible qu’il y ait des sympathisants derrière certains comptes, mais il y a définitivement de l’automatisation impliquée là-dedans», dit cet ex-officier de la Défense nationale.+