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Justin dans l’eau bouillante

Si trouvée coupable, on ne donnerait pas cher de la plus importante firme d’ingénierie au pays.
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood Si trouvée coupable, on ne donnerait pas cher de la plus importante firme d’ingénierie au pays.

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À peu près personne ne l’admettra, mais bien des gens, face à un événement fortuit, espèrent secrètement le pire. Il va pleuvoir ? Vivement une inondation. Les « gilets jaunes » manifestent ? Vivement la révolution.

Le psychologue américain de l’université Ohio State, John T. Cacioppo, expliquait dans la revue Psychology Today que notre cerveau est plus sensible aux informations négatives qu’aux bonnes nouvelles « pour qu’il nous soit impossible de ne pas voir le danger, pour l’éviter. »

Ottawa

Je me demande combien de Canadiens qui ont écouté hier les explications de l’ancienne ministre de la Justice et ex-Procureure générale du Canada Jody Wilson-Raybould au sujet du « SNC-Lavalingate » espéraient voir le premier ministre Trudeau manger une volée.

Elle ne l’a pas raté. Elle a raconté que lui et son entourage avaient déployé des « efforts constants et soutenus », voire proféré des « menaces voilées » pour épargner un procès criminel à l’entreprise dans le but d’être réélu au Québec.

Si SNC-Lavalin est trouvée coupable, on ne donnera pas cher de la plus importante firme d’ingénierie au pays avec ses 9000 employés et 50 000 autres dans le monde. Elle sera vendue à des intérêts étrangers ou démantelée.

Le gouvernement aurait souhaité qu’on permette à SNC-Lavalin de conclure un accord de réparation, payer une gigantesque amende, se réorganiser et accepter d’être surveillée.

Une procédure 100 % légale utilisée partout qui aurait dû s’appliquer dans le cas de SNC-Lavalin, croit Terence Corcoran, le doyen des chroniqueurs d’affaires de Toronto : « Ils auraient pu prendre exemple sur Siemens ». L’Allemagne, elle, a protégé son fleuron en ingénierie.

Manque d’infos

Ailleurs dans le monde, les entreprises sont rarement poursuivies au criminel dans des affaires de corruption. Coincés dans des affaires de corruption massive, Walmart, Siemens, Petrobas et Alstom ont payé des milliards en réparation pour éviter les tribunaux.

Siemens, pour qui la corruption était devenue une seconde nature, a dû verser 1,6 G$ en réparation dans les années 2000.

Siemens comptait alors 475 000 employés. Imaginez une fermeture.

Malheureusement, le cœur de l’affaire SNC-Lavalin nous échappe toujours. Madame Wilson-Raybould ne peut pas, pour l’instant, expliquer pourquoi la direction des poursuites pénales a décidé que SNC-Lavalin n’était pas admissible à un accord de réparation.

Là est le nœud de l’affaire. Pourquoi ?

Étrange

Autant l’indépendance judiciaire est non négociable, autant il m’apparaît impossible de séparer à 100 % la politique de cas comme celui de Siemens ou de SNC-Lavalin. Que Justin Trudeau rappelle qu’il est député de Papineau et insiste pour qu’une solution soit trouvée, sans menaces ni imposition, est-il un accroc grave ?

C’est une question de primauté du droit, mais aussi d’intelligence et de doigté dont le gouvernement a manqué, mais verser des millions, voire des milliards en réparation ferait plus mal à SNC-Lavalin que les sentences bonbons données aux ex-patrons qui ont supervisé la corruption.

Résumons : Justin ne va pas démissionner, pas à sept mois des élections. Désolée. Mais comment se fait-il qu’on déchire nos chemises quand RONA ou St-Hubert sont vendus, mais que l’avenir de SNC-Lavalin au Québec semble moins important que de voir Justin se casser le cou ?