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Emmuré comme Antigone

Le jeune metteur en scène Olivier Arteau est plongé à fond dans son travail pendant 31 jours

Antigone
Photo courtoisie, Catherine Tétrault Le metteur en scène Olivier Arteau et l'assistante metteure en scène Léa Aubin lors des répétitions de la pièce de théâtre Antigone. Le Trident (2019) Photo crédit Catherine Tétrault

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Olivier Arteau est « locataire » au Grand Théâtre de Québec depuis le 5 février dernier. Le jeune metteur en scène y vit 24 heures sur 24. Il voulait s’engager totalement dans son travail pour la pièce Antigone.

Il est emmuré afin de pouvoir sentir la soif absolue qui habite le personnage d’Antigone.

« Je me devais de poser un geste aussi fort que celui qu’elle a posé. J’avais envie d’aborder la pièce de cette manière et rester dans la bulle de ce projet durant un mois. J’avais aussi le sentiment que les artistes étaient pour aborder le travail différemment si je me mettais dans un état de vulnérabilité », a-t-il expliqué, lors d’un entretien.

La comédienne Joanie Lehoux lors des répétitions de la pièce.
Photo courtoisie, Catherine Tétrault
La comédienne Joanie Lehoux lors des répétitions de la pièce.

À l’affiche à partir du 5 mars au Trident, Antigone raconte l’histoire d’une jeune femme, immensément courageuse, qui décide de commettre un acte de désobéissance ultime.

Après une lutte fratricide entre Polynice et Étéocle, pour le trône de Thèbes, où les deux frères sont décédés, Créon, qui est devenu le nouveau souverain, interdit l’accomplissement des rites funéraires pour Polynice. Il menace de mort quiconque contreviendra à cet ordre.

« La quête d’Antigone est d’aller enterrer son frère, malgré l’ordre qui a été décrété par son oncle. Pour elle, tous les vivants méritent le même traitement. Elle va affronter, seule, le pouvoir et l’ordre établi, désobéir à l’ordre lancé par Créon et être condamnée à être enterrée vivante », a résumé Olivier Arteau.

Première et privilège

L’adaptation d’<i>Antigone</i>, présentée au Trident, se déroule dans le futur.
Photo courtoisie, Catherine Tétrault
L’adaptation d’Antigone, présentée au Trident, se déroule dans le futur.

Le texte, écrit par Sophocle, 441 années avant Jésus-Christ, a été adapté par Rébecca Déraspe, Annick Lefebvre et Pascale Renaud-Hébert. L’histoire est transposée dans le futur.

« C’est tristement plus proche que l’on pense de ce qu’on est en train de créer. C’est une prophétie de notre maison qui est en train de s’effriter. Au-delà de la tragédie d’Antigone, il y a aussi la tragédie du vivant », a-t-il indiqué, faisant référence à la crise environnementale, au mur et à l’état d’urgence décrété par le président Donald Trump.

Le metteur en scène avoue avoir une obsession pour ce que l’on deviendra.

Olivier Arteau se trouve privilégié, à 26 ans, de pouvoir monter Antigone au Trident.

« C’est l’expérience la plus totale et la plus galvanisante que j’ai vécue. Je ne m’imaginais jamais avoir ce genre d’opportunité si tôt », a-t-il fait remarquer.

Les gens du Trident et du Grand Théâtre ont accepté la proposition du jeune metteur en scène de « s’emmurer » durant un mois à cet endroit. Une chambre lui a été aménagée au deuxième étage.

Avec l’aide de sa mère et d’amis, Olivier Arteau s’était préparé des repas pour 31 jours. Il n’a pas quitté l’endroit, sauf pour aller prendre 15 minutes de vitamines par jour dans la cour extérieure du Conservatoire. Il s’est aussi tenu à l’écart des distractions, de Netflix et des réseaux sociaux.

« Ce qui me manque le plus, c’est de marcher. Marcher de jour et voir le soleil », a-t-il indiqué, convaincu que l’expérience qu’il vit actuellement deviendra, pour lui, quelque chose de sacré et de marquant.


► Antigone est présentée du 5 au 30 mars au Trident.