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Pour un temps encore, échapper à la misère

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 L’été sera plus calme à la frontière du Québec et des États-Unis. Il devrait monter moins d’immigrants tirant une valise et portant le reste de leur vie sous le bras. Ce n’est pas qu’une vague de grandeur d’âme a déferlé sur Washington. Des juges, ici et là, ont plutôt forcé la main du gouvernement Trump. 

 Il y eut un temps dans l’histoire américaine où ouvrir les portes du pays aux opprimés, aux persécutés ou aux victimes de cataclysmes naturels allait de soi. Je ne vais pas aussi loin que 1886 et l’érection de la statue de la Liberté dans le port de New York avec son célèbre appel : « Donne-moi tes pauvres, tes exténués, qui en rangs pressés aspirent à vivre libres. » À l’ère de Donald Trump, au rythme où déferle l’actualité, 1886 paraît aussi reculé que le Moyen Âge. 

 En 1990, le Congrès a établi un programme, le TPS, « statut de protection temporaire », offrant aux déshérités du monde la possibilité de vivre légalement aux États-Unis le temps que leur pays retrouve son erre d’aller. Une dizaine de pays en ont profité : le Salvador, par exemple, après les tremblements de terre de 2001 ; le Honduras et le Nicaragua après le passage de l’ouragan Mitch en 1998 ; Haïti, la Somalie, le Yémen et quelques autres. 

 On le sait, le président américain et ses partisans ont une dent contre les étrangers, les illégaux en particulier. Ceux qui étaient protégés par le TPS sont tombés du côté des insupportables et, au fil des deux dernières années, la Maison-Blanche s’est activée à retirer leur statut spécial aux Soudanais, Haïtiens et autres Népalais. 

 SAUVÉS PAR LE MAILLET ! 

 Il y a six mois, le juge Edward Chen d’une cour fédérale de Californie a suspendu tout cela, indiquant que l’administration Trump n’avait apporté « aucune explication ou justification » à la fin du TPS. Le juge Chen a étayé sa décision en reprenant les déclarations de Donald Trump sur les Mexicains, les musulmans, les Africains et tous ces « gens venant de pays de merde ». 

 Il a fallu du temps, mais jeudi dernier, le département à la Sécurité intérieure s’est soumis à la décision de la cour et a prolongé les protections accordées aux ressortissants d’Haïti, du Salvador, du Nicaragua et du Soudan. Une bouffée de soulagement pour 300 000 personnes, qui pourront, pendant encore quelque temps, vivre et même travailler légalement aux États-Unis. 

 QUAND LA DÉTRESSE S’ÉTIRE 

 C’est une faveur que les États-Unis leur font, aucun doute. On peut difficilement argumenter toutefois que le quotidien de ces pays s’est récemment égayé. 

 Plus de 300 personnes ont été tuées au Nicaragua au cours des dix derniers mois dans l’étouffement des manifestations d’opposants au président Daniel Ortega. Au Soudan, l’état d’urgence décrété il y a dix jours a conduit, selon Amnistie Internationale, à une « violente répression de la population ». 

 Nous avons largement couvert au Québec les troubles qui ont paralysé et ensanglanté Haïti le mois dernier. Quant au Salvador, pire que tout, il continue d’être malmené par MS-13 et Barrio 18, des gangs suprêmement violents, responsables, pour ce seul petit pays d’Amérique centrale, de près de 4000 meurtres en 2017. 

 Le président Trump répète sur toutes les tribunes que l’actuelle économie américaine est la plus forte de l’histoire du pays. Entre la misère des uns et la richesse apparemment historique des autres, un pop-up de générosité avait certainement sa place. 

 Qui profite du Statut de protection temporaire ? 

 93 % des 400 000 bénéficiaires du TPS viennent du Salvador, d’Haïti et du Honduras. 

 ► Salvador  

  •  262 566 
  •  1er janvier 2020  

 ► Haïti  

  •  58 557 
  •  1er janvier 2020  

 ► Honduras  

  •  86 031 
  •  5 janvier 2020  

 ► Syrie  

  •  6916 
  •  30 septembre 2019  

 ► Népal  

  •  14 791 
  •  24 juin 2019  

 ► Nicaragua  

  •  5305 
  •  1er janvier 2020  

 ► Soudan  

  •  1048 
  •  1er janvier 2020  

 ► Yémen  

  •  1116 
  •  3 mars 2020  

 ► Somalie  

  •  499 
  •  17 mars 2020  

 ► Soudan du Sud  

  •  77 
  •  2 mai 2019  

 Source : Council on Foreign Relations