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Une app pour parler avec ses yeux

Cette innovation québécoise permet à des patients qui ont perdu la parole de communiquer plus facilement

Dr Étienne De Villers-Sidani
Photo Chantal Poirier Le Dr Étienne De Villers-Sidani, neurologue à l’Institut neurologique de Montréal, présente l’outil. Le nom Pigio est inspiré du pigeon voyageur, qui transmet le message. 

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Les patients qui ont perdu l’usage de la parole pourront bientôt communiquer avec leurs yeux grâce à une application mobile développée au Québec.

Baptisée Pigio, l’application permettra de communiquer avec les yeux, qui agissent à titre de curseur sur un écran numérique.

Une nouvelle application mobile permettra aux gens qui ne peuvent pas parler de communiquer avec leurs yeux.
Photo Chantal Poirier
Une nouvelle application mobile permettra aux gens qui ne peuvent pas parler de communiquer avec leurs yeux.

Avec le regard

« T’as le contrôle de l’application juste avec le regard. La souris, c’est tes yeux », explique le Dr Étienne De Villers-Sidani, neurologue à l’Institut neurologique de Montréal et chercheur du projet.

« L’idée, c’est d’aider les gens à communiquer. C’était vraiment la motivation du départ », dit-il.

Voilà trois ans que l’entreprise Innodem Neurosciences travaille sur cette idée, pour aider les patients qui ne peuvent parler (paralysie, maladies, intubation aux soins intensifs, etc.).

Actuellement, ces gens communiquent soit par les gestes ou encore des tableaux lettrés, décodés lettre par lettre. Une technique laborieuse.

« Ça n’a pas de bon sens, dit le médecin. C’est tellement long que les infirmières ne le font plus. »

À noter qu’il existe sur le marché des appareils de détection de mouvements oculaires, mais ils sont souvent coûteux (plus de 10 000 $), et peu flexibles, selon les créateurs de Pigio.

Du jamais-vu

Disponible en téléchargement gratuit, Pigio permet au patient de communiquer en pointant (avec les yeux) des icônes, des phrases, des mots prédéfinis affichés sur l’écran.

Différentes parties du corps sont aussi imagées pour que le patient puisse facilement identifier une douleur, et son intensité (voir photo). Basé sur l’analyse des mouvements oculaires, l’outil met environ 20 secondes pour la calibration de l’œil.

« On a rencontré plein d’hôpitaux, personne n’a jamais vu ça », souligne Marc Reeves, entrepreneur chez Innodem.

« Ça semble simple, mais c’est trois ans de développement », dit-il.

Depuis peu, des patients de l’Institut neurologique testent Pigio grâce à un projet pilote. L’entreprise vise l’implantation au printemps.

« C’est sûr que pour eux c’est un gros changement, c’est très positif », constate le Dr De Villers-Sidani, qui croit qu’il y a un « besoin criant ».

Intérêt américain

Déjà, des hôpitaux de Boston et de Californie ont montré leur intérêt à acquérir le logiciel, selon Innodem. Au Québec, des discussions se poursuivent auprès des centres hospitaliers.

Selon le Dr De Villers-Sidani, deux millions de personnes en Amérique du Nord ne peuvent communiquer par la parole. Pour 40 $ par mois, les utilisateurs auront accès à la version « premium ».

Jusqu’ici, un million de dollars en fonds privés ont été investis. Présentement, l’application n’est disponible que sur les appareils IOS (Apple).

À plus long terme, Innovem souhaite que l’outil serve à diagnostiquer des maladies neurologiques, puisqu’elles affectent le mouvement des yeux de manière spécifique.