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Le Québec «comme» souverain (2)

Lucien Bouchard et Mario Dumont font leur entrée lors d’un rassemblement souverainiste au Pavillon de la Jeunesse, à Québec, le 22 octobre 1995.
Photo d’archives Lucien Bouchard et Mario Dumont font leur entrée lors d’un rassemblement souverainiste au Pavillon de la Jeunesse, à Québec, le 22 octobre 1995.

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Mercredi, je vous parlais de la difficulté des indépendantistes de promouvoir leur cause, alors que le Québécois a déjà fait sa « souveraineté psychologique ». J’ajoute aujourd’hui une autre dimension : depuis la Révolution tranquille, le Québec a aussi fait la souveraineté du point de vue opérationnel.

Nous avons pu élargir considérablement l’étendue des champs d’action de l’Assemblée nationale du Québec et du gouvernement qui en est issu. Comment ? Par des gestes d’autonomie, par des ententes négociées avec Ottawa, par une présence active sur la scène internationale et par la création de ministères et d’organismes.

D’ailleurs, lorsqu’on raconte l’histoire récente du Québec, on insistera sur ces gestes fondateurs qui ont façonné le Québec moderne. Ce faisant, on insiste sur notre capacité à réaliser de grandes choses, comme pour faire mousser le caractère prometteur d’un Québec souverain.

Inconsciemment, on met aussi en relief que ces réalisations se sont faites dans le Canada, alors que le Québec agissait presque comme un État souverain.

Éducation

En éducation, par exemple, la création du ministère de l’Éducation, d’un réseau de cégeps et des universités du Québec est un geste majeur. Ils ont transformé le Québec et fait bondir le taux de diplomation.

Le Québec a mis en place son propre système de prêts et bourses, et établi des frais de scolarité moins élevés. Plus tard, nous avons ajouté les CPE pour les tout-petits.

Que nous soyons d’accord ou non avec chacune de ces orientations, il faut admettre que ce sont des décisions prises à l’Assemblée nationale du Québec, par et pour des Québécois. Des décisions qui ont carrément redessiné le Québec.

Les travaux de construction de la Baie-James ont donné confiance aux Québécois.
Photo d’archives
Les travaux de construction de la Baie-James ont donné confiance aux Québécois.

Immigration et français

En matière d’immigration, le Québec n’avait autrefois rien à dire. Nous avons fondé un ministère, puis négocié des ententes avec le fédéral.

Aujourd’hui, le Québec choisit et intègre la vaste majorité des nouveaux arrivants qui vivront sur son territoire.

Quant à la langue française, le Québec a posé un geste lourd de portée juridique et symbolique en adoptant il y a 40 ans la Charte de la langue française.

Économie

En matière économique, le Québec a créé la Caisse de dépôt, un géant financier qui gère maintenant des actifs de plus de 300 milliards.

Nous avons exploité nos ressources naturelles, notamment l’hydro-électricité, créant Hydro-Québec, une autre entreprise géante qui peut enseigner la réalité des barrages partout sur terre. Nous avons même le pouvoir de choisir de ne pas développer d’autres ressources naturelles, comme le pétrole.

Le Québec a aussi agi comme un État souverain dans des secteurs comme la culture, les affaires municipales, les transports ou les politiques familiales. Attention ! Dans nombre de domaines, des conflits de juridiction ou d’approches ont conduit à des accrochages avec le fédéral.

Dans certains cas, le fédéral a même imposé certaines de ses orientations au Québec.

Bilan global d’un demi-siècle d’affirmation : sans jamais accepter de faire le grand saut, le Québec est devenu « comme » souverain dans la perception qu’ont bien des Québécois de leur réalité.