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Méfiez-vous des deux grosses. Elles vous épient !

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En exil en Suisse en 1916, Lénine a écrit son essai classique L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme. Il vient d’être revu et corrigé, 103 ans plus tard, dans The Age of Surveillance Capitalism, le plus récent livre de la professeure Shoshana Zuboff, du Harvard Business School. Le «capitalisme de surveillance» est, selon elle, la forme ultime de ce mode de production. Les deux grosses dont il faut se méfier sont Google et Facebook, parmi les plus importantes entreprises capitalistes de notre époque.  

Pour Zuboff, Google et Facebook, dans cette dernière phase de la longue évolution du capitalisme, exploitent les prédictions comportementales dérivées de la surveillance de leurs utilisateurs. Une menace pour la démocratie et les libertés individuelles. Alors que la plupart des sociétés démocratiques limitent dans une certaine mesure la surveillance exercée par les États, nous n’exerçons pratiquement aucun contrôle réglementaire sur celle exercée par des sociétés privées comme Google et Facebook.   

Google et Facebook offrent des services gratuits utilisés par des milliards de personnes afin de pouvoir surveiller leurs comportements et leurs attitudes dans leurs moindres détails, le plus souvent sans leur consentement et à leur insu.  

Tous nos appareils, pas seulement nos téléphones, tous les capteurs, toutes les caméras, toute l'architecture numérique qui sature maintenant notre environnement personnel et professionnel leur sert à accumuler des informations sur nous. Un exemple récent. Début février 2019, Google a annoncé que son système de sécurité résidentiel Nest Secure Home était dorénavant lié à son assistant personnel intelligent Google Assistant. Ce que Google n’a pas dit, c’est que Nest Secure Home comprenait un microphone. Lorsque sa présence a été découverte, Google s’est défendue en disant que le micro n’était pas activé. Mais alors, pourquoi en avoir placé un dans le système? Nest inclut des sonnettes vidéo, des caméras de sécurité et des thermostats qui ajustent automatiquement leurs paramètres en fonction du comportement anticipé de l'utilisateur.  

La professeure Zuboff affirme que le capitalisme de surveillance a son origine dans l'éclatement de la bulle internet de 2001 lorsque Google, pour augmenter ses revenus publicitaires, a décidé d’utiliser les données que l’entreprise avait accumulées sur ses utilisateurs. Cette situation, associée aux capacités d’analyses et de calculs de ses ressources informatiques, elle a ainsi généré des prévisions de taux de clics des utilisateurs qu’elle a pu monnayer.  

Vous faites vos recherches sur Google et Google fait ses recherches sur vous. Zuboff écrit que le capitalisme de surveillance accapare l’expérience humaine en tant que matière première gratuite pour en tirer des données comportementales intégrées. Il les transforme ensuite en produits de prévision qui anticipent ce que vous allez faire.  

Pour Shoshana Zuboff le capitalisme de surveillance est désormais entré dans une nouvelle phase transitant de la surveillance des utilisateurs individuels à celle de populations à comportements extrapolables: villes, états, groupes linguistiques ou ethniques, etc. Grâce à leurs capacités prédictives, Google et Facebook veulent vendre à leurs clients des données de «certitude approximative» vous concernant.  

Et ça ne s’arrête pas là. Les systèmes à intelligence artificielle que sont à développer Google et Facebook à partir des données comportementales de leurs utilisateurs vont pouvoir subrepticement modifier les comportements de ces derniers, en les conformant aux résultats commerciaux souhaités par leurs clients.  

«Que faire?» (Oui, je sais, c’est aussi le titre d’un texte de Lénine.) Une première étape, selon moi, serait de démanteler Google, Facebook et les autres grands joueurs du secteur. Shoshana Zuboff, elle, n’y croit pas. Elle pense que cela ne fera que produire de plus petites entreprises capitalistes de surveillance en ouvrant la voie à davantage de concurrents. Soit! Mais plusieurs petites, c’est mieux que deux grosses!  

Facebook anticipe déjà cette menace. Son patron, Mark Zukerberg, vient d’annoncer que l’entreprise va dorénavant mettre l’accent sur la protection de la vie privée de ses utilisateurs. La plateforme, affirme-t-il, va se recentrer sur la confidentialité et les messages privés. Déclaration qu’il faut, je pense, accueillir avec une moue dubitative enjouée.

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