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Pousse, mais pousse égal

Québec Circus
Photo courtoisie Québec Circus
Christian Saint-Germain, Éditions Liber

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Dès les premières pages de l’essai Quebec Circus, on se dit qu’on va s’amuser fort et qu’on va en avoir pour son argent, comme dans un derby de démolition.

L’auteur Christian Saint-Germain a cette capacité verbale de nous en mettre plein la vue, « privilégiant l’effet de toge plutôt que des développements soutenus ».

On rigolera jaune au déboulonnage d’un Yvon Deschamps, d’un Maurice Richard ou d’autres « figures vénérées en institution » de notre histoire, le peuple québécois étant réduit à un parterre d’amateurs de poutine censés applaudir aux pitreries de nos politiciens. Legault s’est converti en lutteur mexicain masqué, Lisée, ce patriote bureaucrate « dans son cénotaphe nécrophile », en Monsieur Burns des Simpson, Véronique Hivon, en « superinfirmière des soins de fin de vie » et Jean-Martin Aussant, en oiseau londonien ou en cacatoès se questionnant sur sa couleur de cheveu.

Saint-Germain n’hésite pas à appeler en renfort Claude « Piton » Ruel pour souligner en gras sa logorrhée échevelée qui fait rire tout aussi gras. Mais c’est à un niveau encore plus bas qu’il carbure en traînant joyeusement dans la fange tous les personnages politiques qu’il croise sur son passage, surtout ceux du Parti québécois, le nouvel axe du mal, transformant en un tournemain René Lévesque le fanfaron en vendeur de baloney, de similipoulet et de goberge, et Lisée, en fossoyeur du PQ, en concierge de party de bureau et en « Baden-Powell des stratégies en culottes courtes ».

J’ai ri à la transformation de Manon QS en ingénue « rubiconde et turgescente » qui ne connaît rien à Marx, en « Ève future d’un Québec décomplexé », et en « mémère Bouchard dans le Temps d’une plaie ». Quant au programme de QS, il est tout aussi inspirant que « le manifeste du parti Rhinocéros sans l’humour ». Au menu : « un marxisme d’opérette en sauce, l’écologisme en salade et le cyclisme hivernal en galantine de BIXI ».

La mairesse de Montréal n’est pas à l’abri des sarcasmes du professeur. Elle aurait érigé un Check Point Charlie dans la montée Camilien-Houde, le mont Royal étant déclaré « traverse à siffleux de l’UNESCO ».

Bien sûr, derrière ces exagérations drôles, on trouve une critique des nouvelles lubies de dirigeants déconnectés, comme « cette obsession politique pour le pédalier et la randonnée pédestre » qu’on met « sur le même pied que l’indépendance nationale d’un peuple ».

Mais suis-je au Bye Bye 2018 ou dans un livre sérieux ?

Quand il dénonce la novalangue de QS et « la neutralisation des cabinets d’aisance et de leurs pictogrammes genrés » ou la suppression du mot « patrimoine », je suis d’accord avec lui. Mais lorsque le sérieux professeur affirme que le Québec n’a jamais été vraiment malmené par le Canada. Tout au plus, « une gonorrhée asymptomatique. [...] Bref, rien pour écrire à sa mère ni commencer de traitement », là, on n’est plus dans la caricature et je ne le suis plus.