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L’Algérie: Les femmes à l’avant-garde

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Depuis le 22 février, les Algériens sont dans la rue pour dire « Non au mandat de la honte » de Bouteflika, au pouvoir à la présidence depuis 20 ans.

Aux premières loges de ces raz-de-marée humains, les femmes. Fer de lance de cette révolution nouveau genre, elles inaugurent de nouveaux modèles de leadership et imposent leurs façons de faire. La gérontologie au pouvoir est dépassée.

Les femmes, qui étaient sorties par centaines de milliers, les cheveux au vent, en Algérie et dans la diaspora, scandaient à l’unisson « Non au 5e mandat de la honte », « Un seul héros, le peuple », « Bouteflika, dégage », « Non à la junte militaire, non à la mafia politico-financière, non aux islamistes, oui pour un État de droit ».

Les combattantes

Cela ne m’a guère surprise, car les Algériennes ont toujours été à l’avant-garde.

Déjà, en 1954, elles avaient joué un rôle de premier plan dans la guerre d’indépendance comme combattantes de l’Armée de libération nationale, et comme militantes du FLN.

Elles avaient pris le maquis, pris part à la guérilla urbaine, elles avaient transporté et caché des armes, soigné les blessés et approvisionné les maquisards. On en avait dénombré 11 000, sans compter toutes celles qui avaient œuvré dans la clandestinité.

Après l’indépendance, on les a renvoyées à leurs fourneaux. Leur contribution a été occultée, laissant aux hommes les honneurs de la légitimité historique dont s’enorgueillit Abdelaziz Bouteflika, encore aujourd’hui.

Leur désenchantement fut total. En guise de reconnaissance, le gouvernement leur a imposé, en 1984, un code de la famille qu’elles considèrent comme étant le « code de l’infamie ».

Il institutionnalise leur infériorité juridique et tranche avec l’évolution de la société algérienne qui s’exprime dans la rue, aujourd’hui.

C’est encore elles qu’on avait vues à la tête des manifestations, dans les années 1990, pour dire non aux salafistes du Front islamique du salut (FIS).

De Djamila à Melissa

Djamila Bouhired a 84 ans. C’est une passionaria de la lutte de libération algérienne. Elle n’avait que 19 ans quand elle s’est enrôlée dans l’armée de libération, dans les années 1950.

Combattante de la première heure, elle a été emprisonnée et torturée, à 21 ans, par l’armée française.

Condamnée à mort en raison de sa participation à des attentats, son histoire fera le tour du monde et sera portée à l’écran. Elle deviendra une icône de l’indépendance de l’Algérie et finira par être graciée en 1962.

Elle s’était retirée de la vie publique depuis des années, mais le 1er mars dernier, elle est sortie manifester à Alger, entourée d’une jeunesse si fière de l’approcher de près.

Une image qui en dit long sur cette Algérie en marche. Une autre image captée le même jour, toujours à Alger, nous est donnée par Melissa Ziad, 17 ans, une jeune danseuse classique, surnommée « la ballerine de l’espoir » par le journal El Watan.

Après avoir participé à une manifestation de masse, le 1er mars, Melissa décide d’immortaliser cet instant en prenant une photo d’elle esquissant un pas de danse dans la célèbre rue Didouche Mourad.

Deux images, la combattante et l’artiste. Un pont entre les générations et un trait d’union entre deux époques. Deux modèles de femmes inspirantes et une même volonté commune, celle de bâtir un avenir meilleur.

Il reste la question des droits des femmes. En 1962, elle avait été évacuée parce que secondaire. Et maintenant, peut-on parler d’une Algérie libre et démocratique qui ignorerait 50 % de ses citoyens ?