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Le piège d’une décennie trompeuse

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Illustration Adobe Stock

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Investisseurs, soyez vigilants. Bientôt, les publicités racoleuses des financières vont tenter de vous appâter avec de belles statistiques de rendements sur la décennie passée. Ce sera un mirage.

Le 3 mars 2009, dans un discours à la nation, le président Barack Obama a appelé ses concitoyens à investir dans la bourse. Elles sont si abordables que « si vous avez une perspective à long terme, acheter des actions représente un excellent potentiel de gain ». Trois jours plus tard, le 6 mars 2009, le S&P 500 touchait un creux à 666,79 points. Au moment d’écrire ces lignes, l’indice le plus représentatif de la bourse américaine est à 2743,07 points. En 10 ans, il a gagné plus de 311 %.

Dix ans de croissance

Le marché haussier célèbre donc dix années de croissance quasi ininterrompue. À part des petites pauses en 2011, 2015 et 2018, la reprise fut phénoménale. Les rendements des firmes de courtage, des fonds et FNB présentent souvent leurs résultats passés sur des périodes de 1 an, 3 ans, 5 ans, 7 ans et 10 ans.

C’est là que cela devient ratoureux. Avec le mois de mars qui débute, les financières évacuent petit à petit les mauvaises statistiques de la décennie précédente et montrent la croissance de leurs produits à partir du creux historique et non pas depuis le précédent sommet. Il ne faut donc pas tomber dans le panneau.

Récemment, je parcourais les sites web de quelques gestionnaires qui se « pétaient les bretelles » avec des scores formidables. On ne se gênait pas pour montrer des moyennes de 15 % par année, en se servant tantôt de mars 2009 comme point d’entrée ou de 2013... et ce, même si les firmes avaient débuté les activités des années plus tôt. Cela en dit long sur l’élasticité de leur sens de l’éthique.

Pour vous donner une idée de la volatilité des résultats selon la période qu’on choisit, depuis 10 ans le S&P 500 a crû de 14 % par année. Et si on étend la statistique à 12 ans, soit à compter de mars 2007, le rendement n’est plus que de 5,86 % annuellement. C’est certes moins spectaculaire, mais beaucoup plus réaliste d’un cycle boursier complet. Alors, si on vous présente de beaux graphiques et on vous fait miroiter de gros rendements en fonction du passé, exigez donc des données sur une longue période comme 15 ans ou 20 ans.

Tirer des extrapolations à partir d’une décennie exceptionnelle est non seulement trompeur, mais, à la limite, malhonnête.

Conseils

  • Ne vous fiez pas aveuglément aux rendements de la dernière décennie. Ça ne comprend pas la grave crise économique de 2008 et début 2009.
  • Voir les rendements moyens précédents donnera une bonne idée de la qualité de gestion d’une équipe lors d’une catastrophe économique.
  • Les firmes qui ne présentent QUE les rendements sur les 10 ans embellissent outrageusement la réalité.
  • Sur 100 ans, le S&P 500 a rapporté en moyenne 6 %/an et avec le réinvestissement des dividendes, ça peut atteindre 10,2 %.

► Fabien Major est planificateur financier et conseiller chez Major Gestion Privée inc., succursale de Gestion de patrimoine Assante ltée à Outremont.