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Les incroyants progressent

Nos sociétés modernes s’accommodent mal des religions.
Photo Adobe Stock Nos sociétés modernes s’accommodent mal des religions.

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En Occident, le nombre des « sans religion » est en progression constante. En Grande-Bretagne, 53 % des gens affirmaient en 2015 n’avoir aucune religion. Ces statistiques émanent du Centre national des enquêtes sociales de Grande-Bretagne. Par ailleurs, seulement 15 % des Britanniques se définissent désormais comme anglicans.

Selon le magazine Le Point de janvier dernier, aux États-Unis, paradis supposé des fondamentalistes évangéliques, 2019 pourrait être une année historique puisque les « sans religion » s’imposeront, représentant près d’un quart de la population. Les agnostiques ou athées et ceux sans aucune affiliation religieuse composeront le premier groupe en termes de croyance. Il s’agit de près de 60 millions d’Américains.

Au Québec, un sondage CROP publié en 2017 confirmait que 63 % des Québécois croient toujours en Dieu. Mais paradoxalement, seulement 43 % d’entre eux estiment que leurs croyances religieuses sont importantes.

Comme je l’ai écrit dans une chronique parue le 15 avril 2017, le taux de pratique religieuse tourne autour de 5 %, ce qui rend l’avenir improbable pour les catholiques québécois.

Pratique religieuse

Il y a quelques jours, on apprenait que la baisse du nombre de baptêmes et de mariages religieux se poursuit inexorablement. Les dernières statistiques, qui datent de 2011 au Québec, indiquaient que 12 % des gens se déclaraient incroyants, un chiffre qui ne pourra qu’augmenter à l’avenir.

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Ces quelques données confirment que nos sociétés modernes s’accommodent mal des religions. D’où le choc culturel qui secoue actuellement les pays européens face à la montée du fondamentalisme islamique et des dérives sectaires en général.

Aux États-Unis, où l’extrême droite religieuse possède un pouvoir incontestable, et ce, jusqu’à la Maison-Blanche, l’augmentation du nombre de « sans religion » entraînera des perturbations sociales dont on ne semble pas encore évaluer les retombées.

Comment en sommes-nous arrivés en quelques décennies à relativiser de la sorte les croyances ? Est-ce la liberté qui mène à ne plus croire en un Dieu ? Car à travers les siècles, les religions ont enfermé les êtres humains dans des interdits moraux et sociaux, principalement concernant le sexe, qu’ils ne défiaient qu’à leurs risques et périls.

Culture du silence

Les religions, toutes les religions, pratiquent la culture du silence. Un silence qui emprisonne le croyant dans sa peur d’être damné éternellement.

Les fondamentalistes religieux pour survivre doivent s’isoler de la culture moderne. Ils doivent également restreindre les activités des femmes. D’ailleurs, toutes les religions ont péché en contraignant les femmes dans un rôle inférieur à celui des hommes.

Nos valeurs modernes sont incompatibles avec beaucoup de préceptes religieux. L’égalité des sexes, les droits des homosexuels, les avancées de la science en matière de contraception, le droit de mourir dans la dignité et non dans la souffrance. Tous ces acquis appartiennent au progrès de l’humanité. Les croyances religieuses ne peuvent plus s’imposer en ces matières. Seul le message évangélique moderne, « Aimez-vous les uns les autres », a traversé le temps.

Pouvons-nous croire vraiment à un Dieu vengeur tel que décrit dans l’Ancien Testament ? À un Dieu injuste ? À une invention humaine créée par des hommes et avant tout pour les hommes ? Les « sans religion » eux, semblent avoir conclu.