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Le Fuckoff de Maxim Martin

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Bon, je vous l’avoue, quand j’ai lu dans Le Journal que le prochain spectacle de Maxim Martin allait s’intituler : Fuckoff, je me suis étouffée dans mon double espresso.

Ce titre avait tout pour me faire grimper dans les rideaux : c’est en anglais, c’est agressant et c’est vulgaire.

Mais vous savez quoi ? Même si je n’aime pas du tout ce titre, je le trouve nécessaire. Si les humoristes ne brassent pas la cage, qui va le faire ?

PROVOCANTE !

Quand j’ai lu le texte du journaliste Raphaël Gendron-Martin, ma première réaction a été : « Tant qu’à y être, pourquoi Maxim Martin n’intitule pas son spectacle : Mangez tous de la m... ou Allez touc ch.... »

Mais après avoir laissé retomber la poussière, je me suis dit qu’en cette ère de rectitude politique, où tout le monde a peur de son ombre, où « on ne peut plus rien dire », si les humoristes commencent à se censurer, il n’y aura plus grand monde pour jouer les moutons noirs. (D’ailleurs, a-t-on encore le droit d’utiliser cette expression-là, Maxim ?)

Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de dire que j’aime ce titre. Mais je comprends la démarche de Maxim Martin, je comprends son ras-le-bol, son envie de soulever la table et d’envoyer valser les assiettes, les verres et les ustensiles.

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Le Fuckoff de Maxim Martin, c’est aussi celui de tous ceux qui en ont marre du consensus mou, marre de la novlangue, marre des opinions aseptisées, des bonnes sœurs du Bon-Pasteur qui sortent le fouet quand on rit à contre-courant. Le vrai rôle de l’humour, c’est ça : être la mouche du coche, le fou du roi, l’emmerdeur, l’empêcheur de tourner en rond, celui qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas et tant pis pour ceux que ça dérange.

Rappelons-nous quand même qu’au Québec, il n’y a pas très longtemps, Guy Nantel s’est fait taper sur les doigts par les CCC (Chroniqueuses Culturelles Consensuelles) pour avoir osé faire une blague sur le consentement. Et Peter McLeod s’est fait reprocher d’avoir fait des blagues sur la religion.

En intitulant son spectacle Fuckoff, Maxim Martin se situe parfaitement dans la démarche « jemenfoutiste » de grands humoristes comme George Carlin.

LA COMPLAINTE DU PHOQUE

Il y a une chose importante, par contre. Maxim Martin ne peut pas appeler son spectacle Fuckoff et être sage.

S’il livre un spectacle consensuel, dans lequel il a peur de marcher sur les orteils de tout le monde, on va être déçu. Quand tu choisis comme titre un mot qui signifie « Ah et puis on se fout de tout, on envoye tout promener », ton public s’attend à ce que tu livres la marchandise.

Maxim, il faut que tes bottines suivent tes babines. Tu es mieux de brasser la cage, de donner des grands coups de pied dans les tabous.

Quand je vais passer devant une de tes affiches en ville, c’est sûr que ça va me faire dresser les cheveux sur la tête de voir le mot FUCKOFF écrit en lettres majuscules.

Mais, à tout prendre, j’aime mieux des humoristes grinçants que des humoristes guimauves.