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Trump, l’élu de Dieu

Trump, l’élu de Dieu
AFP

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2000 ans après Jésus vint Donald 

Comme il fallait probablement moderniser, adapter et réingénierer les fondements devenus caducs et dépassés de la religion catholique, des enseignements et des valeurs prêchés par Jésus-Christ de Nazareth, voilà que Dieu a jugé qu’il était temps d’envoyer sur terre un deuxième fils, cette fois américain, en la personne de Donald Trump. C’est sa disciple porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, qui nous l’a annoncé : « Dieu voulait que Trump devienne président » (Le Journal de Montréal, 30 janvier 2019). Si le premier est né dans une crèche entouré de modestes bergers, l’autre est né sur un club de golf en Floride, en présence de gros et grands riches bienfaiteurs. Et comme Donald est le représentant choisi par Dieu sur terre, alors il faut obligatoirement obéir à ses lois et commandements comme l’a dit son ex-ministre de la Justice, Jeff Sessions, que l’on peut considérer comme un fidèle apôtre du nouvel envoyé : « Il faut obéir (toujours et en tout temps sans trop se poser de questions) aux lois du gouvernement (Trump) car Dieu (oui, oui, Dieu lui-même) les a décrétées afin d’assurer l’ordre (c’est surtout le désordre) » (Le Devoir, 18 juin 2018).    

Si Jésus propageait des valeurs de partage, d’ouverture, de compassion, de vérité, d’amour et de miséricorde, Dieu a préféré cette fois, pour ne pas passer pour un dinosaure humaniste, nous faire le cadeau d’un menteur, d’un impérialiste, d’un raciste, d’un sexiste, d’un homophobe, d’un corrupteur, etc. Pour Dieu, le premier était-être trop socialiste, trop révolutionnaire, trop près de la plèbe, il a préféré cette fois jeter son dévolu sur un messie très conservateur au service des créateurs de richesse pour tous, enfin presque un peu tous, et de la protection de la planète. Le pape François avec ses idées communistes n’a qu’à bien se tenir.    

Oh que Donald a pris son rôle au sérieux et se croit vraiment investi par Dieu de régner sur le monde comme dans : « Que Dieu bénisse l’Amérique et que Dieu (son père) bénisse Boeing (et punisse Airbus) » (Le Journal de Montréal, 18 février 2017). Et Donald a récidivé en proclamant : « Le plus grand créateur d’emploi que Dieu a créé » (Le Journal de Montréal, 12 janvier 2017). Et si Jésus était célibataire, Dieu a voulu moderniser son message avec, cette fois, un fils marié et divorcé quelques fois qui adopte une attitude différente que le premier face aux femmes. Et voilà que sa dernière épouse, Melania Trump, ancien mannequin recyclé en première dame des States, s’est convertie et a enjoint la population de veiller sur son pieux époux que des méchants critiquent et veulent même dégommer. Quel sacrilège : « Melania Trump prie et attaque ses détracteurs » (Le Journal de Montréal, 18 février 2017). Je vous l’ai dit que le pape François est sur le corde molle avec ses idées socialistes. Donald ne blaire pas ces communistes et ça donne que : « Le ton monte entre le pape François et Donald Trump » (Le Monde, 19 février 2016). Donald pense même envoyer ses croisés envahir le Vatican, le Venezuela, l’Iran, la Corée du Nord, le Nicaragua et bien entendu Cuba afin de ramener ces pays pêcheurs sur la bonne voie.    

Après Jean-le-Baptiste vient George W. Bush 

Comme vous le savez, Jésus-Christ fut précédé sur terre par son cousin Jean-Le-Baptiste, qu’il a qualifié lui-même de plus grand prophète. Et le précurseur de Donald fut nul autre que ce grand humaniste que fut George W. Bush, c’est pas moi qui le dis, c’est George W. lui-même : « J’ai entendu l’appel. Je crois (George est trop modeste. Dieu l’a bel et bien choisi) que Dieu veut que je brigue la présidence » (La Presse, 8 août 2011). Et Dieu l’a fait gagner et même envahir l’Irak en tuant gratuitement des millions de bébés et d’innocentes personnes. Ah ce que vous pouvez être assommants, ce n’est pas moi qui le dis, mais bel et bien la très évangéliste Sarah Palin, l’ancienne colistière de John McCain à la présidence des États-Unis. Oui, oui, celle qui ignorait que l’Afrique était un continent et pas du tout un pays : « L’an dernier, la politicienne a prononcé un discours qualifiant la guerre en Irak d’œuvre de Dieu » (La Presse, 2 août 2008).     

Et il y avait une relation amoureuse et intime entre Georges W. et le créateur : « Bush pleure (souvent) sur l’épaule de Dieu » (La presse, 6 septembre 2007). Quel homme sensible, tendre et pieux, même que son secrétaire à la défense du temps, le faucon Donald Rumsfeld « saupoudrait les notes pour Bush d’extraits de la bible » (La Presse, 19 mai 2009). Quel saint homme! Qu’attend le pape François pour le canoniser de son vivant? Le monde est rempli de méchants et mauvaises langues comme ceux qui colportent ceci : « Les 935 mensonges de l’administration Bush sur l’Irak » (La Presse, 24 janvier 2008). Pour les athées, Sarah Palin l’a dit : « c’est Dieu qui a voulu que les Américains envahissent ce pays faisant partie de l’axe du mal. Pis de toute façon, l’ex-secrétaire américain, Lorne Craner, l’a dit : «Les guerres américaines servent les droits de l’homme» (La Presse, 1er avril 2003). Servent le bien à vaincre le mal.    

Et d’autres prophètes... américains bien entendu 

Et comme avant la venue du Christ, Dieu a envoyé plusieurs prophètes sur terre (Moïse, Abraham, Elie, Jérémie, etc.), et bien il en a envoyé avant l’arrivée triomphale de Donald Trump, des prophètes comme Rick Perry, ex-candidat républicain à la présidence des États-Unis : «Je suis davantage à l’aise avec l’idée que c’est ce que j’ai été appelé (par Dieu) à faire» (La Presse, 8 août 2011). Rick a senti l’appel et il a répondu oui. Merveilleux! Sa foi est vraiment profonde. C’est beau à voir!    

Et puis Sarah aussi avait été contactée par Dieu comme elle l’a elle-même affirmé le plus sérieusement du monde : «J’ai été choisi au poste de candidate à la vice-présidence pour des raisons qui dépassent la politique partisane. C’est la volonté de Dieu» (La Presse, 16 janvier 2010). Dieu aime vraiment les States, qu’a dit en gros un autre formidable républicain, ex-candidat à la présidentielle de 2012 : «Milt Romney : Dieu a créé les États-Unis pour qu’ils dominent le monde» (La Presse, 8 octobre 2011). Et par déduction, Dieu a créé le reste du monde pour qu’il se soumette et s’écrase face aux lois divines américaines. Il ne faut pas niaiser avec ça, ça vient de Dieu lui-même en personne ou presque.     

Une autre prophétesse américaine élue par Dieu qui, cette fois, ne se limite pas seulement à élire des hommes comme envoyés terrestres. Cette fois, c’est Michèle Bachman, une autre candidate à l’investiture républicaine, celle qui a dit que l’ouragan Irène qui, en 2011, a dévasté une partie des States, était l’œuvre de Dieu face à une taille obèse et morbide de l’État : «Irène : un message de Dieu, selon Bachman» (Le Journal de Montréal, 30 août 2011). Elle aussi a évoqué sa candidature à la présidentielle comme étant une volonté divine. Pis, Dieu veut que vous soyez pauvres et pas jaloux des autres : «Dieu veut que vous soyez riches (et que vous le deveniez encore plus » (Le Journal de Montréal, 30 mai 2005). Quant aux démunis, faites appel à la charité et à la philanthropie légendaires des riches bienfaiteurs. Oui, ce sont des gens bons qui aiment leur prochain même les banquiers comme le président de Goldman Sachs l’a humblement mentionné : «Je ne suis qu’un banquier faisant le travail de Dieu» (Le Devoir, 18 février 2010). Oh je sens que la moutarde et la mayonnaise commencent à me monter au nez. Je peine à me contenir, moi qui pourtant suis un pratiquant catholique. Mais il ne faut pas trop m’en demander. Je suis loin d’être un saint.     

Et la meilleure pour finir émane du populaire évangéliste américain Pat Robertson qui a affirmé en 2010 que tous les problèmes d’Haïti viennent d’un pacte que les Haïtiens ont conclu avec le diable il y a plus de deux cents ans afin de les affranchir du joug français (La Presse, 15 janvier 2010). On est jaloux, on a comme l’impression que Dieu aime que les Américains et les States!