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Entreprises en péril en raison de la pénurie de main-d’œuvre

Kevin P. Smith
Photo Francis Halin Le vice-président des ressources humaines de Pratt & Whitney Canada, Kevin P. Smith, pense qu’il faut former les gens plus rapidement pour que les jeunes puissent accéder plus vite aux postes. Il participait, jeudi, à Montréal, à un sommet de l’industrie.

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Un haut dirigeant de Pratt & Whitney estime qu’il y a un risque que les entreprises en aérospatiale aillent s’installer ailleurs si elles ne réussissent pas à trouver les 4700 travailleurs qui leur manquent.

« On n’est pas rendu là encore, mais il y a un risque », reconnaît le vice-président des ressources humaines de Pratt & Whitney Canada, Kevin P. Smith. Selon lui, il faut être « créatif » pour attirer les talents, comme recruter en région ou à l’étranger.

Le haut dirigeant de Pratt & Whitney a fait cette déclaration en marge d’un sommet d’Unifor avec des patrons de l’industrie dans un grand hôtel de Montréal, jeudi.

Seulement chez Pratt & Whitney, près de 40 % de la main-d’œuvre, soit 3500 employés, approchent de l’âge de la retraite. D’ici cinq à dix ans, le géant aura plus de 5000 postes à pourvoir. En ce moment, la société a besoin d’une bonne centaine de travailleurs.

Au Québec, ces dix prochaines années plus de 37 000 postes seront à pourvoir, souligne Nathalie Paré, directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).

« Signal d’alarme »

Côté syndical, on lève le drapeau rouge. On craint que des entreprises ferment à défaut de trouver leurs travailleurs.

« C’est arrivé à GM, ça peut arriver à Bombardier. C’est un signal d’alarme », prévient Alexandre Lamarre, président du Conseil de l’aérospatiale d’Unifor, qui représente plus de 11 000 travailleurs au pays.

« La seule chose qui nous démarque, c’est la qualité de la main-d’œuvre. Si elle disparaît parce qu’il y a une pénurie, quel est l’avantage qu’ont les compagnies de rester ici ? » se demande le chef syndical.

Pour le directeur de l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal (ÉMAM), Mario Héroux, qui pourrait accueillir trois fois plus d’étudiants que ses 375 diplômés par année, l’exode d’entreprises ne doit pas être exclu du radar.

« C’est toujours un enjeu. Il y a déjà des métiers qui sont partis à l’extérieur parce qu’ils ne sont pas attrayants. Par exemple, la fabrication de câbles et de harnais électriques est allée au Mexique », souligne-t-il.

Pour la députée de Saint-Laurent Marwah Rizqy, qui compte beaucoup d’entreprises du secteur dans sa circonscription, il faut agir au plus vite pour valoriser l’industrie.

« Le danger est réel. Je le sais. J’en suis consciente », souligne-t-elle.

Mais au-delà de la pénurie qui saigne la productivité de nos entreprises, le vrai nuage noir qui plane sur le secteur est notre difficulté à être assez concurrentiel, selon le spécialiste de l’industrie aéronautique Mehran Ebrahimi.

« Parmi les entreprises, il y en a un paquet qui fait des vis et des boulons. Demain, une compagnie marocaine pourrait le faire pour beaucoup moins cher », conclut-il.

L’industrie aérospatiale au Québec

Entreprises: 509

Transport aérien: 193 (38 %)

Fabrication: 172 (34 %)

Aéroportuaire: 144 (28 %)

Employés: 59 295

Fabrication: 42 093 (71 %)

Aéroportuaire: 1633 (3 %)

Transport aérien: 15 569 (26 %)

Emplois manufacturiers demandés

1. Assembleurs/monteurs de structures: 341

2. Techniciens en entretien d’aéronefs: 289

3. Ingénieurs: 234

4. Machinistes et programmeurs: 188

5. Finition intérieure: 185

Source : Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale CAMAQ