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«J.E.»: «J'étais naïve, je voulais juste de l'amour»

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«J'étais rendue trop loin, je me détruisais. J'étais à terre, je me faisais battre tous les jours». C'est ainsi que Camille (nom fictif), âgée d'à peine 16 ans, décrit ce qui a été pour elle le «déclic», le moment où elle a décidé de quitter le milieu de la prostitution. 

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Cette jeune fille, dont le témoignage a été présenté à l'émission «J.E.» jeudi soir, a eu son premier contact avec le milieu de la prostitution alors qu'elle n'avait que 13 ans. 

Transférée à au moins quatre reprises en unité d'encadrement intensif du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ), elle a enfin fait une croix sur ce milieu qui l'a tant fait souffrir. 

«Au début, j'étais naïve, je voulais juste de l'amour, mais à la fin, je savais qu'ils s'en foutaient de moi, ils veulent juste de l'argent, que tu leur ramènes des affaires, ils veulent juste que tu leur ramènes d'autres filles parce que toi, tu ne vas plus servir à rien bientôt.» 

Rare incursion dans une unité de la DPJ 

Avant d’arriver à l’unité d’encadrement intensif de la DPJ, ces adolescentes ont déjà vécu des événements particulièrement difficiles. Fugues à répétition, consommation de drogues, idées suicidaires, violence, prostitution, voilà leur triste réalité. 

La majorité de ces jeunes filles, âgées de 12 à 17 ans, ont eu un contact avec le milieu de la prostitution. 

Elles sont encadrées parce qu’elles peuvent être une menace pour elles-mêmes ou pour les autres. Les éducatrices tentent de «déprogrammer» ce pour quoi ces adolescentes ont été manipulées par des proxénètes. 

«Quand elles arrivent, elles vont tenir des propos dans lesquels on entend les "pimps" derrière, explique Marie-Maude Viens, éducatrice à l'unité. Donc nous, on va venir créer l'ambivalence, on va venir semer le doute.» 

À l'unité, dont l'emplacement doit demeurer confidentiel, nous rencontrons Sophie (nom fictif), qui s'est retrouvée en encadrement intensif à plus d'une reprise depuis l'âge de 15 ans. 

«Quand t'es en fugue, t'es vraiment vulnérable puis ça parait, explique la jeune fille aujourd'hui âgée de 17 ans. T'as tellement de besoins de base à combler, que n'importe qu'elle personne qui va aller devant toi et qui va t'offrir: "hey, tu viens-tu avec moi", tu vas accepter tout de suite, c'est sûr.» 

C'est lors d'une fugue qu'elle raconte avoir été recrutée et amenée à se prostituer. Elle a ensuite fugué, à répétition. 

«La personne t'héberge, elle te donne de la drogue, elle fait plein de choses pour toi, donc tu te dis, je ne peux rien lui redonner. Donc, tu fais la seule chose que tu penses pouvoir lui redonner. Une fois que tu as eu des relations sexuelles, il pourrait te dire: "la prochaine fois, tu pourras en avoir et tu pourrais avoir de l'argent et tu pourras payer de la drogue".» 

«C'est immense la manipulation qu'ils vont utiliser et toutes leurs techniques pour amadouer», souligne Cindy Venne, également éducatrice à l'unité. Ce sont toutes des histoires d'horreur qui vont à la limite de notre imagination.»