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L'arrogance des vieux

La députée Catherine Fournier
Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD La députée Catherine Fournier

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Il y a des sujets avec lesquels on est certain de faire des «clics» quand on écrit des textes d’opinion. Le voile, l’Islam, le féminisme et Catherine Dorion sont des thèmes joyeusement réactifs. Un autre très gagnant : les jeunes. La paresse des milléniaux, leur manque de culture et de fidélité, ainsi que leur attitude de bébé gâté sont des préjugés dont adorent se délecter trop de leurs aînés.   

Si Catherine Fournier démissionne du PQ, c’est parce qu’elle est égoïste, n’est pas prête à faire d’effort pour rebâtir le parti et souhaite avoir l’attention des médias pour elle seule. Une attitude tellement milléniale!    

Impossible de considérer d’autres hypothèses plus substantielles que : «Elle est jeune.» Ceci explique cela.    

Qu’est-ce qu’ils ont de si épouvantable nos jeunes pour être ainsi malmenés?   

Les «Y» sont ingérables au travail, souhaitent des postes décisionnels en début de carrière et n’acceptent pas le moindre désagrément d’horaire de soir ou de fin de semaine qui pourrait nuire à leurs plaisirs hédonistes...    

Élevée dans la ouate, notre jeunesse est tellement fragile qu’elle est totalement mésadaptée à la dure réalité de l’existence avec son inexorable compétition et sa loi du plus fort.    

Une caricature  

Quand je lis ces propos, je ne peux m’empêcher de voir là une pure caricature, sans la moindre nuance.    

C’est vrai, la nuance, ce n’est pas ce qui fait vendre le plus.    

On aime les portraits grossiers qui provoquent instantanément une réaction. Entre émotion et réflexion, la première est tellement plus grisante que l’autre.    

Entre différence et arrogance  

Oui, les «Y» sont différents des générations qui les ont précédés. Le contexte dans lequel ils évoluent n’a rien à voir avec celui de ma génération – les «X» – et des précédentes.    

Les «X» avons terminé nos études avec un marché du travail saturé où même réussir à dénicher un emploi au McDo n’était pas une évidence.   

Les «Y» n’ont même pas quitté les bancs d’école que, déjà, on se les arrache.    

C’est ça un contexte de pénurie d’employés.   

Ça ne veut pas dire qu’ils restent assis sur leurs fesses en attendant de se faire dorloter par papa et maman qui leur donnent tout cuit dans le bec.    

Nombreux sont les parents qui surveillent le nombre d’heures travaillées dans le cadre de leur emploi étudiant pour ne pas les retrouver épuisés avant la fin de l’année scolaire.    

Car justement, ce manque de main-d’œuvre pousse les employeurs à essayer de les faire entrer au boulot à chaque moment qu’ils ne passent pas le nez dans leurs livres.    

Je ne les plains pas. Ils ne font pas pitié, loin de là.    

Cependant, ils ne sont pas non plus le groupe monolithique de fainéants narcissiques que certains aiment bien dépeindre.    

Ça aussi, c’est une réalité. Mais qui en parle? Personne.    

Comme s’il était impossible d’avoir un peu de respect pour une génération qui n’a pas à se battre bec et ongles pour faire sa place!    

L’attente de la retraite comme une sentence de prison   

Étrangement, ce n’est pas avec les jeunes que j’ai le plus de difficulté à négocier au travail, mais plutôt avec certains collaborateurs plus vieux.   

Ceux qui sont réfractaires au changement, aux nouvelles façons de faire, et qui restent collés à leur définition de tâche comme s’il s’agissait d’un texte sacré duquel on ne peut déroger même en situation de crise. C’est jouer en équipe ça?    

Ceux qui comptent les années avant la retraite comme s’il s’agissait d’une peine de prison à terminer.   

Ceux qui n’ont plus la passion de leur boulot depuis des lustres, mais qui, oui, restent fidèles. Ils restent attachés non pas à un employeur, mais bien à une permanence et à des conditions d’emploi.   

Je ne les blâme pas non plus. Bénéficier d’une paye assurée toutes les deux semaines peut, dans certains cas, être considéré comme une variable nécessaire à une belle qualité de vie.    

Mais faire porter le poids de son désabusement aux autres collègues, n’est-ce pas aussi cela être égoïste et arrogant?