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Scandale dans les grandes universités

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Une nouvelle affaire de corruption, de privilège, d’argent et de tricherie vient d’exploser aux États-Unis, et Donald Trump n’est même pas impliqué. Ce scandale de tricherie dans l’admission à de grandes universités n’est pas moins révélateur de sérieux problèmes.

Lundi dernier, une cinquantaine de mises en accusation ont été déposées dans une affaire de pots-de-vin et de corruption qui implique des institutions aussi prestigieuses que Yale, University of Southern California et Stanford.

Parmi les personnes appréhendées se trouvent des célébrités du spectacle et des affaires qui ont payé de petites fortunes pour que leurs rejetons puissent déjouer les règles d’admission de ces universités hypersélectives, que plusieurs considèrent comme un ticket pour la réussite.

Cette histoire révèle un mal profond de la société américaine.

Imparfaite méritocratie

En principe, les universités et collèges qui trônent au sommet de la hiérarchie universitaire aux États-Unis sont des modèles de méritocratie. Les jeunes qui les fréquentent sont pour la plupart exceptionnellement talentueux.

La différence entre la formation prodiguée par ces institutions et celles qui composent le gros du peloton n’est pas énorme, mais les universités prestigieuses demeurent une voie d’accès privilégiée à l’élite. Par conséquent, la compétition pour y être admis est féroce.

Ceci dit, l’accès à ces places convoitées ne relève pas que du mérite. Depuis toujours, les plus fortunés achètent des places à leurs enfants à coups de millions. C’était le cas, entre autres, pour Donald Trump et son gendre Jared Kushner, que Penn et Harvard n’auraient probablement pas admis sans l’intervention fortuite de leurs généreux papas.

Prêts à tout

Aujourd’hui, la compétition est si intense pour accéder à ces institutions et le sentiment que tout leur est dû est tellement ancré dans l’esprit de certains privilégiés que bien des parents sont prêts à tout pour voir leur progéniture accéder aux meilleures institutions.

Souvent, la pression parentale pousse des jeunes au surmenage, mais, puisque l’accès aux privilèges de l’élite est considéré par plusieurs comme un droit acquis incontestable, certains s’estiment justifiés de s’approprier ces places par tous les moyens. Ce sentiment est d’autant plus fort chez ceux qui sont convaincus que le « système » favorise indûment certains groupes historiquement défavorisés.

Tricher, tromper, mentir

On revient encore à la politique. La compétition biaisée pour l’admission dans ces institutions privilégiées et leurs frais de scolarité exorbitants perpétuent les inégalités. Évidemment, les efforts pour renverser cette tendance n’échappent pas non plus à la politique.

Dans les débats qui entourent ce scandale, on entend le refrain d’une certaine droite qui conteste l’utilisation par les universités de critères liés à la diversité ethnoraciale et sociale dans leurs règles d’admission.

Comme cette « discrimination positive » pénalise des candidats méritants (provenant généralement de familles blanches bien nanties), certains parents se sont crus justifiés de perpétuer leurs privilèges par tous les moyens, y compris le copinage, la tricherie, le mensonge et la corruption.

Faut-il s’en étonner, dans un pays où le président a accédé au pinacle du pouvoir et du prestige en recourant à ce genre de procédés ?