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Une unité de la DPJ pour «déprogrammer» les fugueuses

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 Fugues à répétition, consommation de drogues, idées suicidaires, violence, prostitution; voilà la triste réalité de jeunes adolescentes qui se retrouvent en unité d'encadrement intensif de la DPJ. 

 Elles sont à peine sorties de l'enfance, mais peuvent représenter une menace pour elles-mêmes ou pour les autres. La majorité de ces jeunes filles, âgées de 12 à 17 ans, ont eu un contact avec le milieu de la prostitution. 

 Cette semaine à «J.E.», voyez une rare incursion dans l'une de ces unités où les éducatrices tentent de «déprogrammer» ce pour quoi ces adolescentes ont été manipulées par des proxénètes. 

 «Quand elles arrivent, elles vont tenir des propos dans lesquels on entend les "pimps" derrière, explique Marie-Maude Viens, éducatrice à l'unité. Donc, nous, on va venir créer l'ambivalence, on va venir semer le doute.» 

 À l'unité, dont l'emplacement doit demeurer confidentiel, nous rencontrons Sophie (nom fictif), qui s'est retrouvée en encadrement intensif à plus d'une reprise depuis l'âge de 15 ans. 

 «Quand t'es en fugue, t'es vraiment vulnérable puis ça paraît, explique la jeune fille aujourd'hui âgée de 17 ans. T'as tellement de besoins de base à combler que n'importe quelle personne qui va aller devant toi et qui va t'offrir "hey, tu viens-tu avec moi", tu vas accepter tout de suite, c'est sûr.» 

 C'est lors d'une fugue qu'elle raconte avoir été recrutée et amenée à se prostituer. Elle a ensuite fugué à répétition. 

 «La personne t'héberge, elle te donne de la drogue, elle fait plein de choses pour toi, donc, tu te dis "je ne peux rien lui redonner". Donc, tu fais la seule chose que tu penses pouvoir lui redonner. Une fois que tu as eu des relations sexuelles, il pourrait te dire "la prochaine fois tu pourras en avoir et tu pourrais avoir de l'argent et tu pourras payer de la drogue".» 

 «Je me faisais battre tous les jours» 

 «Ils ne m'ont pas directement rentré dans la prostitution, ils ont commencé à me parler de la criminalité autour de ça, de la drogue, de vendre de la drogue, raconte Camille (nom fictif), une adolescente de 16 ans. La première fois que j'ai fait des clients, c'est moi qui ai dit au gars "j'aimerais ça faire de l'argent, peut-être de faire ça, ce serait nice". Mais, après que je l'ai fait une fois, ce n'était plus moi qui voulais. C'était comme "la dernière fois, t'as ramené beaucoup d'argent, on pourrait le refaire"». 

 Dans son cas, c'est à l'âge 13 ans qu'elle a eu son premier contact avec le milieu de la prostitution. Transférée à quatre reprises en unité d'encadrement, elle a enfin fait une croix sur ce milieu qui l'a tant fait souffrir. 

 «J'étais rendue trop loin, je me détruisais. J'étais à terre, je me faisais battre tous les jours. Au début, j'étais naïve, je voulais juste de l'amour, mais, à la fin, je savais qu'ils s'en foutent de moi, ils veulent juste de l'argent, que tu leur ramènes des affaires, ils veulent juste que tu leur ramènes d'autres filles parce que toi tu ne vas plus servir à rien bientôt». 

 Camille est l'une de celles qui ont inspiré le programme «Mia n'est plus à vendre». Chaque année, à cette unité d'encadrement, une vingtaine de jeunes adolescentes suivront l'atelier de neuf séances qui vise à les éloigner du milieu de la prostitution. Pour cela, elles doivent d'abord réaliser qu'elles ont été exploitées sexuellement. 

 «C'est immense la manipulation [que les proxénètes] vont utiliser et toutes leurs techniques pour amadouer, souligne Cindy Venne, également éducatrice à l'unité. Ce sont toutes des histoires d'horreur qui vont à la limite de notre imagination». 

 Ne manquez pas cette émission-choc, jeudi soir à 21 h sur les ondes de TVA.