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54 mois de détention pour une «bombe ambulante»

Un chauffard ivre a tué un jeune homme en emboutissant sa voiture à 228 km/h

Andrew Beaulieu Laforce et son passager ont littéralement pris la clé des champs après avoir percuté la voiture de la victime à 228 km/h, le 1er juin 2018 à Saint-Isidore, en Montérégie. La Mitsubishi Lancer de l’accusé (sur la photo) avait été modifiée.
Photo d’archives Andrew Beaulieu Laforce et son passager ont littéralement pris la clé des champs après avoir percuté la voiture de la victime à 228 km/h, le 1er juin 2018 à Saint-Isidore, en Montérégie. La Mitsubishi Lancer de l’accusé (sur la photo) avait été modifiée.

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SALABERRY-DE-VALLEYFIELD | Un chauffard, qui a fauché la vie d’un jeune homme en conduisant sa « bombe ambulante » ivre à 228 km/h, a écopé de quatre ans et demi de détention, vendredi.

Le juge Bertrand St-Arnaud n’a pas été tendre envers Andrew Beaulieu Laforce.

« Le Tribunal le répète : il y a ici un trio de gestes éminemment graves », a insisté le magistrat, devant une salle bondée des proches de l’accusé et de la victime.

Le 1er juin 2018, le chauffard de 21 ans a tué Philippe D’Anjou lors d’une collision d’une extrême violence, sur la route 221, à Saint-Isidore, en Montérégie.

Au volant de sa Mitsubishi Lancer modifiée, il a embouti la Ford Focus de la victime de 24 ans par-derrière, à une vitesse de 228 km/h.

« Une vitesse qui dépasse l’entendement », a souligné le juge St-Arnaud, qualifiant le véhicule de « bombe ambulante ».

Les deux voitures se sont retrouvées dans des champs de chaque côté de la chaussée.

Celle de Philippe D’Anjou a explosé sous la force de l’impact et le jeune homme a été éjecté de l’habitacle. Son décès a été constaté sur place.

Beaulieu Laforce et son passager s’en sont tirés sans blessures sérieuses.

Mais plutôt que de vérifier si la victime avait besoin d’aide, « l’accusé a lâchement quitté les lieux [à pied], sans même aller voir », a noté le magistrat, vendredi.

Il s’est rendu quelques heures plus tard aux autorités, qui ont vite compris que la vitesse n’était pas la seule violation à l’origine de la collision fatale.

Près de deux fois la limite

« L’accusé, pourtant soumis à la mesure “zéro alcool”, a non seulement choisi de conduire son véhicule avec les facultés affaiblies, mais il l’a fait après avoir consommé une quantité substantielle d’alcool », a mentionné le juge St-Arnaud.

Le taux d’alcoolémie de Beaulieu Laforce a été estimé entre 144 et 239 mg/100 ml de sang.

Même en retenant le meilleur des scénarios, c’est près de deux fois la limite permise par la loi pour un conducteur de plus de 22 ans détenant un permis régulier.

En octobre, le chauffard a plaidé coupable à des chefs de conduite dangereuse, conduite avec plus de 80 mg d’alcool/100 ml de sang et délit de fuite, tous ayant causé la mort.

Dissuader les imitateurs

« Il y a donc lieu d’envoyer un message suffisamment fort pour dénoncer de tels comportements complètement inacceptables et irresponsables, et pour dissuader tous ceux qui pourraient être tentés d’imiter l’accusé », a soutenu le magistrat, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield.

Le juge St-Arnaud a condamné Beaulieu Laforce à quatre ans et demi de détention, soit à peine six mois de moins que la suggestion faite par Me Kim Émond de la Couronne.

« Quand j’ai commencé à regarder votre dossier, mon premier réflexe a été de donner totalement raison à la Couronne, mais je me suis rappelé certaines choses », a-t-il dit à l’accusé, indiquant que son jeune âge, son plaidoyer de culpabilité et ses regrets sincères ont notamment joué en sa faveur.

La défense réclamait quant à elle trois ans de détention.


► En sortant de prison, Andrew Beaulieu Laforce ne pourra pas conduire pendant un an.

Dur de pardonner la mort d’un fils

La famille du jeune homme tué par Andrew Beaulieu Laforce ne peut pas lui pardonner ses crimes, mais espère qu’il trouvera du soutien au pénitencier.

« Souvent, les jeunes n’ont pas de conscience. Je pense que lui, il en a une bonne. J’espère qu’il va avoir une belle vie malgré tout », a indiqué vendredi Denis D’Anjou.

Le père de Philippe D’Anjou souhaite que la tragédie qui a coûté la vie à son fils aîné de 24 ans sensibilise les autres conducteurs aux risques de l’alcool et de la vitesse au volant.

Des Excuses

Lors des observations sur la peine, en janvier dernier, Beaulieu Laforce a présenté ses « plus sincères excuses » à la famille de la victime, qualifiant son comportement d’« irresponsable ».

Quelques jours après la collision fatale, Denis D’Anjou avait déclaré au Journal qu’il n’était pas près de pardonner au chauffard.

« Le fait d’avoir perdu un fils, c’est difficile de pardonner. Mais maintenant, on connaît plus le jeune [qui a causé sa mort] et on voit que ce n’est pas tout le monde qui part sur le même pied dans la vie », a-t-il laissé tomber vendredi, plus nuancé.

Les proches de Philippe D’Anjou sont satisfaits de la sentence imposée par le juge Bertrand St-Arnaud, vendredi, même si cela ne leur ramènera pas le jeune électricien.

« [Beaulieu Laforce] va devoir vivre avec ça toute sa vie, peu importe le nombre d’années de prison », a résumé la sœur de la victime, Émilie D’Anjou.