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Ne tuons pas la beauté du monde

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En plein milieu du spectacle Seul ensemble, l’hommage à Serge Fiori du Cirque Eloize, je me suis tournée vers mon mari et je lui ai chuchoté tout bas à l’oreille : « Heureusement que l’art existe ».

Dans ce monde parfois si froid, si dur, si laid, si méchant, Dieu que ça fait du bien d’être exposé à autant de poésie, de tendresse, de douceur et, disons-le, de beauté.

100 000 raisons

C’est assez particulier ce que l’on vit comme expérience quand on va voir Seul ensemble : des centaines d’êtres humains­­­ réunis dans une même salle et qui ont les larmes aux yeux en partageant un moment de beauté. À l’entracte, tout plein de gens d’âge mûr sortaient leur Kleenex ou avaient des étoiles dans les yeux.

La dernière fois que j’ai vécu un moment semblable de « communion », c’est lors du spectacle Odysseo de Cavalia, quand les chevaux « endormis » se réveillaient doucement puis lors de la grande chevauchée dans l’eau.

Je plains sincèrement les gens qui n’ont aucun accès à l’art, ou qui y sont insensibles. Ces œuvres nous sortent de nous, nous élèvent, nous agrandissent l’âme.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Je sais, c’est cliché, mais il y a quelque chose de « magique » à voir en direct, sur scène, des artistes donner tout ce qu’ils ont. Quand il y a une combinaison parfaite de musique touchante, d’éclairages évocateurs, de costumes réussis et de prouesses physiques, on est profondément touché par le tableau complet.

Trois jours après avoir vu Seul ensemble, des moments clés du spectacle me reviennent en mémoire, comme le fildefériste suspendu au-dessus de la salle du St-Denis.

En ce moment, j’écris cette chronique en écoutant la musique bouleversante d’Histoire sans paroles et je revois la scène où cette jeune acrobate virevolte dans son cerceau géant.

Ces images, cette musique, nous remuent profondément, nous touchent, nous ébranlent.

Mon mari a écrit cette semaine à quel point Harmonium a été marquant dans sa vie. Moi qui suis arrivée au Québec en 1977, je ne peux pas en dire autant. Mais je pense sincèrement qu’on n’a pas besoin d’avoir eu une affiche de Fiori sur son mur pour capoter devant Seul ensemble. En fait, je pense même que le gouvernement Legault, s’il voulait vraiment intégrer les nouveaux arrivants (« On en prend moins, mais on en prend soin »), devrait organiser des représentations de Seul ensemble pour les classes de francisation des immigrants.

C’est en se frottant à cette culture-là qui vous touche le fond de l’âme qu’ils comprendront à quoi ressemble le Québec. Il n’y a pas de meilleure façon d’expliquer le Québec aux néo-Québécois que de leur apprendre les paroles : « Où est allé tout ce monde qui avait quelque chose à raconter ? On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter ».

Le vrai vivre-ensemble

Mardi soir, Serge Fiori est monté sur scène pour un court discours. « On naît seul, on meurt seul, entre les deux on est ensemble. Y’a juste ça de vrai », a-t-il déclaré, la voix nouée par l’émotion.

Il a raison, Fiori.

Ensemble, dans une même salle, bouleversé en même temps par la même beauté, la même poésie, il n’y a pas grand-chose pour battre ça.