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L’action de Boeing sous turbulence

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Q. La crise des 737 MAX 8 a effacé 25 milliards en capitalisation boursière. Boeing est-elle encore un bon investissement ?


R. Si vous ne possédez pas l’action, que vous êtes patient et peu nerveux, Boeing est une très bonne opportunité !

La crise qui secoue actuellement Boeing (BA) est l’exemple parfait d’une situation qui intéresse les investisseurs de type contrariant. L’action a perdu 3 % dès que le président Trump a annoncé qu’il clouait au sol les 737 MAX 8. Depuis l’écrasement d’un second avion en Éthiopie, dimanche dernier, le titre a perdu 11 % de sa valeur.

À court terme, cette crise est très sérieuse pour Boeing, qui est encore incapable d’en évaluer les coûts. L’avionneur devra certainement dédommager les transporteurs pour les pertes de revenus associées aux 370 appareils en circulation dans le monde, des avions presque neufs, qui valent environ 100 M$ US chacun. Elles pourraient totaliser entre 1 et 5 milliards (G)$ US pour trois mois, selon les firmes Melius Research et Jeffries. Le coût d’un avion de remplacement loué est estimé à 1 M$ par trimestre. Et Boeing pourrait toujours prêter des avions de seconde main à certains clients.

Rappelez-vous la crise des Dreamliner de 2013, dont 50 appareils furent cloués au sol pour des batteries qui prenaient feu. Les réparations ont coûté moins de 20 M$ US et les compensations sont minimales.

Boeing doit agir

Boeing a 4600 commandes de 737 MAX, pour des revenus futurs de 550 G$ US. Il serait surprenant que les clients annulent leurs commandes, surtout qu’ils paient un dépôt de 20 % sur chaque appareil. Et ils ne peuvent se tourner vers Airbus, qui souffre de retards de production dans ce segment de marché, avec 5800 commandes de son modèle A320neo.

Pour le moment, les agences de crédit n’ont pas bronché. Mais Fitch avertissait, jeudi, que les cotes de Boeing et de ses fournisseurs pourraient être affectées si la crise s’intensifie. D’autant plus que les enquêtes pour déterminer les causes des écrasements d’Ethiopian Airlines et de Lion Air en octobre prendront des mois. Mais pas les mises à jour informatiques (au moment de mettre sous presse, on soupçonne notamment l’activation inopinée du pilote automatique en phase de décollage).

Boeing a les moyens d’assumer les coûts de la crise. L’avionneur a enregistré des revenus de 101 G$ US l’an dernier, dont un profit de 10,6 G$ US, et dispose de liquidités de 15,3 G$ US. Et ses revenus de 2019 seront encore plus élevés.

De plus, Boeing ne fabrique pas que des 737. L’avionneur a des activités militaires et vient de sceller une alliance avec Embraer, qui lui apportera l’essentiel des revenus de la division la plus rentable de l’avionneur brésilien.

En fin de compte, Washington ne laissera jamais tomber ce fleuron de son industrie, qui compte 153 000 employés, dont 140 000 aux États-Unis.

Avec son ratio cours/bénéfice de 21 et son rendement de dividende de 1,95 %, Boeing n’est pas excitante. Mais les investisseurs peu nerveux vont se rattraper quand le titre va remonter fortement dans les prochains mois.


Les informations publiées dans cette chronique ne  constituent pas des conseils ou des recommandations formulées par Le Journal. Toute personne intéressée doit consulter les conseillers ou professionnels autorisés pour ces fins par l’Autorité des marchés financiers.


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