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Courageuse et étonnante Violette Morris

Gérard de Cortanze
Photo courtoisie, Witi De TERA Gérard de Cortanze

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Après avoir étudié de près la vie de l’artiste-peintre Frida Kahlo, puis dépeint avec brio plusieurs héroïnes dans ses romans, l’écrivain français Gérard de Cortanze s’est inspiré du parcours inusité d’une athlète audacieuse et visionnaire, Violette Morris, pour écrire un roman qui fait écho à l’actualité contemporaine, Femme qui court.

Née à Paris en 1893, assassinée en 1944 par des maquisards, Violette Morris a marqué son époque. Elle fut détestée, ostracisée, tant à cause de ses performances d’athlète – ce qui était mal vu pour les femmes du début du 20e siècle – que pour ses choix de vie, sa collaboration avec les Allemands et son orientation sexuelle.

Gérard de Cortanze connaissait le personnage de Violette Morris depuis longtemps puisqu’il est lui-même un athlète, et fut même un espoir de l’athlétisme français. « Je courais le 800 mètres. L’athlétisme m’a toujours intéressé, et particulièrement le sport féminin, parce que je trouve qu’il n’a pas la place qu’il devrait avoir », dit-il en entrevue.

<b><i>Femme qui court</i></b><br />
Gérard de Cortanze<br />
Éditions Albin Michel, 400 pages environ.
Photo courtoisie
Femme qui court
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel, 400 pages environ.

« Violette Morris était très en avance sur son temps, sur son époque. J’ai toujours aimé les personnages de femmes fortes. Elle faisait partie de ces femmes qui font bouger la société et qui, par bien des égards, sont considérées comme des scandaleuses, tout simplement parce qu’elles veulent accorder aux femmes les places qu’elles n’ont pas dans la société. »

Violette, la scandaleuse, s’entraînait à la boxe et battait les hommes à plate couture. Elle s’habillait en homme, portait des pantalons, engueulait les arbitres quand elle estimait qu’ils prenaient une mauvaise décision.

« Elle avait le culot, lorsqu’un spectateur masculin lui disait “bouge ton gros cul”, de s’arrêter de jouer un match de football, de se diriger vers le spectateur et de lui mettre un coup de poing dans la figure. » Elle fut aussi l’amante d’Annie Cocteau, de Joséphine Baker. « Pour la France moralisatrice, pour le politiquement correct de l’époque, elle était totalement révolutionnaire, inadmissible, très en avance sur son temps. C’est pour ça que je dis que c’est une femme qui courait trop vite pour son temps. J’ai voulu lui rendre hommage parce que je trouve qu’elle est d’une modernité extraordinaire. »

Envoyée au front

Violette Morris, cette force de la nature, fille d’un baron, fut championne d’athlétisme, de cyclisme, de natation, de course automobile. Elle a aussi été envoyée au front, pendant la Première Guerre mondiale, sous les tirs d’obus de la bataille de la Somme et de Verdun, sans jamais être décorée pour sa bravoure.

« Cette femme naît au 19e siècle, mais fait partie de ces premières femmes qui font du sport, avant et après la guerre de 14-18 », note-t-il.

« On n’accepte pas du tout qu’une femme fasse du sport pour battre des records de 100 m, de 800 m, de javelot. Le simple fait de faire partie d’un club de sport, c’est déjà un geste féministe et absolument révolutionnaire. »

Dans le livre, il raconte la modernité de cette femme et son côté contemporain. « C’est un personnage inadmissible, pour plein de raisons. Elle fume, elle boit, elle est lesbienne. Même si on est dans l’époque des garçonnes, c’était totalement irrecevable. Quand la guerre va arriver, elle va être le bouc émissaire idéal : on va tout lui reprocher. »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, on a fini par en faire une tortionnaire de la Gestapo. Gérard de Cortanze réfute vigoureusement cette théorie. « C’est absolument faux. Elle a été une collaboratrice, mais elle n’a dénoncé personne. »