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Stages rémunérés: les étudiants devront patienter

Le ministre évoque un horizon d’un an avant d’offrir de meilleures conditions aux étudiants stagiaires

Camille Comtois, Sarah Bouchard  et Audrey-Ann Bouchard sont étudiantes en sciences infirmières à l’Université Laval et réclament, comme leurs camarades de classe, une compensation financière pour des stages en milieu de travail qu’elles doivent réaliser dans le cadre de leur formation.
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc Camille Comtois, Sarah Bouchard et Audrey-Ann Bouchard sont étudiantes en sciences infirmières à l’Université Laval et réclament, comme leurs camarades de classe, une compensation financière pour des stages en milieu de travail qu’elles doivent réaliser dans le cadre de leur formation.

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Les milliers d’étudiants en grève cette semaine pour réclamer la rémunération des stages devront être patients, puisqu’il y a peu de chances que le budget qui sera déposé cette semaine prévoie des sommes à ce chapitre, indique le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

​Ce n’est toutefois pas un manque de volonté politique, mais plutôt à cause d’un «enjeu de calendrier», affirme le ministre, qui réitère son intention d’agir dans ce dossier.

Le comité de travail, mis en branle par Québec en décembre, doit déposer différents scénarios en avril, quelques semaines après le dépôt du premier budget du gouvernement Legault qui sera présenté le 21 mars.

«C’est difficile d’aller voir le ministre des Finances et de lui demander de mettre de l’argent de côté alors que les scénarios ne sont pas encore préparés», a indiqué au Journal M. Roberge.

Statu quo écarté

Ce dernier précise que les scénarios à l’étude «penchent davantage du côté des compensations» financières que de la rémunération, mais rien n’est coulé dans le béton pour le moment, précise-t-il. «On n’a pas changé de cap, le seul scénario exclu est le statu quo», lance-t-il.

Ce dernier préconise toutefois l’approche «par programme», en étudiant «chaque stage pour ce qu’il est». «Je ne pense pas qu’une solution unique réponde à une pluralité de besoins», ajoute-t-il.

Afin de bien faire les choses, il pourrait s’écouler «plus d’un an» avant d’en arriver à de meilleures conditions pour les étudiants stagiaires, précise-t-il.

Québec veut aussi «avancer sur plusieurs fronts à la fois» et étudie la possibilité de faire des modifications législatives qui permettraient de mieux protéger les étudiants stagiaires en milieu de travail.

34 000 étudiants en grève

D’ici vendredi, jusqu’à 34 000 étudiants québécois seront en grève pour réclamer la rémunération de tous les stages en milieu de travail, selon le Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE), un regroupement qui se mobilise autour de cet enjeu depuis maintenant deux ans. Des débrayages sont prévus à Montréal, Québec et dans plusieurs autres villes de la province. Dans la capitale, environ 4500 étudiants de l’Université Laval emboîteront le pas à ce mouvement.

Audrey-Ann Bouchard, une étudiante en sciences infirmières à l’Université Laval dans le programme DEC-BAC, explique qu’elle a dû prendre congé de son emploi pendant deux mois récemment pour faire un stage dans le cadre de sa formation universitaire. Elle travaille à temps partiel à l’hôpital, puisqu’elle a déjà complété une technique en soins infirmiers.

«En stage, j’apprends beaucoup, mais c’est quand même la même job que je fais quand je suis infirmière sauf que je dois débourser pour la faire alors qu’habituellement, je suis payée», lance-t-elle.

Dans le réseau universitaire, des droits de scolarité s’appliquent aux stages comme aux cours, puisqu’ils permettent d’obtenir les crédits nécessaires à l’obtention du diplôme.

Camille Comtois étudie aussi en sciences infirmières, mais en formation initiale, un programme qui comprend 930 heures de stages sur trois ans.

Durant le dernier stage de 20 jours, la prise en charge des patients varie entre 75% et 100%. «On est loin du stage d’observation», lance-t-elle.

En plus de n’avoir aucune compensation financière pour les tâches accomplies, les stagiaires doivent aussi assumer les coûts reliés à leurs stages, pour les frais de déplacement notamment, en plus des pertes de revenus reliées à un emploi à temps partiel qu’ils ne peuvent occuper pendant cette période, souligne Mme Comtois.

L’étudiante a dû débourser récemment environ 300$ en essence et frais de stationnement pour un stage d’une douzaine de jours à Saint-Anne-de-Beaupré.

Compensation financière réclamée

Même si les étudiants en sciences infirmières réclament une compensation financière dans le cadre de leur stage en milieu de travail, ils ne participeront toutefois pas à la grève cette semaine, justement en raison de leurs stages.

«Si on fait une journée de grève pendant qu’on est en stage, il faudra reprendre cette journée et on pourrait perdre des journées de travail, donc on est un peu coincé», explique Camille Comtois, qui est aussi présidente de l’association des étudiants en sciences infirmières de l’Université Laval.

Les stages étudiants au Québec

  •  98 524 étudiants ont fait un stage en 2016-2017 à l’université
  •  77 % n’ont pas été rémunérés
  •  49 % des stages ont été réalisés dans le domaine de la santé (médecine, sciences infirmières, etc.)
–  Source : Les stages et les stagiaires du réseau scolaire universitaire québécois : portrait, enjeux et réalités, Charles Carrier-Plante et Cécile Retg, septembre 2018.