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Pénurie de pharmaciens à l’urgence: voyez les régions les plus touchées.

Il y a pourtant 137 pharmaciens de plus dans le réseau depuis cinq ans, selon le gouvernement

Pharmacien en salle d’urgence depuis 13 ans, Éric Villeneuve déplore que la pénurie de professionnels qui perdure depuis 10 ans prive des patients de leur expertise. Plus de la moitié des urgences du Québec n’ont pas de pharmacien en poste.
Photo Chantal Poirier Pharmacien en salle d’urgence depuis 13 ans, Éric Villeneuve déplore que la pénurie de professionnels qui perdure depuis 10 ans prive des patients de leur expertise. Plus de la moitié des urgences du Québec n’ont pas de pharmacien en poste.

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Un peu plus de la moitié des salles d’urgence de la province n’ont pas de pharmaciens en poste pour évaluer la médication des patients admis, dénonce leur association.

« Il faut mettre un frein à cette pénurie-là [...] Si on ne forme pas assez de pharmaciens, je pense qu’on s’expose à certains risques [pour les patients] et à des coûts inutiles », tranche la directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES), Linda Vaillant.

La pénurie dans les hôpitaux perdure depuis plus de 10 ans. Après de petits gains ces deux dernières années, le nombre de postes vacants est à nouveau à la hausse.

Au total, l’APES a dénombré 272 postes non pourvus au 1er avril 2018, selon l’enquête annuelle de l’organisation. En 2016, par exemple, l’APES comptait 256 postes vacants.

En hôpital, les pharmaciens s’occupent de la distribution des médicaments sur toutes les unités, mais ils sont aussi en poste dans les urgences, les soins intensifs ou en oncologie.

« Quand il manque de monde, il faut se dire qui j’enlève et où », soutient Mme Vaillant sur l’impact de la pénurie. Les urgences peuvent donc être privées d’un pharmacien s’il y a un manque à combler dans la centrale de distribution.

Ainsi, 53 % des salles d’urgence n’ont pas de pharmacien selon l’enquête annuelle, soit 60 établissements sur 113.

Pourtant, dans son propre Guide de gestion de l’urgence, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) écrit que « la présence d’un pharmacien sur place est un avantage certain pour la gestion et la qualité des soins dans les urgences où le volume d’activité le justifie ».

Le tiers des CHSLD

La pénurie ne touche pas que les urgences. L’APES souligne aussi que le tiers des CHSLD du Québec n’ont pas de pharmacien sur place pour surveiller la médication des résidents.

Le dossier n’a pas été « priorisé » selon Mme Vaillant.

« Il faut donner un coup de barre », plaide-t-elle.

L’Association réclame que les facultés forment désormais 100 étudiants pour devenir pharmaciens d’établissements, alors que la moyenne des dernières années était d’environ 70.

Pour sa part, le ministère répond qu’au 31 mars 2018, il y avait 1649 pharmaciens dans le réseau de la santé, soit 137 de plus qu’il y a cinq ans.

« Malgré cette hausse, l’attraction et la rétention des pharmaciens demeurent difficiles pour les régions éloignées des grands centres », écrit la porte-parole Marie-Claude Lacasse, assurant que le MSSS a mis sur pied un comité de travail.

Mais l’APES répond que le nombre total de pharmaciens ne prend pas en compte les absences ou congés et qu’il y a encore des postes à pourvoir dans toutes les régions du Québec.

Un urgentologue estime que c’est un rôle crucial

La présence d’un pharmacien dans les salles d’urgence améliore la qualité et la sécurité des soins aux patients, plaide la vice-présidente de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, la Dre Isabelle Bertrand.

L’urgentologue s’inquiète qu’un peu plus de la moitié des urgences du Québec n’aient pas de pharmacien en poste, selon l’enquête annuelle de l’Association des pharmaciens des établissements de santé.

Des patients plus âgés

« Ça m’inquiète beaucoup parce que ça ne reflète pas la médecine et les soins de santé de 2019 », dit-elle, ajoutant que les patients sont de plus en plus âgés et prennent souvent plus d’une dizaine de médicaments en même temps.

Isabelle Bertrand soutient aussi que les effets secondaires des médicaments peuvent être les raisons d’une visite à l’urgence.

« C’est clair pour [les urgentologues] que c’est une valeur ajoutée », poursuit-elle.

Pharmacien dans une salle d’urgence depuis 13 ans, Éric Villeneuve soutient à son tour que sa présence dans les moments critiques diminue les risques d’erreur.

« Le pharmacien est là pour améliorer les soins aux patients et s’il n’est pas là, il y a un risque d’avoir certaines conséquences », se limite-t-il à dire sur le danger pour les patients qui se trouvent dans une urgence sans pharmacien.

Le temps presse

Son travail, surtout de l’ombre, est méconnu par la population, reconnaît-il. Mais dans un milieu comme les urgences, où le stress est grand et où le temps presse, son rôle est important, assure-t-il.

Par exemple, il est présent lorsqu’un patient arrive en salle de réanimation.

« Pour choisir les médicaments les plus appropriés, s’assurer qu’ils soient utilisés de la façon la plus sécuritaire, aider les infirmières dans leur préparation », énumère-t-il, en plus d’être présent pour faire un suivi immédiat des effets du médicament et apporter des ajustements au besoin.

Selon lui, la présence d’un spécialiste des médicaments réduit énormément le stress du reste de l’équipe soignante qui peut ainsi se concentrer sur d’autres tâches.

Malheureusement, « les différents secteurs [de l’hôpital] essaient de s’arracher les pharmaciens » à cause de la pénurie, selon M. Villeneuve.

Postes à pourvoir

Côte-Nord

  • Pharmaciens manquants : 11,5
  • Pourcentage de pénurie : 52 %

Abitibi-Témiscamingue

  • Pharmaciens manquants : 10,8
  • Pourcentage de pénurie : 42 %

Nord-du-Québec

  • Pharmaciens manquants : 2
  • Pourcentage de pénurie : 39 %

Gaspésie– Îles-de-la-Madeleine

  • Pharmaciens manquants : 7,5
  • Pourcentage de pénurie : 35 %

Bas-St-Laurent

  • Pharmaciens manquants : 13,2
  • Pourcentage de pénurie : 30 %

Outaouais

  • Pharmaciens manquants : 10,7
  • Pourcentage de pénurie : 25 %

Mauricie et Centre-du-Québec

  • Pharmaciens manquants : 22,1
  • Pourcentage de pénurie : 25 %

Saguenay–Lac-St-Jean

  • Pharmaciens manquants : 10,2
  • Pourcentage de pénurie : 22 %

Laurentides

  • Pharmaciens manquants : 10,7
  • Pourcentage de pénurie : 22 %

Estrie

  • Pharmaciens manquants : 14,2
  • Pourcentage de pénurie : 18 %

Chaudière-Appalaches

  • Pharmaciens manquants : 11
  • Pourcentage de pénurie : 18 %

Montréal

  • Pharmaciens manquants : 85,7
  • Pourcentage de pénurie : 17 %

Montérégie

  • Pharmaciens manquants : 20,4
  • Pourcentage de pénurie : 16 %

Lanaudière

  • Pharmaciens manquants : 5,9
  • Pourcentage de pénurie : 16 %

Laval

  • Pharmaciens manquants : 5,6
  • Pourcentage de pénurie : 13 %

Capitale-Nationale

  • Pharmaciens manquants : 25,2
  • Pourcentage de pénurie : 11 %

Nunavik

  • Pharmacien manquant : 0,7
  • Pourcentage de pénurie : 10 %

* Effectifs en équivalent temps complet

Source : Association des pharmaciens des établissements de santé (APES)