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Détresse chez les pharmaciens

Avec plus de 20% d’entre eux qui ont songé au suicide, une première ligne d’aide téléphonique est mise en place

Thina Nguyen
Photo Chantal Poirier Une première ligne d’aide téléphonique est disponible dès maintenant pour les pharmaciens, dont le taux de détresse professionnelle est élevé. Sur la photo, la directrice générale de la Fédération des pharmaciens du Québec, Thina Nguyen.

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Épuisement, détresse, pensées suicidaires : un sondage révèle un constat à ce point inquiétant sur la santé des pharmaciens du Québec qu’une ligne d’aide psychologique voit le jour.

Une ligne d’écoute confidentielle est offerte dès aujourd’hui aux pharmaciens partout au Québec, a appris Le Journal en exclusivité. Il s’agit du premier programme d’aide externe, mis en place par la Fédération des pharmaciens du Québec (FPQ).

Chiffre inquiétant: 21 % des pharmaciens ont songé au suicide, selon la FPQ.

« Il y a beaucoup de détresse psychologique », constate Thina Nguyen, directrice générale de la FPQ.

Problème méconnu

Si la détresse liée au travail est connue dans plusieurs professions (médecins, policiers, paramédics), peu d’études se sont penchées sur la réalité des pharmaciens, a constaté la Fédération.

Le mois dernier, un sondage interne a été envoyé aux pharmaciens pour connaître l’ampleur des difficultés.

­Résultat : 83 % des pharmaciens jugent la charge de travail excessive et 68 % ont rapporté une détresse professionnelle modérée ou élevée.

« Quand on a vu les résultats, c’étaient les signaux d’alarme qu’il était temps », dit la pharmacienne Mme Nguyen, qui souligne que plusieurs suicides de pharmaciens ont été répertoriés dans les dernières années, un nouveau phénomène.

« On travaille sous pression dans des ressources limitées. C’est un fait, il y a un épuisement reconnu », constate aussi Jean Thiffault, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Pharmaciens bénévoles

Devant ce constat, la FPQ met en place une ligne d’écoute sept jours sur sept. Une dizaine de pharmaciens bénévoles, qui ont reçu une formation, se relaieront pour répondre aux appels des professionnels dans le besoin.

« La meilleure personne pour comprendre un pharmacien, c’est un pharmacien », dit Mme Nguyen.

« On n’est pas là pour poser un diagnostic, mais surtout pour l’écoute. Et référer au besoin. »

Selon la FPQ, la réforme implantée en 2015 a augmenté la pression sur les pharmaciens (nouveaux actes, coupes budgétaires, etc.).

Selon le sondage, plusieurs pharmaciens souhaitent réduire la pression en lien avec les exigences de l’Ordre et la Régie de l’assurance-maladie du Québec. À plus long terme, la Fédération n’exclut pas la possibilité de mettre en place d’autres services d’aide.

Questionnée sur cette ligne d’aide, l’AQPP doute qu’il s’agisse de la meilleure solution, notamment pour les enjeux de confidentialité et de formation des pharmaciens.

« Le besoin est là, c’est vrai. Mais, j’ai un malaise sur la solution », dit M. Thiffault.

« Je ne veux pas que les pharmaciens jouent au psychologue », dit-il.

À noter que des programmes d’aide aux employés sont offerts dans plusieurs bannières de pharmacies ainsi que dans les centres hospitaliers.

L’AQPP travaille à mettre sur pied une solution professionnelle sur mesure pour les pharmaciens.

Des résultats troublants

  • 83 % des pharmaciens jugent la charge de travail excessive
  • 68 % ont une détresse professionnelle modérée ou élevée
  • 58 % ont un score modéré ou élevé pour l’épuisement personnel
  • 21 % ont déjà songé au suicide
  • 30 % ressentent une perte d’intérêt au moins une fois par semaine
  • 1 pharmacien sur 6 est nerveux tous les jours au travail

Source : Sondage interne réalisé par la Fédération des pharmaciens du Québec, du 6 au 28 février 2019. 424 pharmaciens ont répondu au sondage envoyé sur les réseaux sociaux, soit 4,4 % de tous les professionnels au Québec.

♦ Pour joindre la ligne d’aide aux pharmaciens: 450-704-1713