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GRC: priorité à l’anglais, même au Québec

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Discrètement, l’automne dernier, la Gendarmerie royale a aboli les derniers postes unilingues francophones de son effectif. Même dans les régions à forte prédominance francophone du Québec, le bilinguisme est maintenant une condition obligatoire d’emploi dans une organisation où les unilingues Anglais prédominent déjà largement à tous les niveaux de la hiérarchie.

Pour donner suite à cette décision d’exiger dorénavant le bilinguisme des francophones, mais non la réciproque du côté des recrues anglophones, dès le premier avril prochain, la seule troupe francophone (32 cadets) annuelle à l’école de la GRC à Régina (appelée le Dépôt) est abolie et remplacée par une troupe bilingue. Il y a de 28 à 40 troupes de cadets qui sont formées chaque année au centre de formation de la GRC. Une seule était de langue française uniquement.

Cette décision semble bafouer la loi sur les langues officielles et démontre la disparité des chances entre les recrues francophones et anglophones qui entrent dans la police fédérale. Une autre disparité des chances, c’est l’avancement de carrière, le bilinguisme est exigé au Québec, dans le système de promotion, ce qui n’est pas le cas nulle part ailleurs au Canada.

Normand Lester était au micro de QUB radio mercredi.

 

Le Directeur principal intérimaire des ressources humaines à la GRC, M. Stephen White a confirmé en novembre dernier cette directive dans son témoignage devant Commission fédérale des relations de travail. Il intervenait dans le cadre d’une contestation judiciaire d’agents de la police fédérale au Québec qui veulent se syndiquer. L’Association des membres de la police montée du Québec (AMPMQ) défend les intérêts des membres du Québec et les francophones hors Québec depuis plus de 40 ans.

La commission doit de nouveau se réunir à Montréal, les 26 et 27 mars prochains pour entendre des témoignages avant de prendre une décision sur la syndicalisation des gendarmes. La Commission doit décider entre la formation d’une seule unité d’accréditation pancanadienne ou encore d’autoriser la création d’une entité syndicale qui regrouperait les membres de la GRC du Québec. La commission ne se prononcera pas sur la disparition des postes unilingues francophones ou sur l’abolition de la seule troupe de cadets francophones. Ces décisions étant déjà mises en application.

Interrogé à ce sujet. M. Serge Bilodeau, le président de l’Association des membres de la police montée du Québec (AMPMQ) qui espère obtenir l’accréditation estime qu’«on ne peut compter ni sur le gouvernement, ni sur les langues officielles, ni sur la GRC pour défendre l’utilisation du français, les francophones et les intérêts des membres du Québec. La seule façon est de permettre aux membres du Québec de se regrouper et de former un syndicat ce qui assurerait une voix forte auprès des instances.»

Serge Bilodeau était au micro de QUB radio mercredi.

 

À la division C qui regroupe toutes les activités de la GRC au Québec et dont le Quartier-Général est à Montréal, il y plus de postes désignés «anglais essentiel», que des postes bilingues, aucun poste n’étant dans la catégorie «français essentiel».

Selon Serge Bilodeau, ses membres se sentent abandonnés: «[...] au fil des années, les services et la reconnaissance du français, auraient du s’améliorer et prendre de l’importance. Après une progression, les membres notent une diminution des services et des formations en français.» M. Bilodeau ajoute: «Encore aujourd’hui en 2019, un membre francophone ayant des difficultés d’adaptation linguistique dans un milieu anglophone est harcelé jusqu’à être forcé de démissionner.»

Le problème ne se limite pas à la GRC. Hier aux communes, le porte-parole en matière de Défense nationale du Bloc Québécois, Michel Boudrias a déploré le sort réservé aux francophones dans les Forces armées canadiennes. Le député de Terrebonne s’est plaint que les cours spécialisés qui mènent vers des promotions, notamment dans le renseignement et les forces spéciales, ne soient disponibles qu’en anglais.