/investigations/health
Navigation

Power Corporation paie un party en l’honneur du patron du CUSM

Pendant ce temps, la multinationale multiplie les investissements en santé

Coup d'oeil sur cet article

La multinationale Power Corporation a organisé un party privé à ses frais en l’honneur du directeur général du Centre universitaire de santé McGill, au moment où elle multiplie les investissements en santé.  

• À lire aussi: QS y voit des «pratiques de copinage» 

La soirée mondaine s’est tenue dans les locaux de l’entreprise le 28 janvier dernier à l’initiative d’un des hauts dirigeants de Power, Peter Kruyt.   

  • Éric-Yvan Lemay était au micro de Richard Martineau sur QUB radio: 

Ce dernier a été nommé président du conseil d’administration du CUSM par l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette.   

Quant au directeur général du CUSM, le Dr Pierre Gfeller, il est en poste depuis huit mois.   

L’événement réunissait plusieurs membres du conseil d’administration de l’hôpital, le directeur général et sa famille, des membres du personnel médical et des donateurs.   

Aucun don n’a toutefois été remis à l’établissement ce soir-là.   

«Tous les frais reliés à cette réunion ont été assumés par Power Corporation», a confirmé le VP, chef du contentieux et secrétaire de l’entreprise, Stéphane Lemay.   

Ce dernier a refusé de dire si Power avait des investissements ou en projetait avec l’établissement.   

Le CUSM possède l’un des plus importants centres de recherche médicale au Canada, un domaine auquel Power s’intéresse de plus en plus.   

Activité inédite  

L’événement s’est déroulé en soirée après une réunion du CA de l’hôpital.   

Les invités ont eu droit à un cocktail de bienvenue suivi par un discours du directeur général et d’un souper.   

Photo Éric Yvan Lemay

Une vérification faite auprès des trois autres hôpitaux universitaires du Québec a permis de déterminer qu’aucune activité du genre n’avait été organisée dans les dernières années par le président de leur CA ou une entreprise avec qui il est lié.   

«C’est une pratique qui ne se fait pas ici», soutient la porte-parole du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), Geneviève Dupuis.   

Du côté du CUSM, on explique que Power Corporation est impliquée depuis des années dans les activités de collecte de fonds.   

Pas une collecte  

«Ce genre d’événement est organisé de temps en temps par des fondations dans le cadre de leurs relations avec les donateurs», note le directeur adjoint des communications, Gary Francœur, dans un courriel acheminé à notre Bureau d’enquête.   

Power Corporation est toutefois une entreprise privée, et non une fondation. Et la soirée du 28 janvier n’était pas une collecte de fonds.   

«La Fondation du CUSM n’a pas organisé l’événement, mais elle a aidé à identifier des donateurs qui seraient invités à la soirée pour entendre les propos du Dr Gfeller», a plus tard précisé l’établissement.   

La firme veut investir en santé   

Power Corporation investit de plus en plus dans le domaine de la santé et de la recherche pharmaceutique.   

En janvier, une des filiales de l’entreprise, Sagard Holding, a annoncé la création d’un nouveau groupe spécialisé dans les sciences de la vie.   

Elle souhaite investir dans les redevances liées aux droits d’auteur dans le milieu pharmaceutique.   

Pour commercialiser des médicaments, les grandes entreprises pharmaceutiques paient des droits d’auteur à ceux qui les ont créés. Un peu comme une maison d’édition verse des redevances à l’auteur d’un livre.   

En investissant dans les droits d’auteur, la filiale de Power veut profiter des redevances sur ces découvertes.   

Pour le long terme  

Selon un article publié par le quotidien The Globe and Mail sur le sujet, plusieurs médicaments sont créés par les hôpitaux universitaires, qui revendent ensuite leurs droits d’utilisation aux multinationales.   

Power Corporation n’a pas voulu dire si elle avait l’intention d’investir dans des projets liés au CUSM.   

Les responsables du CUSM, de leur côté, ont d’abord refusé de répondre. Ils ont plutôt formulé une demande d’accès à l’information au nom de notre journaliste, sans avoir obtenu son autorisation, en plaidant qu’il était trop complexe de répondre à ses questions compte tenu de l’ampleur des recherches à faire. Ceux-ci ont finalement fait volte-face.   

«Nous n’avons trouvé aucun document concernant des projets d’investissement dans le futur, notamment dans le domaine des royautés pharmaceutiques», a répondu l’établissement par courriel.   

Cliniques de fertilité  

Les droits d’auteurs ne sont pas le seul domaine qui intéresse Sagard Holdings dans la santé.   

En 2015, elle avait mis la main sur neuf cliniques de fertilité au pays, dont les quatre cliniques Procrea du Québec.   

Les cliniques ont été intégrées à IntegraMed Fertility, détenue à 97 % par Sagard Holdings.   

Ironie du sort, le plus grand centre de fertilité public au Québec est celui du CUSM.   

Le mois dernier, Sagard a également été impliqué dans un financement de 42 millions de dollars pour une entreprise spécialisée dans les équipements médicaux.