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[VIDÉO] Mononc' Serge en prestation et en entrevue avec Disque dur

Son nouvel album, son lien avec les Colocs et... comment Sylvain Cossette pourrait l'inspirer!

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Enfin! C'est aujourd'hui que Mononc' Serge lance son tout nouvel album, Réchauffé, et, en marge du jour J, Disque dur l'a invité à se pointer chez Steve's, le temps d'une jasette et d'une prestation.  

Évidemment, on n'avait pas que ces questions-là pour ce troubadour de l'indé local.      

Voici donc notre entrevue intégrale!      

T’as écrit plus de 200 chansons en carrière. Comment tu t’y prends pour en choisir 16 pour un album de reprises?   

J’ai essayé de trouver les plus mauvaises pis je me suis dit «on va essayer de les améliorer!» C’est comme de la récupération finalement : plutôt que de jeter des trucs aux poubelles, on les réarrange. On met des épices dedans, on les réchauffe. Ça donne du réchauffé... mais rehaussé. C’est l’approche que j’ai prise pour l’album.   

En ce moment y a beaucoup d’albums de reprises. Certains artistes en profitent. C’est un peu une joke. Toi, est-ce que t’avais ça en tête?   

J’aurais pu faire un album de reprises de reprises de Sylvain Cossette. Reprendre l’album de Sylvain Cossette. Faire la même affaire en punk rock. Ça aurait été un hommage à Sylvain Cossette qui lui-même rend hommage à d’autres mondes. Criss que ça aurait été bon! Mais j’ai pas eu cette idée-là. (rires)   

J’avais envie au départ de faire un album live pour laisser une trace des arrangements de vieilles tounes que je fais en spectacle. De fil en aiguille, j’en suis venu à vouloir faire un album studio. Mon idée au début c’était de donner un second souffle à la tournée Révolution conservatrice que j’ai sorti y a pas très longtemps, ça fait 14-15 mois. J’ai mis le doigt dans l’engrenage pis finalement c’est un projet qui a pris plus de l’ampleur. C’est carrément un nouveau spectacle que je vais présenter. J’ai changé les costumes, les décors, les interventions.    

Tu reprends une chanson des Colocs. Tu as toujours été assez discret sur ton passé dans les Colocs. Est-ce que t’as fait la paix avec ça?  

Les tounes que je faisais dans les Colocs, c’était mes tounes de moi. Même si elles sont sur des albums des Colocs, c’est moi qui ai écrit paroles et musique. J’ai pas pensé ça en terme de «faire la paix ou pas» ou je ne sais quoi avec Les Colocs. C’est juste que je cherchais des chansons dans mon propre répertoire qui pourraient être un peu surprenantes.     

L’orientation que je voulais donner à l’album c’était une orientation punk rock. J’ai réécouté Je chante comme une casserole en me disant «est-ce que je peux faire une version punk rock de ça?» Je trouvais que ça ne collait pas. C’est une espèce de parodie de tounes mexicano-tropicales. Un genre de tounes de Ringo Rinfret dans RBO. Finalement je me suis dit «C’est ma toune... Je peux faire ce que je veux avec. Je peux scrapper les paroles et en écrire d’autres.» Alors c’est ce que j’ai fait. Comme si j’avais eu l’idée de cette toune-là aujourd’hui plutôt qu’en 1989.    

Tu as aussi changé les paroles d’autres chansons. Est-ce que c’était pour les adapter à un contexte plus actuel ou c’est juste que tu trouvais que ça marchait mieux avec le style punk rock?   

C’est des petites affaires qui sont changées. Par exemple, la chanson Les picks. Il y a des éléments dans la chanson qui font référence au fait que le Steve’s est sur la rue Saint-Antoine. Je parle du gros Steve qui est content de voir revenir son argent. Mais entre la version originale qui est parue en 2000 et la version d’aujourd’hui, Steve, le patron, est mort. Le Steve’s a déménagé de Saint-Antoine à Sainte-Catherine, donc j’ai fait des ajustements pour que les références soient à jour. Mais y a pas énormément de changements dans la plupart des morceaux.    

Musicalement, c’est en jammant avec le band ou c’est tout seul que tu as trouvé comment réarranger les chansons?   

On a fait ça en groupe. Avec les musiciens, on se réunissait pis on se disait «on va essayer ce morceau-là...».   

Cela dit, il y a des exceptions.   

Je chante comme une casserole, j’ai fait un démo complet à la maison on l’a monté à peu près tel quel.   

L’autre toune des Colocs, Tout le monde, qui s’appelle maintenant Le Pape aussi, on l’avait essayé et ça ne marchait pas.   

Mon batteur m’a écrit le lendemain pour me dire qu’il avait eu une idée d’arrangement. Il m’a demandé : «Ça te dérange si je l’enregistre?» Il l’a enregistré basse, guitare, batterie. Il a fait la voix. J’ai tellement aimé ça que je lui ai fait chanter la toune! Je trouvais que ça marchait bien avec sa voix nasillarde. J’ai essayé de la chanter pis je trouvais ça plus l’fun quand c’était lui.    

Est-ce que des vieilles chansons que tu ne reprendrais plus aujourd’hui?   

Oui, absolument. Y a des morceaux que je n’aime pas. Le climat a changé. Il y a des chansons que je voyais juste comme des farces vulgaires pis aujourd’hui ça passerait pour la misogynie. Et il y a des affaires que je n’ai plus envie de chanter. Moi-même, le regard que je jette sur ces choses-là est plus le même non plus. Évidemment, les tounes que j’ai reprises, c’est des chansons que j’ai envie de jouer encore.    

On parlait tantôt des paroles que tu as changé. Dans la chanson Le Lac-Saint-Jean, tu as changé le passage où tu parles de Ville-Lasalle. Pourquoi?   

Je parlais des sikhs et des Tamouls de Ville-Lasalle qui mangent de la semoule. Il n’y a pas de rapport entre la semoule et les Tamouls. J’ai toujours trouvé cette phrase-là très faible. Et, évidemment, quand tu parles des communautés culturelles aujourd’hui... Si tu dis que toi quand tu vas être mort, t’aimerais mieux être au paradis avec les gens du Lac-Saint-Jean qu’être au paradis des gens de Ville-Lasalle avec les sikhs et les tamouls... Moi je ne le voyais pas comme ça, mais l’oeil d’aujourd’hui va le voir comme potentiellement raciste. Je n’avais pas envie de rechanter cette phrase-là telle quelle...    

Tu es à l’aise avec ce nouveau climat-là?  

Pas super bien. Mais en même temps, je ne le sais pas. Je ne sais pas trop comment le prendre. Ça dépend des jours. Quelque part, c’est chiant, mais, en même temps, je trouve pas si contraignant pour les chansons.    

La chanson Rentrez don’ chez vous, c’est nouveau?   

Il y a deux nouveaux morceaux sur l’album. Y a le Colonel Sanders et Rentrez don’ chez vous... C’est une toune que je chantais à la fin de mes shows entre 2014 et 2017. J’avais écrit cette chanson pour chanter à la fin des shows pour clore le spectacle. Justement, quand j’ai pensé à revisiter mon répertoire, je me suis dit «cette toune-là on l’a jamais enregistré». La version originale était vraiment acoustique. C’était une inédite... mais, quelque part, c’est une reprise aussi.    

Colonel Sanders, c’est un rejet de Révolution conservatrice. J’avais failli la mettre sur l’album.Mais je ne voulais pas trop de tounes loufoques sur Révolution conservatrice. Sur 15 ou 16 chansons, j’en ai gardé douze. Celles que j’ai écartées, ce n’est pas que je ne les aimais pas, mais je voulais faire un disque plus cohérent.    

Tu vas sûrement repartir sur la route avec cet album-là. Ça fait 25 ans que tu fais des shows. Est-ce que c’est plus difficile de partir en tournée maintenant?   

J’ai l’impression que c’est moins dans les moeurs, des jeunes surtout, de sortir pour aller voir des shows. Il me semble que, moi, quand j’étais jeune, les jeunes sortaient beaucoup pour voir des shows au forum ou dans les bars.   

J’ai l’impression que tout ça est en compétition avec bien d’autres affaires. C’est moins dans l’habitude.   

C’est dur pour moi de comparer quand on me pose des questions sur les aspects généraux de la musique. Je n’ai pas de vue d’ensemble sur l’industrie. Quelqu’un dans une compagnie de disque ou un agent de spectacle serait mieux placé que moi pour répondre.    

Trouves-tu que ton public a changé avec les années?  

Le public a beaucoup changé quand j’ai commencé à faire de la musique underground. Du métal, du punk rock, etc.   

Le public vieillit.   

J’ai l’impression que ceux qui m’écoutaient en 2000 ou au début, ils me suivent et ils vieillissent avec moi. Il y a des jeunes aussi qui se rajoutent. Si le public change, c’est très peu imperceptible. Ça change tranquillement.   

Je suis chanceux quand même d’avoir du monde qui me suit... J’ai vraiment UN public. Il y en a même a qui reviennent souvent aux shows.   

Ça, je l’apprécie.  

Pour avoir plus de détails sur la tournée actuelle - et sur Réchauffé, évidemment -, consultez le site web officiel de Mononc' Serge!