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[PHOTOS] Voici 10 entreprises incontournables du patrimoine industriel de la ville de Québec

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Pour comprendre l’évolution historique de la capitale nationale, il est bon de se souvenir de plusieurs entreprises qui ont participé à son développement économique. Voici donc 10 d’entre elles qui témoignent de la richesse de notre patrimoine industriel. 

1. La brasserie de Jean Talon 

J.-B.-Louis Franquelin, reproduction par De Fonville, Cartouche de la carte Québec, vue de la Canardière, 1699. BAnQ Québec (P600, S4, SS2, PNC89-11-65). (La représentation de la brasserie se trouve sur les rives.)
J.-B.-Louis Franquelin, reproduction par De Fonville, Cartouche de la carte Québec, vue de la Canardière, 1699. BAnQ Québec (P600, S4, SS2, PNC89-11-65). (La représentation de la brasserie se trouve sur les rives.)

Le 5 mars 1668, le Conseil souverain, gouvernement royal de la Nouvelle-France, autorise l’intendant Jean Talon à construire une brasserie et à en faire l’exploitation.  

Le 7 octobre 1668, pour faire suite à cette ordonnance, l’intendant achète une terre appartenant à Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillard, pour y faire construire sa brasserie.  

La production de la bière débute au printemps 1670.  

Au total, 4000 barils de bière sont produits chaque année. 

Cela représente environ 800 000 litres, dont la moitié est destinée au commerce avec les Antilles et l’autre moitié à la population locale.  

La brasserie met fin à ses activités vers 1675 après le départ de Jean Talon et la nomination du comte de Frontenac au poste de gouverneur.  

2. Henry Taylor et sa bière d’épinette 

Jeremiah McCarthy, Plan de quelques lots situés rue Champlain, à Québec, 20 septembre 1873. BAnQ Québec (CN301, S256, DS.N.2). (La distillerie est identifiée par la lettre F.)
Jeremiah McCarthy, Plan de quelques lots situés rue Champlain, à Québec, 20 septembre 1873. BAnQ Québec (CN301, S256, DS.N.2). (La distillerie est identifiée par la lettre F.)

Pendant le dernier quart du 18e siècle, une entreprise bien particulière voit le jour à Québec.  

En 1773, Henry Taylor, chirurgien, fait construire une distillerie pour produire de l’essence d’épinette.  

Que fabrique-t-on avec cette substance? De la bière d’épinette, pardi!  

Avant l'invention de cette méthode d’extraction, cette bière s’obtenait en faisant bouillir des branches d’épinette.  

Par la suite, on filtrait l’eau et l'on y ajoutait un ou plusieurs de ces ingrédients : levain de bière, pain grillé, blé, mélasse ou sirop.  

La mise au point de l’essence d’épinette par le processus de distillation révolutionne la production de cette bière réputée pour être saine et rafraîchissante.  

En s’associant avec James Johnston et John Purss, deux marchands écossais établis à Québec, Henry Taylor obtient le capital nécessaire pour entreprendre son projet.  

Toutefois, il meurt le 30 mai 1773 sans avoir pu en bénéficier.  

Sa veuve confie aux deux marchands le soin d’exploiter l'invention de son mari. La distillerie poursuit ses activités jusqu’en 1795. 

3. La manufacture de meubles de William Drum 

La ville prise de la rive gauche de la rivière Saint-Charles, 1870?. BAnQ Québec (E6, S8, SS6, P436). Photo : Jules Benoit dit Livernois.
La ville prise de la rive gauche de la rivière Saint-Charles, 1870?. BAnQ Québec (E6, S8, SS6, P436). Photo : Jules Benoit dit Livernois.

Avant l’existence de l’actuel marché du Vieux-Port de Québec s’élevait à cet endroit une manufacture de meubles, la Drum Cabinet Manufacturing Company.  

Elle était considérée comme la plus importante de la province et la deuxième au pays.  

C’est un Irlandais arrivé à Québec en 1826, du nom de William Drum, qui en est le fondateur.  

Artisan, puis homme d’affaires, il exploite un atelier qui prend de l’expansion et il procède à la mécanisation de son entreprise, qui devient de plus en plus florissante.  

Vers 1867, il fait construire une usine à proximité de la rivière Saint-Charles, aujourd’hui le bassin Louise.  

Avec quelque 300 employés, il devient l’un des plus gros employeurs de la région.  

L’entreprise fabrique des chaises ainsi que des meubles d’une grande qualité.  

L’incendie qui se déclare le matin du 19 août 1873 a des conséquences désastreuses sur l’entreprise.  

Après la mort de William Drum en 1876, les affaires sont de plus en plus mauvaises.  

Le 30 avril 1891, la compagnie est officiellement dissoute. 

4. The Adams Shoe Company 

The Adams Shoe Company, rue Saint-Vallier Est, quartier Saint-Roch, 1894. BAnQ Québec (P585, D11, P6). Photo : Philippe Gingras.
The Adams Shoe Company, rue Saint-Vallier Est, quartier Saint-Roch, 1894. BAnQ Québec (P585, D11, P6). Photo : Philippe Gingras.

Durant les années 1870, à la suite de l’introduction des machines à vapeur, la fabrication industrielle de chaussures devient le principal moteur économique de la ville de Québec.  

Il s’agit d’une transformation majeure, puisque c’est la construction navale et le commerce du bois qui se trouvaient alors à l’avant-plan des activités économiques de Québec.  

Les manufactures ainsi que les tanneries, indispensables au bon fonctionnement de cette industrie, sont principalement rassemblées dans le quartier Saint-Roch.  

On y trouve notamment la manufacture de Charles Edward McKeen. Originaire de la Nouvelle-Écosse, celui-ci fonde The Adams Shoe Company à Québec en 1891.  

À l’époque, le bâtiment se situait au 585, rue Saint-Vallier Est. Aujourd’hui, ce pâté de maisons n’existe plus.  

C’est maintenant la Coopérative Méduse qui occupe le terrain.  

5. L’Arsenal du Dominion 

Ville de Québec, 1925?. BAnQ Québec (P600, S4, SS3, P565/120). Photographe non identifié. (On peut voir l’Arsenal sur la Côte du Palais.)
Ville de Québec, 1925?. BAnQ Québec (P600, S4, SS3, P565/120). Photographe non identifié. (On peut voir l’Arsenal sur la Côte du Palais.)

En 1879, la Cartoucherie de Québec est créée par le gouvernement du Canada.  

Située dans le parc de l’Artillerie, elle occupe alors les Nouvelles Casernes construites par Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry.  

Néanmoins, ce n’est que trois ans plus tard, en 1882, que débute la production de munitions.  

En 1890, l’entreprise érige sur les plaines d’Abraham un atelier de remplissage et d’assemblage des cartouches dont la main-d’œuvre est majoritairement féminine. 

Après l’expansion de l’usine en 1901, la Cartoucherie prend le nom d’Arsenal du Dominion.  

Cette manufacture joue un rôle majeur dans l'effort de guerre du Canada lors de la Première Guerre mondiale.  

On y dénombre alors plus de 900 travailleurs. Plus tard, au moment de la Deuxième Guerre mondiale, l'entreprise possède des usines à Valcartier et dans le quartier Saint-Malo.  

L’usine du parc de l’Artillerie est désaffectée en 1964 par le gouvernement fédéral.  

L’Arsenal du Dominion est alors privatisé et les nouveaux propriétaires concentrent désormais la production dans les usines de Valcartier. 

6. La Compagnie F.-X. Drolet inc.  

Édifice de la Compagnie F.-X. Drolet inc., rue du Pont, vers 1950. BAnQ Québec (P678, S1, D4, P33). Photographe non identifié.
Édifice de la Compagnie F.-X. Drolet inc., rue du Pont, vers 1950. BAnQ Québec (P678, S1, D4, P33). Photographe non identifié.

En 1875, François-Xavier Drolet fonde la compagnie qui porte son nom.  

C’est tout d’abord un atelier de mécanique qui voit le jour.  

Il est situé rue des Fossés, aujourd’hui le boulevard Charest, près de la rue du Pont.  

Puis, en 1885, Drolet met sur pied une fonderie pour alimenter ce premier atelier.  

En 1900, à la suite d'incendies qui ont dévasté les quartiers Saint-Sauveur et Saint-Roch, F.-X. Drolet s’intéresse à la création d’une bouche d’incendie.  

En 1907, l’entreprise déménage dans un nouvel édifice construit à l'est de la rue du Pont, entre l’ancienne voie ferrée et la rivière Saint-Charles.  

En 1908, l’entreprise se lance dans la fabrication et l'installation d'ascenseurs et de monte-charges par traction à câbles.  

Pendant la Première Guerre mondiale, l'usine fabrique également des munitions et remet en état des obus à des fins militaires.  

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle est déclarée industrie essentielle de guerre.  

En 1945, la compagnie compte trois divisions, soit une pour les ascenseurs, une pour les matériaux d'aqueduc et d'égouts et une troisième spécialisée en mécanique industrielle.  

Après 100 ans d’existence, l’entreprise compte plus de 300 employés et a un chiffre d'affaires annuel de plus de 12 millions de dollars.  

Elle met fin à ses activités en 1996. 

7. L’usine de la Dominion Corset  

Georges-Émile Tanguay, Élévation de la façade latérale de la Dominion Corset Company, 1909. BAnQ Québec (P372, D238-B).
Georges-Émile Tanguay, Élévation de la façade latérale de la Dominion Corset Company, 1909. BAnQ Québec (P372, D238-B).

L’entreprise doit sa fondation, en 1886, à deux marchands de Québec, Léon Dyonnet et Georges-Élie Amyot.  

Elle est d’abord appelée Dyonnet et Amyot.  

Deux ans plus tard, Amyot rachète les parts de son partenaire et devient ainsi l’actionnaire principal.  

C’est sous la raison sociale Dominion Corset Manufacturing Company que l’aventure se poursuit. 

Au départ, l’entreprise s’installe au coin des rues de la Couronne et Sainte-Hélène, puis à l’intersection des rues Neilson et Colomb.  

Par la suite, en 1897, Amyot achète l’ancienne manufacture de chaussures de Guillaume Bresse, à l’angle du boulevard Charest et de la rue Dorchester.  

Le bâtiment est agrandi en 1909, puis reconstruit en 1911 à la suite d’un incendie. La main-d’œuvre féminine fabrique corsets, gaines et soutiens-gorge.  

La Dominion Corset domine ainsi le paysage industriel de Québec jusqu’en 1988, année de la fermeture définitive de l’usine. 

8. La Ross Rifle Company 

L’usine de la Ross Rifle Company sur les Plaines d’Abraham, Québec, 1925?. BAnQ Québec (P600, S4, SS3, P565/382). Photographe non identifié.
L’usine de la Ross Rifle Company sur les Plaines d’Abraham, Québec, 1925?. BAnQ Québec (P600, S4, SS3, P565/382). Photographe non identifié.

De 1903 à 1919, la Ross Rifle Co. est la première grande industrie de fabrication d'armes au Canada.  

Le fusil Ross qu’elle produit est considéré comme l'un des plus critiqués de l'histoire militaire.  

Lancé en 1903, il a été nommé d'après son inventeur, Sir Charles Ross. L’arme est utilisée, puis abandonnée par les soldats canadiens pendant la Première Guerre mondiale.  

À cause d’un canon plutôt long et d’un poids considérable, le fusil n’est pas très performant dans les tranchées humides et boueuses.  

Parmi ses multiples défauts, on dit que le fusil s’enraye souvent lors de tirs rapides.  

Il arrive également que le fusil explose au visage du tireur s’il est mal remonté.  

De plus, la baïonnette peut tomber après un coup de feu. Pour toutes ces raisons, le fusil est retiré du service en 1916. 

9. La Brique Citadelle limitée 

L’usine de La Brique Citadelle Limitée à Boischatel, 1951. BAnQ Québec (P747, D16.3, P1). Photographe non identifié.
L’usine de La Brique Citadelle Limitée à Boischatel, 1951. BAnQ Québec (P747, D16.3, P1). Photographe non identifié.

En 1913, la compagnie La Brique Citadelle limitée s’établit près de la chute Montmorency, là où se situe aujourd’hui Boischatel.  

À cette époque, on y dénombre une centaine d’employés.  

Au début, l’entreprise produit environ 13 000 briques par jour.  

Par la suite, sa production s’accroît continuellement pour atteindre 200 000 briques par jour.  

L’établissement et le succès de l’entreprise sont dus à l’abondance de la terre argileuse ainsi qu’à la proximité du chemin de fer Québec-Charlevoix, qui permet le transport des marchandises. 

En 1960, la grève de ses employés lui cause des pertes et des dommages importants.  

De plus, vers 1970, l'exploitation sans permis d’une carrière d’argile sur le territoire de la municipalité de Sainte-Pétronille, sur l'île d'Orléans, occasionne des torts considérables à l'entreprise.  

Celle-ci ferme définitivement ses portes vers 1990.  

10. La manufacture de Napoléon Drouin: la Rock City Tobacco 

Georges-Émile Tanguay, Rock City Tobacco Co., prolongement de la manufacture, rue Gignac, Québec, 1907. BAnQ Québec (P372, D193, PR1-2).
Georges-Émile Tanguay, Rock City Tobacco Co., prolongement de la manufacture, rue Gignac, Québec, 1907. BAnQ Québec (P372, D193, PR1-2).

La Rock City Tobacco est fondée en 1899 par Napoléon Drouin.  

C’est Georges-Émile Tanguay qui en est l’architecte.  

Le bâtiment, d’une hauteur de quatre étages, s’élève dans le quartier Saint-Roch à l’intersection des rues Dorchester, Smith et Langevin.  

La manufacture connaît une période de grande prospérité à partir des années 1910.  

Elle devient ainsi l'un des plus gros fabricants de produits de tabac au Canada.  

Dans les années 1930, des difficultés financières font leur apparition.  

L’usine trouve les capitaux nécessaires auprès de la compagnie Carreras de Londres, mais en lui cédant 70% de ses actions. 

En 1954, on procède à l’agrandissement de l’usine.  

La nouvelle aile longe la rue Smith, aujourd’hui disparue dans le prolongement de la rue de la Couronne.  

En 1945, on retire la toiture et la corniche des édifices les plus anciens.  

Par la suite, il y a modernisation des façades en 1965-1966, et ce, après que l’entreprise a été vendue au groupe Rothmans-Rembrandt, qui fusionne ensuite avec Benson & Hedges en 1986. 

Un texte de Catherine Lavoie   

Vous pouvez consulter la page Facebook de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici et son site Web en vous rendant ici.  

Sources :    

  • COURVILLE, Serge et Robert GARON (dir.), Québec, ville et capitale, coll. «Atlas historique du Québec», Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval, 2001, 457 p.  
  • FOULDS, Glenn B., «Full Ross», Historica Canada, L’Encyclopédie canadienne [en ligne]. https://www.thecanadianencyclopedia.ca  
  • LESSARD, Rénald, «Le secret de la bière d’épinette», Cap-aux-Diamants, vol. 2, no 4 (1987), p. 45. 
  • MESSIER, Omer-Denis, «L’arsenal du Dominion : Une histoire explosive», Cap-aux-Diamants, vol. 5, no 4 (1990), p. 49-52. 
  • MOUSSETTE, Marcel, Le site du Palais de l’intendant à Québec : genèse et structuration d’un lieu urbain, coll. «Les nouveaux cahiers du CÉLAT», Sillery, Septentrion, 1994, 234 p.  
  • PORTER, John R., Un art de vivre – Le meuble de goût à l’époque victorienne au Québec, Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 1993, 527 p. 
  • POULIN, Pierre, «George-Élie Amyot et la Dominion Corset», Cap-aux-Diamants, vol. 1, no 1 (1985), p. 9-12. 
  • S. A., «Saint-Roch – Manufacture de chaussures et industrialisation à Québec», Ville de Québec, Site officiel de la Ville de Québec [en ligne]. https://www.ville.quebec.qc.ca  
  • VALLIÈRES, Marc, «Amyot, Georges-Élie», Bibliothèque et Archives Canada, Dictionnaire biographique du Canada [en ligne]. https://www.biographi.ca/